Dans le cadre d'un colloque organisé par le GDR-CNRS 946 [1], plusieurs anthropologues
ont confronté leurs analyses sur les notions de pouvoir, de
maîtrise et de force dans les sociétés de la
Boucle du Niger. Cet article tente d'aborder ces
représentations en comparant les pouvoirs respectifs des deux
dignitaires dogon les plus prestigieux : le
ôgô et le chef de guerre. Le premier est choisi par
Dieu et par les hommes pour être investi d'un pouvoir
sacré, immuable et intangible ; le second est un homme
fort qui s'impose temporairement grâce à un savoir ou
à un matériel magico-religieux particulièrement
redoutable (comparable d'ailleurs à celui des grands chasseurs
ou des sorciers). Selon les époques, chaque région dogon
semble avoir privilégié l'un ou l'autre de ces pouvoirs,
comme nous le verrons en étudiant plus particulièrement
deux régions méridionales du pays dogon : l'aire
linguistique tomo, découpée en vastes
confédérations militaires, et la zone tênge,
organisée en petites chefferies ayant chacune à sa
tête un ôgô[2].