Clio en Afrique n° 2, été 1997


Dossier bibliographique : le génocide rwandais.


INTERPRETATIONS DU GENOCIDE DE 1994 DANS L'HISTOIRE CONTEMPORAINE DU RWANDA

Jean-Pierre Chrétien

L'histoire immédiate pose des problèmes spécifiques bien connus d'accès aux sources et de fiabilité des interprétations. Les situations africaines posent des difficultés spécifiques. La gestion des archives, leur destruction ou leur absence, surtout en moments de crise, représentent un obstacle manifeste. Mais l'extension des sources volatiles de communication n'est pas propre à l'Afrique. En revanche la connaissance de ce continent continue à subir l'effet des quiproquos culturels et politiques liés à des rapports de domination, anciens ou récents, à l'échange inégal des informations et des connaissances et aux suspicions entraînées par des enquêtes coïncidant souvent avec l'expertise et l'intervention. La fin de la guerre froide a d'une certaine façon redonné de l'autonomie aux logiques des différents espaces africains, mais, en facilitant un émiettement apparent des options et des enjeux, elle a rendu aussi plus complexes les interprétations et redonné de la vertu à de vieux schémas rodés depuis le XIXe siècle, ceux de l'ethnographie et de la philanthropie. Dans le cas rwandais, il est possible d'analyser les positions répondant à ces différents défis.

Une cinquantaine d'ouvrages (compte bon tenu des articles et des multiples rapports entrant dans la "littérature grise") a été publiée sur la crise du Rwanda en trois ans, de l'été de 1994 à l'été de 1997. Les auteurs sont de multiples appartenances : chercheurs en sciences humaines (historiens, sociologues, anthropologues, géographes, politistes), mais aussi journalistes, responsables du secteur dit humanitaire, religieux, experts d'organismes divers et enfin, trop rares, des acteurs rwandais. Le bilan proposé ici sera essentiellement descriptif. Les discussions développées par ailleurs reposent sur le socle des faits et des écrits regroupés dans cette abondante littérature. Il faut d'abord en identifier les contenus, les points d'application et les objectifs, en gardant en mémoire les préoccupations fondamentales des interrogations historiques : l'établissement des faits et la critique des témoignages, la mise en perspective temporelle d'événements trop souvent figés par les médias dans un "arrêt sur image", la mise à jour de la multiplicité des forces (locales et internationales) et des ressorts en action dans les crises, la caractérisation des situations en recourant à des comparaisons, sans éluder (question incontournable dans le cas d'un génocide[1]), l'intervention des valeurs et des options morales. Nous considérons successivement les recueils de témoignages et documents, puis les études visant à expliquer le processus qui a conduit à la tragédie de 1994, ensuite les oeuvres qui posent les questions de l'après-génocide, enfin les analyses de la dimension internationale.

Les faits : témoignages et documents

Débats sur les explications : le contexte et le projet

L'après-génocide : pouvoirs, société et justice

La dimension internationale : les responsabiltés extérieures

(section suivante)

Jean-Pierre CHRETIEN

Directeur de Recherches au CNRS,

Centre de Recherches Africaines, Université Paris I


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