Clio en Afrique n°5, automne-hiver 1998-1999

Informations scientifiques

  • Histoire et environnement en Afrique : Recherches sur l'histoire des plantes et des paysages au Centre de Recherches Africaines, université de Paris I
  • L'UPRESA 8054 Paris 1-CNRS " Mutations africaines dans la longue durée " M.A.L.D.
  • Table-Ronde "Rapports interethniques à Madagascar et construction nationale (XIXème-XXème siècles)"

    Upresa 8054 Paris 1-CNRS " Mutations africaines dans la longue durée " M.A.L.D.

    9 rue Malher 74004 Paris
    tél. (33) 1 44 78 33 41
    fax (33) 1 44 78 33 33

    Objectifs

    Cette nouvelle formation de recherche mise en place officiellement depuis la fin de 1998 dans le cadre du plan quadriennal de l'Université de Paris 1 vise à répondre à trois exigences d'ordre scientifique et institutionnel :

    Historique

    Ce programme est le fruit d'une expérience développée depuis une trentaine d'années et il assure la relance d'une association universitaire avec le CNRS qui remontait pour l'histoire à quinze ans.

    Le rôle pionnier du Centre de recherches africaines (C.R.A.) en ce domaine est connu. Créé à la Sorbonne en 1965 sur une base pluridisciplinaire, il a survécu à l'éclatement de l'établissement universitaire aprs 1968. Les premières chaires d'histoire de l'Afrique créées en France y ont été tenues successivement par les professeurs Hubert Deschamps, Raymond Mauny, Yves Person, Jean Devisse, et actuellement Claude-Hélène Perrot émérite), Jean Boulègue (actuel directeur du C.R.A.) et Hélène D'Almeida-Topor. Les spécialistes de l'Afrique subsaharienne ont été rejoints par des historiens de l'Afrique du nord, avec le professeur Daniel Rivet. Le coeur des activités du C.R.A., tant pédagogiques que de documentation (avec sa très importante bibliothèque), concerne l'histoire.

    En 1982 avait été créée une Unité de recherche associée du CNRS (URA n° 363) dite "Tiers-monde, Afrique. Les socités dans leur histoire et leur environnement", qui regroupait les historiens du C.R.A. (sous la direction de Jean Devisse) et le laboratoire multidisciplinaire "Connaissance du Tiers-monde" de l'Université de Paris 7 (dirigé par Catherine Coquery-Vidrovitch).
    En 1990, le CEJPMA (Centre juridique et politique des mondes africains), dirigé par Gérard Conac, a rejoint le secteur Paris 1 de cette URA et le Cecod équipe de sociologie associée au CNRS depuis 1984) a été associé au secteur Paris 7 de la même URA. D'autre part le LAJP (Laboratoire d'anthropologie juridique de Paris) avait été associé deux fois au CNRS dans le cadre d'ERA, de 1968 à 1972 et de 1978 à 1982.
    En résumé l'histoire de l'Afrique en tant que telle a été affichée au CNRS depuis seulement 1982, une vingtaine d'années après son lancement dans le cadre universitaire, alors que les autres cultures "lointaines" (Amérique latine, Extrême-Orient, monde arabe) y étaient beaucoup mieux reprsentées en ce qui concerne cette approche disciplinaire.

    Depuis 1994 l'URA 363 a été mise en restructuration, dans le sens d'une séparation des équipes de Paris 1 et de Paris 7. Cela a fourni l'occasion d'une réflexion et d'un choix sur les logiques et l'organisation des recherches sur l'Afrique. La logique scientifique qui avait présidé à cette création en 1982 avait perdu une grande partie de sa pertinence. Au début des annes 1980, la volonté de remettre en perspective historique les socités extra-européennes, c'est-à-dire de faire bouger lécran ethnographique volontiers plaqué sur elles, allait de pair avec l'analyse critique des effets de la dépendance créée par les impérialismes et s'intégrait donc aisément dans le cadre d'un projet comparatiste consacré à l'ensemble de ce qui était intitulé couramment à l'époque "le tiers-monde". Or cette thématique s'est usée, non par un effet de mode, mais en fonction même des bouleversements intervenus dans les espaces géopolitiques et culturels couverts par cette dénomination : décollage économique des pays du sud-est asiatique, nouvelles donnes et nouvelles crises en Amérique latine, évolution de l'Inde, implosion économique et politique de l'Afrique, spcificité des enjeux proche-orientaux et aussi écroulement du bloc communiste. Chaque "aire culturelle" -nous préférons parler de situations géo-culturelles- mérite un effort scientifique particulier, mettant l'accent sur les spécificités dans la longue durée, sans pour autant adhérer à l'idée d'une singularité des cultures, qui les rendrait incommunicables.
    Entre 1994 et en 1996 différents projets d'association scientifique ont été élaborés, avant d'aboutir à la création de l'Upresa 8054 en 1998. On notera que l'histoire de la recherche scientifique est aussi celle des institutions, des moyens affectés et des relations au sein de la communauté des spécialistes. Une historiographie de l'Afrique en France devrait aussi tenir compte de ces contraintes.

    L'Upresa "Mutations africaines dans la longue durée" doit contribuer à la promotion de l'histoire d'Afrique en France. En cette fin des années 1990, cette spécialité est reprsentée, sur le plan universitaire, par plus d'une vingtaine d'enseignants-chercheurs et par trois chercheurs du CNRS. Les premiers sont dispersés entre une dizaine d'établissements, mais les trois pôles significatifs sont à Paris 1 (au C.R.A.), à Aix-en-Provence (autour de l'Institut d'histoire compare des civilisations, I.H.C.C., ancien Institut d'histoire des pays d'outre-mer, IHPOM, et à Paris 7 (dans le cadre du laboratoire "Connaissance des tiers-mondes" (devenu "SEDET"). Les historiens chercheurs CNRS sont tous au C.R.A.
    Aix-en-Provence est donc en France l'autre centre où l'histoire de l'Afrique est proposée en tant que telle dans un programme de recherches. La proximité des Archives d'outre-mer y représente un atout décisif. La collaboration entre Parisiens et Aixois existe d'ores et déjà autour de colloques, de publications collectives, de jurys de thèse et de séminaires de DEA. Elle s'est concrétisée depuis 1994 dans le GDR 1118, "Histoire de l'Afrique, mémoire et identités", promu et géré en commun par des chercheurs et enseignants d'Aix-en-Provence et de Paris et dont le directeur est Jean-Louis Triaud.

    Composition

    L'Upresa 8054 regroupe :

    Outre ces trois "lieux d'implantation" des recherches, ce projet bénéficie de la participation de collègues des Universités de Reims, de Grenoble, de Dakar et de l'Inalco. Enfin, en ce qui concerne l'Histoire de l'Afrique, notons l'adhésion des trois enseignants-chercheurs en Histoire de l'Afrique de l'Université de Provence, membres de l'IHCC constituant un "site aixois" de ce programme.

    Ce programme s'articule pédagogiquement notamment à trois DEA : Histoire de l'Afrique (Paris 1-Paris 7), Études africaines (Paris 1) et "Mondes africain, arabe et asiatique" (Université de Provence). Il s'y ajoute à Paris 1 un DESS (Développement).

    Équipement

    Le Centre de Recherches africaines gère une bibliothèque contenant plus de 20 000 ouvrages français et étrangers, plus de 500 périodiques (dont une centaine vivants). Ce fonds s'est constitué à partir de 1962 sur une base pluridisciplinaire (histoire et archéologie, anthropologie, linguistique, littérature, géographie). Il accorde une place prépondrante à la discipline historique et comporte un grand nombre d'ouvrages anciens et rares. Il a bénéficié de plusieurs donations (fonds Mauny , Cornevin, Person et Joire en particulier, plus récemment fonds Augustin Bernard sur l'Afrique du nord). On y trouve en outre plus de 400 thèses de doctorat, près de 200 Mémoires de maîtrise, plus de 200 Mémoires de D.E.A.
    Sur les 20 000 ouvrages, prs de 12 000 ont déjà été intgrés à un catalogue informatisé en cours de progression.
    Cette bibliothèque est ouverte aux étudiants et chercheurs de Paris 1 ou d'autres établissements durant quatre jours pleins de la semaine

    L'Upresa doit rapidement se retrouver entièrement dans les locaux du Centre Malher, notamment au deuxième étage entre le CRA, le CEJPMA (y compris la revue Politique Africaine) et le GEMDEV. La bibliothèque fonctionnera entièrement au rez-de-chausse du même immeuble.

    Domaines scientifiques

    Les recherches portent sur l'ensemble du continent africain, notamment :
    Sénégambie-Sahel-Sahara
    Pays du golfe de Guinée
    Région des grands lacs et Est-africain
    Corne de l'Afrique
    Madagascar et côte orientale
    Namibie
    Maghreb, notamment Maroc

    Elles s'ordonnent en cinq axes, un axe génral d'ordre méthodologique, et quatre axes spécialisés, ordonnés en thèmes qui articulent chaque fois plusieurs disciplines, (histoire, droit public et sciences politiques, anthropologie et sociologie) et avec des objectifs précis. La dominante historique, propre à Paris 1 dans le champ africaniste français, traduit aussi la volonté de comprendre la situation actuelle de l'Afrique dans une perspective dynamique de confrontation à la modernité.

    Observation générale

    Il faut noter ici une maturation de l'histoire d'Afrique qui s'est traduite par une sorte de déplacement progressif des questions. Dans l'euphorie des indpendances il y a trente ans, les préoccupations centrales étaient la mise en valeur d'un passé méconnu, notamment politique, et l'analyse des processus de domination et d'exploitation imposés de l'extrieur.

    Ces questions ne sont pas devenues caduques, mais nous devons tenir compte d'une volution gŽnŽrale ˆ la fois de la situation en Afrique, du regard qui est portŽ sur elle et des nouvelles interrogations qui en découlent. La dépression économique, les troubles politiques et les catastrophes humaines s'accompagnent, on le sait, d'un pessimisme systématique et parfois d'une sorte de régression intellectuelle, d'un repliement sur des particularismes de toutes sortes et d'un retour insidieux au regard ethnographique, le rapport de l'Afrique au monde tendant à être réduit à "l'humanitaire" et à l'expertise économique. Les fluctuations de "l'africanisme", en particulier dans ses formes médiatisées pour le grand public, reprsentent aussi un défi scientifique.

    Cette situation implique plus que jamais la relance des interrogations "historiennes" sur l'Afrique. Plus précisément la demande, exprimée ou implicite, nous semble tre celle d'une mise en perspective de lévolution de cette partie du monde, du point de vue de ses propres expériences et de ses propres initiatives. Mais l'Afrique n'est pas une plante ethnographique à part. La démarche des historiens sur ce "territoire" n'est pas substantiellement différente de celle observée dans l'historiographie européenne : développement d'une histoire des sociétés, des économies, des cultures, des techniques, des modes d'expression politique, etc.

    Cette exigence se joue, sur le plan spatial, par le refus de se cantonner dans une lecture morcelée de micro-espaces ethniques ou villageois (tout en admettant bien sûr les vertus de l'enquête de terrain et du regard concret des monographies) et, sur le plan temporel, par la mise en doute de la dichotomie trompeuse entre "tradition" et "modernité La prise en compte des espaces régionaux construits par des réseaux d'échanges, des langues véhiculaires, par des pélerinages ou des affiliations religieuses, par la circulation de modèles politiques, a été trop négligée.

    Les dynamiques des anciennes sociétés, leur prolongement jusque dans l'époque contemporaine, mais aussi les relectures très modernes de réalités dites ancestrales représentent autant de défis trop souvent méconnus par "l'africanisme". La conquête coloniale ne représente pas une coupure chronologique simple de l'entrée dans une histoire mondiale et l'emprise européenne sur l'Afrique a donné une situation beaucoup plus complexe qu'une simple juxtaposition de deux civilisations où des éléments sociaux et culturels dits "traditionnels" cohabiteraient de manière immuable avec des forces de changement incarnant le "progrés". La restitution des dynamiques africaines, mais aussi la compréhension des blocages passent par le dépassement critique de cette vision stéréotypée qui relève d'un discours africaniste, mais qui est devenue aussi un fait culturel intériorisé en Afrique même.

    La seule façon de sortir du dilemme entre le retour à l'ethnographie et le combiné actuel d'expertise et de philanthropie qui marque le regard sur l'Afrique, c'est de développer précisément une recherche spécialisée sur ce continent, avec toutes les implications scientifiques, humaines et logistiques que cela représente. Un tel programme concerne d'autres disciplines que l'histoire et il doit s'affirmer comme tel dans le champ de la recherche de notre pays, sans avoir à se justifier ou se cacher sous une réflexion théorique ou pragmatique qui lui serait extérieure.

    Les cinq axes

    Les cinq axes du programme de l'Upresa "Mutations africaines dans la longue durée" se résument ainsi :

    Réalisations

    On peut mentionner ici quelques publications collectives significatives :

    Cahiers du CRA (diffusés par Karthala) :
    - n° 6 : "La crise d'août 1988 au Burundi", préparé par J.P. CHRETIEN, A. GUICHAOUA et A. LE JEUNE, 1989.
    - n° 7 : "Histoire et organisation de l'espace à Madagascar", préparé par J. FREMIGACCI (en collaboration avec le Département d'histoire de l'Université de Tananarive), 1989.
    - n° 8 : "Togo, Bénin", préparé par Claude-Hélène PERROT et Bertrand HIRSCH, 1994.
    - n° 9 : "Autres sources, nouveaux regards sur l'histoire africaine", préparé par C.H. PERROT et F.X. FAUVELLE.

    Claude-Hélène PERROT (d.), Le passé de l'Afrique par l'oralité / African History from oral sources (anthologie des recherches sur l'histoire précoloniale de l'Afrique produites en France à partir des sources orales), Paris, Documentation française, 1993.

    Claude-Hélène PERROT (d. avec G. GONNIN), Sources orales de l'histoire de l'Afrique, Paris, éd. du CNRS, 1989, rééd. en 1993.

    Actes des colloques :

    J.P. CHRÉTIEN et G. PRUNIER éds.), Les ethnies ont une histoire (actes du colloque de 1986), Paris, Karthala-ACCT, 1989.

    J.P. CHRÉTIEN, C.H. PERROT, G. PRUNIER, F. RAISON (éds.), L'invention religieuse en Afrique, (actes du colloque de 1991), Paris, Karthala, 1993.

    R. VERDIER, E. DECAUX, J.P. CHRÉTIEN (éds.), Rwanda. Un génocide du XXème siècle (actes du colloque C.R.A.-Nanterre de 1995), Paris, L'Harmattan, 1995.

    Monique CHASTANET (éd.), Plantes et paysages d'Afrique, (actes de la table ronde de 1994), Paris, Karthala, 1998.

    Jean-Pierre CHRÉTIEN et Jean-Louis TRIAUD (éds.), Histoire d'Afrique. Les enjeux de mémoire (colloque du GDR de 1997), Paris, Karthala, 1999.

    L'Upresa a des liens avec une douzaine d'universités africaines (francophones et anglophones) et avec plusieurs universités d'Allemagne, du Portugal, de Belgique et du Canada.

    Jean-Pierre CHRÉTIEN
    Directeur de l'Upresa 8054


    informations scientifiques | sommaire du n° 5 | les numéros | les rubriques | page d'accueil