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Programme interdisciplinaire d'étude et de documentation sur les missionnaires en Asie et dans le Pacifique

Objet et problématique

L’objet de ce programme est d’étudier un mode particulier d’interaction culturelle, celui qui a résulté de l’entreprise missionnaire, conduite entre le milieu du XIXème siècle et aujourd’hui, au sein de cette vaste zone du monde que constituent l’Asie et le Pacifique. La mise en œuvre de cette étude se fait au travers de la collecte, de l’analyse et de la présentation, sous des formes variées, de matériaux documentaires concernant ces acteurs de l’histoire que sont les missionnaires. L’objectif de ce programme est de s’intéresser en priorité à la figure-clé du missionnaire comme « personne » en situation de rencontre interculturelle - quelles que soient les modalités de cette rencontre - et d’éclairer ainsi la complexité des situations d’hybridation issues de l’histoire coloniale et postcoloniale. A ce titre, sont prises en considération, non seulement les activités des missionnaires, mais aussi les réactions hostiles ou positives, les résistances ouvertes ou feutrées, des membres des sociétés évangélisées.

Le programme dont il est question ici ne vise pas, par l’étude de la personne missionnaire, à une quelconque réhabilitation d’une figure controversée de l’histoire coloniale mais plutôt à une réévaluation dépassionnée de cette histoire. Se donner les moyens de comprendre cette histoire-là passe par l’analyse de la place et du rôle des acteurs sociaux qui s’y sont trouvés, peu ou prou, impliqués, au premier rang desquels, les missionnaires. Partir du missionnaire comme sujet social et historique, c’est prendre en compte toute la personne du missionnaire sans la réduire ou la caricaturer. Parce qu’il est lui même, et par définition, un sujet « décentré », le missionnaire est simultanément le « lieu » et le point d’articulation d’une mise en situation multidimensionnelle.

Partis avec les premiers voyageurs de découverte ou dans leur sillage, les missionnaires, contrairement à ces derniers- qui ne faisaient souvent que passer (plus ou moins à l’abri) à bord de leurs grands vaisseaux- ont choisi de demeurer de longues années avec les populations locales, confrontés de fait à la réalité protéiforme de la rencontre et apprenant, par choix ou par nécessité, les langues vernaculaires. Précurseurs et agents d’une sorte d’internationalisation des relations sociales et culturelles, ils ont participé en pionniers et continuent de participer, sous d’autres modalités, à ce phénomène que l’on appelle aujourd’hui « mondialisation ».

Sources

S’intéresser aux missionnaires et à l’histoire dans laquelle ils furent impliqués passe par l’exploitation des sources existantes. Dans les centres d’archives des différents ordres missionnaires occidentaux, il existe des très nombreux matériaux, dispersés, mal connus, voire méconnus, qui pourtant présentent un très grand intérêt pour les chercheurs désireux de pratiquer une approche pluridisciplinaire visant la connaissance des sociétés de l’aire culturelle Asie-Pacifique. Il s’agit d’ouvrages, de revues et d’articles de revues, de correspondances, de rapports internes, de notes, de photos, de documents iconographiques et de cartes très peu exploités jusqu’à présent, faute d’avoir été rassemblés.

Ces matériaux documentaires concernent les aires Asie de l’Est, Asie du Sud Est et Pacifique, entre le milieu du 19ème et la période contemporaine. Même si la région Asie-Pacifique ne constitue pas un continuum culturel, elle offre cependant une évidente cohérence du point de vue de la recherche projetée dans la mesure où les cartes stratégiques d’implantation missionnaire transgressent naturellement les frontières, celles des Etats comme celles des zones d’influence coloniales. Le projet unit donc, en quelque sorte par vocation, les chercheurs des deux aires culturelles concernées.
Bien entendu, l’utilisation de ces sources soulève un certain nombre de problèmes, méthodologiques et épistémologiques, qui doivent faire l’objet de discussions et d’une réflexion approfondie. Ce travail ne peut que bénéficier de la présence, à la MAP, de chercheurs issus de différentes disciplines (anthropologie, histoire, sociologie, archéologie, géographie) et des réseaux, nationaux ou internationaux, dans lesquels ces chercheurs sont impliqués.

Coordination et partenariat

Ce programme est coordonné par trois chercheurs ou enseignants-chercheurs de la M.A.P, Alain Guillemin (I.R.S.E.A), Françoise Douaire-Marsaudon (C.R.E.D.O), Chantal Zheng (I.R.S.E.A/UP).

Bilan scientifique

Séminaires
Un séminaire mensuel traitant des questions soulevées par la présente recherche a été tenu en 2002 et pris dans le cadre des mentions de Master : Monde chinois, Asie-Océanie, anthropologie de l’Asie du Sud-Est. D’autre part, un atelier sur le thème « Inculcation, adaptation, inculturation : cultures et transmission du message religieux en Asie-Pacifique et en Afrique » a été organisé par A. Guillemin en collaboration avec Laurent Gédéon (ISTR, Marseille) à l’Institut de Sciences et de Théologie des Religions de Marseille, les 19 et 20 mars 2004.

Exposition
Une exposition-photos : « Des missionnaires au bout du monde. Un siècle d’activités missionnaires en Asie et Océanie (1860-1960) », organisée par la Maison Asie-Pacifique en partenariat avec les Archives de la Ville de Marseille et le Mémorial de la France d’outre-mer, s’est tenue dans les locaux des Archives de la Ville de Marseille, du 13 avril au 30 juin 2006.

Cette opération trouvera un prolongement dans un ouvrage à paraître en 2008, aux Editions « Autrement » (collection Memoires), sous la direction des trois commissaires de l’exposition, Françoise Douaire-Marsaudon, Alain Guillemin et Chantal Zheng.

Ouvrages
Des missionnaires au bout du monde. Un siècle de missions en Asie et Océanie, catalogue de l’exposition présentée aux Archives municipales de Marseille du 14 Avril au 30 Juin 2006, rédaction du catalogue et commissariat de l’exposition, Françoise Douaire-Marsaudon Alain Guillemin et Chantal Zheng.

Françoise Douaire-Marsaudon, « Christianisation et ancestralité à Tonga, Wallis et Futuna », in Dynamiques identitaires en Asie et dans le Pacifique, vol.II, F. Douaire-Marsaudon, B. Sellato, C. Zheng (eds), Presses de l’Université de Provence, 2006, pp.127-132.

Alain Guillemin, « Parachutés au laos », la guerre du Viêt-Nam racontée aux enfants catholiques, in Dynamiques identitaires en Asie et dans le Pacifique, vol.II, F. Douaire-Marsaudon, B. Sellato, C. Zheng, (eds), Presses de l’Université de Provence, 2006, pp.173-189.

Chantal Zheng, « Nouvelles approches culturelle et politique de la construction nationale », in Dynamiques identitaires en Asie et dans le Pacifique, vol.II, F. Douaire-Marsaudon, B. Sellato, C. Zheng, (eds), Presses de l’Université de Provence, 2006, pp.109-120.

Chantal Zheng, Les Presbytériens anglais à Taiwan : la rencontre avec les Austronésiens, 1865-1940, Taipei, Shung Ye Museum of Formosan Aborigines, 2004, 190 pages.

Chantal Zheng, Zheng Shunde, « Les missionnaires et la botanique : l’exemple du Père Urbain Faurie en Extrême-Orient », Moussons, n°8, 2005, pp.181-189.

Films documentaires et DVD-CD
Un film sur l’interaction Missionnaires/communautés austronésiennes, a été réalisé par Pierre Boccanfuso sur une idée de, et en collaboration avec Chantal Zheng, dans le cadre de la Maison Asie Pacifique. Ce film de 26 minutes intitulé « Sur les toits du monde » a été financé par la Fondation Chiang Ching-Kuo et l’Université de Provence. L’objectif était de comprendre l’intégration des chrétiens occidentaux dans des sociétés autres mais aussi la capacité d’adaptation de ces sociétés à une religion venue d’Occident. Deux ordres, les Missions Etrangères de Paris et les Chanoines du Grand Saint Bernard constituent la cible du scénario tandis que leur longue collaboration, commencée à l’époque du Tibet et poursuivie à Taiwan, dans les années 50, en est la trame.

Perspectives

Les travaux concernant le programme Missionnaires seront poursuivis au cours du prochain quadriennal.
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