
Equipe 3
Psychopathologie de la construction du réel et des addictions
|
|
|
Collaborations |
|
| T. Apostolidis |
Laboratoire de Psychologie Sociale, Aix-en-Provence |
aposto@marseille.inserm.fr |
| V. Brejard |
Laboratoire LABECD,« Education, cognition et développement », Université de Nantes |
|
| M. Hautekèete |
Laboratoire PSYTECC, Université de Lille 3, Villeneuve d’Ascq |
|
| S. Rusinek |
Laboratoire PSYTECC, Université de Lille 3, Villeuve d’Ascq |
|
| E. Sanavio |
Université de Padoue (Italie) |
|
| J. Swendsen |
CNRS, Laboratoire psycho-clinique et psychopathologique, Université Victor Segalen Bordeaux 2 |
|
Programme
- Ce programme a pour objet, d'une part, l’étude des processus cognitifs, émotionnels et comportementaux dans le domaine des addictions. D'autre part, il s'intéresse à leur comorbidité avec d'autres types troubles (troubles anxieux, troubles de la personnalité, troubles des conduites, etc.). Nous serons donc amenés à nous intéresser pratiquement à tous les champs de la psychopathologie.
- Les résultats des recherches devraient pouvoir contribuer à proposer de nouveaux éclairages théoriques et/ou empiriques et des thérapeutiques psychologiques adaptées aux situations cliniques étudiées qui représentent des enjeux majeurs de Santé Publique.
Projet 5.1. Conduites à risque, composantes psycho-émotionnelles et facteurs de vulnérabilité
- Le phénomène de prise de risques peut correspondre à une conduite pathologique ou à la réalisation d'un comportement adapté, mais résulter d'un processus de prise de décision inadapté (Bechara, 2003 ; Bonnet, Pedinielli et al., 2003*). La plongée sous-marine, la course automobile ou d’autres sports, par exemple, sont des activités qui impliquent des phénomènes émotionnels, tant dans leur initiation (appréhension du milieu) que dans leur conséquence (effet émotionnel, bien-être, par exemple, Diener, Lucas & Scollon, 2006). La présence de facteurs comme la fatigue psychologique et le stress perçu peuvent augmenter la probabilité de survenue d'un accident, mais leur influence réelle n'a jusqu'à présent pas fait l'objet d'étude (Bonnet, Fernandez et al., 2003*).
- L’autre partie de ce programme concerne les comportements à risques (conduites automobiles, comportements sexuels, sportifs, ou encore consommation de drogues et d’alcool), comportements qui sont, chez les jeunes, en constante augmentation (Brejard et al., 2003*). Des enquêtes épidémiologiques mettent en évidence une prévalence importante de ces conduites « à risques » chez les 18-25 ans. Cependant, peu de recherches se sont intéressées au mode de fonctionnement cognitivo-émotionnel de ces tranches d’âge, et aux relations entre humeur dépressive et comportement. Notre objectif est d’explorer les liens entre dépression, niveau de développement cognitivo-émotionnel et comportement. Notre pensons qu’un faible niveau de conscience émotionnelle favorise l’émergence de comportements à risques tout en permettant de minimiser les affects dépressifs. Cependant, peu d'études portent sur l'implication des phénomènes émotionnels ou des troubles thymiques dans la détermination des conduites.
Projet 5.2. Addictions de la vie quotidienne
- Seront étudiées dans ce projet, les addictions de la vie quotidienne comme le tabagisme et l’alcoolisme, les nouvelles addictions (comme la cyber-addiction, le jeu pathologique, la sexualité « addictive », les achats compulsifs) et les addictions sans drogues (anorexie, boulimie, par exemple). Notre programme de recherche essayera de répondre aux points suivants :
- Construire un modèle de l’addiction ou des addictions : S’agit-il d’une ou plusieurs addictions ? (Pedinielli, Rouan & Bertagne, 1997)
- Définir en termes opérationnels les sujets : Comment définir la consommation normale du produit, celle qui est abusive ou à risques ; où commence la dépendance ? (Martin, 1999 ; Reynaud, Parquet, & Lagrue, 2002).
- Repérer la population concernée : Qui est dépendant ? Qui est à risques ? Comment définir les processus qui constituent la dépendance ? Quels sont les facteurs responsables de ces risques ? (Bonnet et al., 2005*)
- Définir avec précision les traitements et leurs modes d’action : Quels sont les processus thérapeutiques? Quels sont les objectifs du thérapeute ? Quelle est la pertinence du modèle théorique employé ? (INSERM, 2004)
- Définir l’efficacité thérapeutique : Quels sont les indices pertinents qui accompagnent une modification efficiente du cadre thérapeutique ? Les envies, la qualité de vie tout comme l’anxiété et la dépression, seront prises en compte afin de repérer le bénéfice de la thérapeutique (Drummond, 2001).
- Repérer les conditions environnementales : Dans quelq contextes agissent les traitements ? Comment transférer ou généraliser les améliorations obtenues dans un cadre thérapeutique à la vie quotidienne du patient ?
- Identification des processus motivationnels : Quels processus psychologiques interviennent dans le cas des arrêts spontanés des troubles addictifs de la vie quotidienne ? (Prochaska et al., 2004).
Projet 5.3. Composantes psychologiques liées à l'apparition d'une addiction
- La notion de schéma cognitif en général désigne une structure stable et durable. Ces schémas sont inconscients et gèrent toutes les étapes du traitement de l’information et sont stockés en mémoire à long terme. Ils correspondent à des structures abstraites de représentation des connaissances et des expériences antérieures, ils donnent un sens au vécu. Les schémas peuvent être plus ou moins activés. C’est le niveau d’activation des schémas qui différencie les individus normaux des cas pathologiques. Un fonctionnement pathologique correspond à une activation très intense des schémas qui traitent, alors, l'information de manière rigide, deviennent imperméables et inadaptés et saturent ainsi toute la pensée consciente de l'individu (Graziani & Swendsen, 2004*).
- L'activation d'un schéma dysfonctionnel peut s'observer par la présence de pensées pathogènes, conséquence d'un traitement de l’information faussé par rapport à la réalité. Young (1990, 1995) postule que les schémas précoces maladaptés prennent leur source dans l’enfance et s’intègrent progressivement à la personnalité de l’individu. Différents facteurs contribuent à la formation d’un schéma tels que le tempérament, le milieu de vie, notamment la famille. Un schéma précoce est un moyen pour l’enfant de comprendre et de gérer son environnement, au cours de l’enfance. Mais à l’âge adulte, ce schéma a une utilité limitée et peut entraîner des troubles pathologiques. Un schéma précoce mal adapté est activé lorsque l’individu trouve dans son environnement, une situation qui correspond à ce schéma. Les schémas s’auto-renforcent parce qu’ils procurent au sujet un sentiment de sécurité, représentant ce qu’il a toujours été. Comme ils s’auto-renforcent, ils deviennent de plus en plus rigides, de plus en plus résistants au changement et c’est à ce niveau qu’ils entraînent des troubles pathologiques.
- Ce programme s’appuie sur les travaux déjà réalisés par Guelfi et al. (2002) sur le lien entre personnalité et addictions, par Beck et al. (1993) en ce qui concerne les schémas cognitifs en jeu dans la dépendance, par Découvelaire et al. (2002) et Rusinek et al. (1999) concernant les schémas dysfonctionnels, ou par Zuckerman (2004) sur l’impact de facteurs biologiques.
Projet 5.4. Rénovation méthodologique pour la recherche en psychologie et addictions
- La perspective de la rénovation méthodologique pour la recherche en psychologie de Harré, Smith et Van Langenhove (1995) sera appliquée au domaine des addictions. Pour cela, nous souhaitons aborder trois points :
- L’intérêt accordé à l’étude des psychologies de la vie quotidienne “ in vivo ”.
- La diversification des techniques et des méthodes (e.g., articulation des procédures ouvertes et des procédures fermées ; Apostolidis et al., 2003).
- La diversification des populations étudiées (e.g., entreprendre des recherches au sein des populations marginalisées).
- Deux options, théorique et méthodologique de travail sur les données qualitatives, seront adopéés :
- La première s’appuie sur le principe de triangulation (Denzin, 1978 ; Flick, 1992). Elle consiste en une approche pluri-méthodologique fondée sur l’objectif de recoupement en tant que principe de validation des recherches qualitatives ;
- La seonde perspective est celle de de la “ grounded theory ” (Strauss & Corbin, 1990). Elle repose sur une démarche inductive consistant à partir d’un phénomène particulier pour construire progressivement (“ va-et-vient terrain / analyse ”) un savoir pertinent à sa connaissance (une “ théorie ”).
- Trois objectifs principaux sont poursuivis dans nos recherches :
- Étudier le « sujet actif » en situations de dépendance (construction du rapport au produit ; logiques de recours au système de soins) ;
- Analyser les représentations de l’addiction, et plus particulierement leur rôle dans la régulation des relations inter-personnelles et sociales (Baillie et al., 2005) ;
- Mettre en relation cet univers de pensée avec la “ place ” occupée par les individus dans l’espace social et symbolique.
|
Équipe 3 - Programme 6 : Psychoses, délires et hallucinations |
Responsable : Guy Gimenez
Membres statutaires : Valérie Aghababian
|
|
Collaborations |
|
| P. Auquier |
CHU Timone, Marseille |
|
| I. Banovic |
UFR Psychologie, Dijon.
|
|
| S. Combalusier |
Laboratoire « Pris », Université de Rouan |
|
| J. Cramer |
Department of psychiatry, Yale University, USA |
|
| C. Lançon |
CHU Ste Marguerite, Marseille |
|
| G. Naudin |
CHU Timone, Marseille |
|
| M. Musiol |
UFR Psychologie, Université Nancy 2 |
|
| T. Nazir |
Institut des Sciences Cognitives-CNRS, Bron |
|
| A. Rey |
UFR PSychologie, Université de Bourgogne |
|
| M. Tardy |
CAMSP surdité, Marseille |
|
Programme
- Dans le cadre des recherches sur les troubles psychotiques et en particulier schizophréniques, un champ de recherche fécond concerne l'évaluation des manifestations symptomatiques des troubles et les mécanismes qui les sous-tendent et/ou qui sont susceptibles de les influencer. A cet égard, deux approches sont proposées. La première consiste à étudier les mécanismes psychiques sous-jacents au délire et aux hallucinations, dans une perspective psychodynamique.
- Cette démarche s'appuie sur l'analyse des productions langagières du patient et des relations intersubjectives qu'entretiennent patient et thérapeute en situation individuelle, groupale ou familiale. La seconde approche consiste à étudier les manifestations cliniques de la schizophrénie à partir d'une perspective dimensionnelle des troubles, ainsi que le vécu subjectif des patients et d’étudier l’influence des facteurs cliniques et cognitifs. Dans cette perspective, une double approche psychopathologique, dynamique et cognitive, sera développée.
Projet 6.1. Approche psychodynamique des troubles délirants et hallucinatoires
- Si les phénomènes hallucinatoires ont été décrits de façon précise (Gimenez, Guimont, & Pedinielli, 2004*), ainsi que le vécu subjectif des patients présentant ces troubles (Maldiney, 1997), le modèle de la construction, de l'évolution et du traitement des hallucinations doit être élaboré (Benedetti, 2002). L'objectif est donc de construire un modèle permettant de rendre compte de la nature, des fonctions et des formes évolutives des hallucinations et des délires dans la relation thérapeutique. De précédents travaux ont mis en évidence que les troubles hallucinatoires n'étaient pas des troubles "figés", mais susceptibles d'évoluer (évolution progressive de l'hallucination à la pensée), tant au niveau du contenu formel que de la structure du scénario (Barthélémy, Gimenez, & Pedinielli, 2005*).
- Par ailleurs, les hallucinations peuvent être considérées comme une tentative de figuration d'une expérience traumatique non symbolisée (Pedinielli & Gimenez, 2002). Nous étudions les mécanismes de construction de l'hallucination que nous avons nommées le "travail de l'hallucination" (Gimenez, 2000). Le projet est de compléter la description de ces mécanismes à l'oeuvre dans ces troubles, comme la démétaphorisation et la descénarisation (Gimenez, Pedinielli & Guimont, 1999). Les mécanismes qui interviennent dans la construction des délires (le travail du délire) seront également étudiés.
- L'évolution des relations intersubjectives serait corrélée aux modalités de la relation au thérapeute. Les premières descriptions des étapes du transfert psychotique et des conditions nécessaires à cette évolution seront précisées. La mise au point d'une méthode clinique permettant de traiter ces patients et de les accompagner dans l'évolution de ces troubles (dispositif thérapeutique, méthodes d'intervention) est en cours. Certains paramètres du dispositif de soin favorisent, en effet, le contact avec les patients, tant au niveau du suivi individuel que familial et qu'institutionnel.
- Dans sa dimension pragmatique, la recherche est également tournée vers le soin (psychothérapie des patients psychotiques). Elle vise à améliorer les dispositifs et les techniques thérapeutiques individuelles, groupales et institutionnelles utilisées pour les patients hallucinés et délirants. Les entretiens individuels ou groupaux, l'utilisation de médiateurs relationnels ainsi que le travail de réinsertion seront évalués.
Projet 6.2. Psychopathologie cognitive des troubles schizophréniques et qualité de vie subjective
- L'approche dimensionnelle des troubles schizophréniques repose, en partie, sur l'élaboration et la validation d'échelles d'évaluation symptomatique qui, à partir d'un nombre limité de facteurs ou de dimensions, permettent de rendre compte de la totalité des manifestations cliniques de la schizophrénie. À la suite de la perspective dichotomique développée par Crow (1980), nous avons entrepris des travaux à propos de la validation métrologique et linguistique de l'échelle la plus fréquemment utilisée dans les essais cliniques et thérapeutiques : la "Positive and Negative Syndrome Scale" (PANSS). La prise en compte de cinq dimensions : "négative", "positive", "anxiété/dépression", "hostilité" et "désorganisation cognitive" a ainsi pu être préconisée (Lançon, Aghababian et al., 1999). L'individualisation de la dimension "désorganisation cognitive" semble renvoyer, entre autres, à des troubles attentionnels, exécutifs et mnésiques qu'il convient maintenant d'étudier à partir d'outils sensibles, spécifiques et valides reposant sur des modèles attentionnels/exécutifs.
- Depuis quelques années, le développement de tels modèles favorise une meilleure analyse qualitative et quantitative des phénomènes mesurés. Par ailleurs, la majorité d'entre eux font explicitement référence au concept de conscience / insight (Frith, 1996 ; Taylor, 2002). Les auteurs postulent que des perturbations des fonctions attentionnelles de haut niveau permettraient de rendre compte de plusieurs dimensions symptomatiques et cliniques. Selon d'autres travaux (Heinrichs & Zakzanis, 1998 ; Green, 1996), il semblerait que les corrélations entre les troubles des fonctions cognitives en général et des troubles attentionnels en particulier soient moins à rechercher avec les symptômes cliniques traditionnels qu'avec la qualité de vie subjective des patients.
- Aussi, la dimension "désorganisation cognitive" sera étudiée chez des patients présentant des troubles schizophréniques. Les aspects différenciés de l'attention et de ses troubles, ainsi que des fonctions exécutives et mnésiques seront abordés en réduisant l'association à d'autres fonctions cognitives. De plus, l'analyse des liens entre troubles de l'attention et troubles de la conscience sera réalisée en termes de corrélations entre ces troubles et les autres dimensions symptomatiques de la schizophrénie. Dans cette perspective, et après avoir vérifié leurs qualités métrologiques, plusieurs échelles d'insight pourront être utilisées.
- Par ailleurs, et suite aux collaborations mises en place avec plusieurs autres équipes internationales, nous avons participé au développement de la première échelle de qualité de vie subjective auto-administrée et spécifique des patients souffrant de troubles schizophréniques (S-QoL : Auquier et al., 2003* ; Aghababian et al., 2003*). En effet, depuis une dizaine d’années, l’intégration de la qualité de vie liée à la santé apparaît comme un critère de jugement important et l’utilisation de ces mesures, au moyen de questionnaires standardisés reposant sur le point de vue des patients, s’est largement développée. Cependant, chez les patients souffrant de schizophrénie, l’existence de troubles cognitifs et de la conscience de la maladie (insight) est souvent évoquée comme une limite au recours à ces auto-questionnaires.
- Nous étudierons donc précisément l’influence des perturbations cognitives précédemment évoquées (et en particulier la dimension "désorganisation cognitive") sur la qualité de vie subjective des patients. L’implication de ces travaux dans la prise en charge psychothérapeutique des patients sera également étudiée.
