| Clio en Afrique | n° 2, été 1997 |
Une petite musique traditionnelle au masenko cède la place à une voix aigrellette qui remplit la petite ville de Keren, cité ceinturée par un collier de montagnes, encaissée entre les monts. La ville est déserte. "Mabrat Kibrom - hurle la cousine de la candidate - est une ancienne combattante pour la liberté de l'Erythrée. Chrétiens, Musulmans de Keren, votez pour elle !"
Les enfants, à l'arrière de la Toyota, sont là pour occuper le terrain de manière voyante. Ce sont ses propres enfants, ceux de ses soeurs, de ses cousines et de ses voisines. Ils agitent bruyamment des cartons d'Omo sur lesquels sont placardées les photos de la candidate. Aujourd'hui dimanche, elle s'était vêtue d'une ample robe traditionnelle de cotonnade blanche qu'elle avait changé, dans l'après-midi, pour un tailleur moderne à pois afin de mener sa campagne. Ce changement, loin d'être anecdotique, évoque tout le parcours de ces combattantes qui vont et viennent entre la tradition et la modernité. Hier, au Front, elles étaient en Battle Dress, leurs cheveux étaient courts et elles arboraient avec fierté des "kalachi", le plus souvent subtilisées aux soldats éthiopiens ou soviétiques. Aujourd'hui, les familles les ont incitées à remettre leurs robes blanches, leurs sandales de cuir dorées et à se refaire pousser les cheveux. Mebrat a assorti son portrait d'un symbole lourd de sens puisqu'il s'agit du monument aux martyrs de la guerre. Un monument que l'on rencontre partout dans les paysages d'Erythrée - en bordure des déserts, au fond de chaque vallée, symbole inextirpable de la guerre de libération.
Le drapeau de la candidate est clair. Son étendard c'est la lutte et le sang versé, celui de son époux, lui aussi combattant, mort à Rora. Elle fait partie de ces 40 % de femmes combattantes du Front Populaire de Libération qui ont pris les armes afin de "chasser le colon éthiopien". Elle appartient à cette nouvelle élite de cette jeune nation. A Asmara, ce sont les leaders du Front Populaire de Libération Erythréen - les rebelles d'hier - qui sont installés aux leviers de commande de l'Etat.
Les vieux compagnons de la libération forment une classe politique aussi jeune qu'originale. En effet, entrés au front entre 15 et 20 ans, ils ont aujourd'hui entre 30 et 40 ans. L'ancien président du Front, Issayas Afawarqi, est aujourd'hui à la tête de l'Etat érythréen. Les rebelles d'hier sont les ministres d'aujourd'hui. Leur singulier itinéraire leur confère des particularités que nous sommes forcés d'observer, notamment leur style spartiate, rigoureux, discipliné mais peu soucieux des conventions (notamment des signes extérieurs de richesse ou de notoriété). La discrétion des dirigeants, leur simplicité (on peut rencontrer l'un des ministres en jogging le dimanche matin) sont certainement des qualités héritées du passé guerrier. Majoritairement composé de chrétiens des hauts plateaux, le parti n'affiche cependant aucune exclusivité à caractère ethnique ou religieux. Force nous est cependant d'observer que la majorité des ministres sont orignaires de l'Hamassien, province centrale où se trouve Asmara, la capitale. Le Parti Pour La Justice et La Démocratie s'est réellement imposé comme une expression politique de la Nation sans distinction de races ou de religions, grâce à la voix des femmes qui - toutes ethnies confondues - ont adhéré au Front, d'une part pour libérer le pays, mais aussi, avec l'espoir de changer leur statut de femmes soumises. Et c'est vrai que, pendant la guerre, elles ont indistinctement exercé tous les métiers et se sont imposées comme les égales des hommes.
Mebrat Kibrom, à Keren, au coeur de cette petite ville arabo-chrétienne, incarne cette génération de femmes et le cheminement de ces actrices qui ont inventé la nation érythréenne, qui, en y croyant inexorablement, l'ont construite grâce au miracle de leur entêtement, un entêment à être libre, alors même que les Nations Unies se désintéressaient d'une question qu'elles jugeaient insoluble et que les puissances occidentales assistaient désabusées à ce petit conflit régional de la Corne de l'Afrique où il n'y avait pas d'enjeu économique majeur. Au milieu de cette parfaite indifférence, ils ont persévéré dans ce rêve de liberté. "Nous ne jouirons peut être jamais de la liberté, mais nos enfants la connaîtront", exprimait cet ancien fighter. De cette opiniâtreté des montagnards, Mabrat est la parfaite représentante. D'ailleurs, pour sa campagne politique, elle n'affiche pas d'autre programme que ce passé guerrier. Héroïne à Nacfa : voilà son titre de noblesse. "Je suis une combattante très connue," dit-elle, et, sur un carton de la Toyota, trône une photo ancienne de 1989 où elle montre un visage rieur et triomphant, kalachnikov sur l'épaule. Une balle a traversé son bras, une autre sa tête. "Je n'ai donc pas de propagande à faire. Tout le monde sait, en Erythrée, ce que les patriotes ont fait pour le pays". Elle estime que les combattants sont plus conscients et que la lutte leur a apporté une certaine maturité politique en raison de la gestion des zones libérées dont ils s'étaient investis pendant la guerre, conformément à leur slogan : "d'une main bas-toi, et, de l'autre, apprends et produis !" Aussi son engagement politique se trouve dans le droit fil de sa participation à la lutte armée.
La guerre aurait rendu ce que l'on appelle les ex-fighters plus adultes que les autres notamment plus mûrs que les returnees, les exilés de retour au pays après l'indépendance. Aujourd'hui, la société civile se divise entre anciens combattants et "retournés" d'Amérique, d'Europe ou du Soudan. Les premiers ont pris d'assaut les institutions, le gouvernement et la politique et les autres les affaires, la libre entreprise, la reconstruction économique du pays. Dans une même famille érythréenne les enfants peuvent être anciens combattants ou "retournés". Les uns ont financé la guerre des autres et les uns et les autres oeuvrent à ce qu'il est convenu d'appeler la "reconstruction".
Tout porte à penser que le territoire social érythréen s'est partagé entre espace public, domaine réservé des combattants, et espace privé, territoire de exilés qui, aux Etats Unis et ailleurs, ont acquis l'expérience de l'économie de marché, une chose que les combattants ignorent car, pendant la guerre, ils n'ont jamais dû pourvoir à leurs besoins, l'organisation s'occupant de tout. Aussi lorsque cette armée de 95 000 personnes (1) a été démobilisée - par vagues successives -, elle a été dédommagée par le gouvernement. Chaque combattant recevait 10 000 birrs afin de pouvoir effectuer un retour à la vie civile. Certains les ont dépensés en quelques semaines en faisant bombance, d'autres ont réussi à amorcer un début d'activité professionnelle.
En 1991, l'ambiance du pays était celle d'une euphorie partagée. Les prisonniers de guerre libérés dansaient dans les rues avec les civils et célébraient une identité retrouvée. Aujourd'hui, 5 années après la libération, personne ne danse plus dans les rues d'Asmara. L'heure est à l'addition. La réforme de la propriété foncière, le multipartisme et la croissance économique sont les préoccupations de chacun. Mais l'aspect le plus intéressant de cette construction nationale demeure cette identité recherchée. Une identité qui avait été particulièrement difficile à trouver car l'Erythrée pose à l'histoire une situation sans pareil, un "paradoxe" (2) unique en Afrique. En effet c'est au nom de la colonisation italienne que s'est construite l'Erythrée. C'est ce moment historique particulier qui a fondé le mythe d'une unité territoriale pour les neuf ethnies du pays.
En 1890 l'Erythrée devenait colonie italienne. Le nom Erythrée a été choisi par Crispi afin de rappeler l'étymologie grecque de la mer Rouge. L'idée était en réalité celle d'un écrivain milanais, un certain Carlo Dossi, mais le président du conseil (1887-1891) se l'appropria. Il est d'ailleurs intéressant de noter que les différents fronts de libération du pays ont conservé le même toponyme. Le terme ancien était Märäb-Mellash (du nom de la rivière Märäb, affluent de l'Atbara). Le choix des rebelles d'hier à conserver un nom hérité du passé colonial paraît paradoxal. Après l'accession de l'Erythrée à l'indépendance - à l'issu d'un processus référendaire en mai 1993 - les leaders d'Asmara n'ont pas estimé qu'il était nécessaire de renommer leur Etat en lui préférant un toponyme antérieur aux périodes coloniales. Cette attitude incarne la singularité érythréenne dans son itinéraire de construction de la Nation. L'historienne Irma Taddia l'explique ainsi :
"L'Eryhtrée est un Etat créé par le colonialisme.Voilà les principales différences entre l'Erythrée et les autres pays d'Afrique : le rôle de la puissance coloniale, l'absence d'une idéologie anti-coloniale et la non-indépendance dans les années 1960" (3) Aussi la volonté indépendantiste s'enracine -t-elle dans ce passé colonial.
Cette idée semble partagée par les Erythréens avec quelques réserves. La colonisation suscite des analyses critiques (notamment celles que l'on peut lire dans l'Eritrean Studies Review) mais n'entraine pas un rejet systématique. L'expérience coloniale n'a pas laissé d'insurmontables rancoeurs et le rapport avec le passé est étonnamment serein.
La période coloniale italienne peut être divisée en deux temps : la première période est de 1890 à 1936 et la deuxième de 1936 à 1941. Le tournant historique de 1936 correspond à la marche sur Addis Abeba et à la création de l'impero de Mussolini.
Tout d'abord au XIX ème siècle les conflits agraires autour de la possession des terres a suscité de la part des Erythréens des révoltes paysannes dont la plus célèbre est celle de Batha Hagos. La révolte paysanne est née entre 1889-1890 à l'aube du colonialisme. La terre en Erythrée comme en Ethiopie fut le conflit colonial majeur. Le sentiment national prend un premier ancrage dans la civilisation agraire de l'Erythrée. Il prend forme dans des révoltes qui sont des réactions violentes - mais sporadiques - à un système de production coloniale. Aussi dans la prise de conscience identitaire la révolte avec l'autorité coloniale a été une étape importante dans la génèse du sentiment d'appartenance à une communauté.
La société colonisée a été transformée par le colonialisme et ces transformations ont engendré une ébauche de "territorialité" en Erythrée.
Force nous est d'admettre que le temps colonial italien est un cycle long (55 ans), alors que ce temps-là est court pour l'Ethiopie (5 ans). Si nous avons pu démontrer dans nos travaux antérieurs (4) que l'influence italienne en Ethiopie a été superficielle, il n'en est rien pour l'Erythrée. L'influence de l'italien sur la langue tigrinya est sans commune mesure avec les quelques umprunts lexicaux italiens en amharique. Le vocabulaire alimentaire, technique et vestimentaire reste d'une grande "imprégnation" italienne. L'architecture, et les espaces de sociabilité urbaine, tels que les cafés ou les restaurants ont gardé un je-ne-sais-quoi de latin qui n'existe pas de manière aussi marqué en Ethiopie. Une italianité est encore visible en Erythrée alors qu'elle a presque disparu chez le grand voisin éthiopien.
Aussi la compréhension de la personnalité éryrthéenne passe par une analyse de la présence italienne. L'expérience coloniale italienne a été à bien des égards "fondatrice" car c'était la première fois que les neuf ethnies étaient gouvernées ensembles. Aussi l'époque coloniale a apporté une unité territoriale.
Si pour les psychologues le siège de l'identité chez un individu réside - en quelque sorte - dans son corps, nous pourrions effectuer une transposition à l'échelle de la nation et considérer que le siège de l'identité érythréenne serait son territoire, le territoire apparaissant dans cette métaphore tel le corps de la nation érythréenne. A l'heure des grands débats sur les identités l'Erythrée semble un exemple particulièrement intéressant dans la mesure où la période coloniale n'a pas correspondu à une déstructuration mais au contraire à une structuration de cette identité.
Pour les différentes ethnies musulmanes et chrétiennes d'Erythrée le ciment communautaire n'est pas d'origine culturel. En effet, la civilisation des Habash (Abyssins, terme qui serait issu du sud-arabique et signifierait mélange des peuples) d'Erythrée, du Tigré et des provinces centrales de l'Ethiopie (Sewa, Goggam, Bagméder) apparaît, à bien des égards, comme matrice commune de tous ces peuples du haut plateau. L'amharique et le tigrinya sont des langues sémitiques cousines et dérivées du guéze. Entre les Amhara d'Ethiopie et les Tigrinya d'Erythrée, il existe, bien sûr, beaucoup de variantes régionales, mais ce sont surtout les cousinages culturels qui sont frappants. Le rite religieux, les pratiques alimentaires et les règles de vie en société ne sont pas très éloignées, ou, du moins, il y a plus de similitudes culturelles entre Tigrinya et Amhara qu'entre Saho, Afar et Tigrinya.
Les ethnies des basses terres ont des profils culturels très différents ; ils n'en demeurent pas moins que tous se sentent "Erythréens avant tout". Aussi ce sentiment d'appartenir à une nation s'enracine dans des facteurs plus géographiques et historiques que culturels.
Trevaskis expose la stratégie britannique comme suit : "En Erythrée le citoyen italien était le principal, l'Erythréen n'était qu'un auxiliaire" (5). La difficulté de trouver des cadres britanniques a empêché toute réforme radicale. L'objectif premier consistait à procéder à "l'éritréisation" des emplois. Le premier changement est intervenu au sein des juridictions et les residenti italiens ont été remplacés par des Erythréens. La ligne directrice de l'administration britannique était d'encourager les autochtones "to speak for themselves" (6), et, pour ce faire, une des grandes priorités de l'administration britannique aura été de favoriser l'enseignement en créant des écoles.
Cette "éritéisation" se traduit politiquement par l'émergence d'expressions politiques organisées. La Ligue musulmane - premier mouvement indépendantiste - est née en 1946, à Keren, et réunissait les populations des basses terres sous le leadership d'Ibrahim Sultan (7). Le parti Libéral et Progressiste, autre mouvement précurseur, dont le membre le plus actif fut Wold Ab Wolde Maryam, a été fondé en 1947. Ce mouvement politique se rallia à La Ligue musulmane en 1949 pour constituer, en 1949, le Bloc pour l'indépendance. Ces expressions politiques naissent, de 1942 à 1949, dans un contexte particulier de résistance fiscale. (8)
C'est au cours de ce mandat que s'organisent les premières expressions politiques érythréennes. Ces formations naissent grâce à l'impulsion donnée par les Britanniques à impliquer les Erythréens aux affaires de l'Etat.
Durant la guerre de trente ans, les Erythréens ont affirmé leur identité en résistant à l'amharisation forcée. Ils refusaient de communiquer en amharique. Les leaders du Front ont utilisé le tigrinya comme un vecteur dynamique de résistance culturelle à l'éthiopisation. Le Front a entrepris un effort considérable pour publier des ouvrages en tigrinya, des brochures à caractère éducatif, destinées aux militants et aux populations.
En 1987, on pouvait assister à un conflit culturel par idiome interposé. Toutes les fois que l'amharique était utilisé dans les lieux publics, les Erythréens répondaient systématiquement en tigrinya, refusant de prononcer une parole dans cette langue. Dix ans plus tard, au cours d'une mission en Erythrée, force a été de constater que, la guerre terminée, l'utilisation de la langue des Amhara ne provoquait plus de phénomènes de rejet. Ces querelles étaient désormais dépassées.
Cette dernière étape est certainement la plus complexe. En effet, ce n'est pas contre un ennemi lointain que s'affirme l'identité érythréenne. L'autre, duquel il faut se démarquer, n'est plus un colon blanc venu d'ailleurs mais un cousin qui a le même teint, les mêmes religions, une même civilisation.
La ligne de démarcation s'est installée sur un axe de voisinage. Au cours de cette période de guerre on pouvait assister à une surenchère du côté érythréen, soulignant la différence culturelle entre la société tigrinya et la société amhara. Alain Gascon fait un parallèle avec les Balkans et évoque une "Autriche-Hongrisation"(9).
Ainsi c'est en s'opposant à son voisin que l'on construit son identité. Et c'est sans doute avec ce cousin que les tensions ont été les plus violentes et les plus meurtrières. Un cousin d'autant plus proche qu'il partageait la même idéologie. Mais le nationalisme érythréen ne s'enracine pas dans une idéologie. Le marxisme-léninisme n'a été qu'un instrument d'unité et d'efficacité pour donner un cadre qui ne soit pas ethnique ou clanique à la lutte.
Ce temps éthiopien correspond à une intense politisation. La doctrine n'avait pas d'autre objectif que de structurer un sentiment d'identité. Cette identité structurée dans un cadre trouvait ainsi une forme d'expression. Le FPLE s'est investi d'une mission d'encadrement et d'homogénisation de la société érythréenne. Une société dont il faut rappeler le caractère pluriel. Le moule idéologique faisait fondre les différences culturelles et ethniques.
Mebrat Kibrom, comme un grand nombre de ses consoeurs entendues à Asmara, Keren ou Massawa, soulignent continûment le rôle fédérateur de cet encadrement et l'efficacité guerrière de la discipline à laquelle elles furent soumises. Cette politisation a fonctionné comme un ciment. Elle a été instrumentalisée pour atteindre ce qui était réellement recherché : la cohérence et la cohésion nationale.
Une jeune femme interviewée à Asmara met en parallèle l'identité érythréenne avec la politisation des Erythréens dans les années soixante-dix.
"J'habitais Addis Abeba mais mon père nous a toujours dit que nous étions Erythréens. Mon père n'a jamais accepté d'être Ethiopien. Nous, Erythréens nous étions très politisés. J'avais la possibilité de continuer mes études, j'avais 16 ans, mais en traversant les zones libérées, j'ai décidé de rejoindre le Front. J'ai vu les autres verser le sang. C'était plus fort que moi !"Dans cette tentative d'explication sur son engagement, cette jeune femme conjugue trois éléments fondamentaux : une appartenance nationale décidée par le père, la séparation entre Ethiopiens et Erythréens et la politisation. Cette imbrication est très fréquente dans les dicours des combattants sur les motifs de leur engagement dans la lutte armée. Cette combinaison est assortie d'une rhétorique de transcendance qui s'imprègne de l'idée de sacrifice et de sang versé. L'argumentation nationaliste du Front met en rapport la patrie imaginaire avec les martyrs de la guerre. Après l'abandon de la doctrine marxiste-léniniste par les leaders d'Asmara, le discours qui dure est celui de l'héroïsme. Un concept traditionnel mieux compréhensible par la société civile.
En dernière analyse nous pouvons considérer que l'engagement dans la lutte armée est étroitement lié à la filiation. Les pères des combattantes ont forgé leur individualité et le sentiment de leur singularité nationale pendant cette période. Dans certains cas, les pères des fighters sont d'anciens supplétifs de l'armée coloniale italienne, les ascari.
Le père de la jeune candidate Mabrat (lumière) était shabia (terme qui désigne aussi bien le Front que le Peuple). Aujourd'hui dimanche, elle sillonne Keren avec la Toyota de son oncle, "retourné" d'Allemagne, avec le haut parleur qu'elle a emprunté le matin même au Parti Pour La Justice et La Démocratie. Sans le soutien de sa famille, de ses anciens amis du Front, elle ne pourrait bénéficier de l'appui logistique lui permettant d'être une nouvelle actrice politique.
Le miracle éryhtréen tient peut-être dans cette spectacularité-là, celle que nous donnent à voir ces pionnières de la vie politique érythréenne.
Chargée de recherches au CNRS, Iremam, Aix-en-Provence