GFRT – Groupe français de recherche sur Taiwan (GDR 2991 – CNRS)Programmes Scientifiques
Thème général de recherche
La construction taiwanaise des identités (nationales, culturelles, ethniques, locales)
Il est quasiment impossible d'approcher la société taiwanaise sans rencontrer sur ce parcours et dans l'actualité des phénomènes, des discours et des représentations vivement liés aux questions de l'identité, qu'elles soient d'ordre national, local, ethnique ou culturel. Elles occupent aussi grandement les chercheurs taiwanais et les décideurs politiques, de même que la recherche étrangère spécialisée sur Taiwan, toutes disciplines confondues des sciences sociales.
C'est ce thème qui traverse les trois axes choisis dans ce projet et en constitue le dénominateur commun. Nous nous concentrerons ici plus sur les logiques qui sous-tendent ce thème et les dynamiques qui l'animent que sur la pure description de ses manifestations.
La mode des études du nationalisme a passé, mais force est de constater que celle de l’identité demeure pour l’instant une question fondamentale, et il est probable qu’il y ait encore beaucoup à dire dessus. L’identité est une de ces questions contemporaines au sujet desquelles Taiwan peut sans doute encore nous apprendre quelque chose. Les dimensions traditionnelles de la question identitaire demeurent vivaces à Taiwan, l’instrumentalisation des différences ethniques, la division de la mémoire nationale, la pression militaire et politique de la Chine sont autant de déterminants particulièrement actifs. Rares sont les terrains pour lesquels tant de débats majeurs sont liés d’une manière ou d’une autre à la question de l’identité et à un projet national aux multiples retombées sociales. Une population ethniquement variée, l'émancipation et la mobilisation des autochtones, les multiples discours et pratiques qui se réfèrent à l'ethnicité, qu'ils soient spontanés, intellectuels ou politiques, représentent des dimensions similairement importantes des dynamiques de l’identité. La localité, qui n’a jamais cessé de constituer un référent solide aux pratiques et discours dans ce domaine, est maintenant redécouverte et même renforcée par le projet de construction nationale.
À Taiwan, de très nombreux débats politiques d’importance nous semblent invariablement sous-tendus par la question de l’identité (locale, nationale, ethnique, culturelle…) dans leurs rapports avec les projets concurrents que sont, d’une part, la proclamation de l’indépendance formelle de l’île ou, d’autre part, l’unification avec la Chine. De nouvelles identités s’élaborent dans ce laboratoire, et ceci sous nos yeux, avec une vitesse impressionnante, traduisant la richesse de la société taiwanaise. Par exemple, alors que depuis le début des années 1990 sont lancées différentes politiques visant à développer un sentiment d’appartenance nationale à Taiwan, que les gouvernements en place tentent de promouvoir le projet d’un peuple pluriel réuni par la communauté de destin et donc intégrant les derniers immigrants chinois du milieu du XXe siècle, un certain nombre d’intellectuels continentaux de Taiwan tentent, en réaction, d’inventer une nouvelle sinité. Celle-ci reste cependant distincte de l’identité contemporaine propre aux habitants sur le continent. Une nouvelle appartenance à une Chine ré-imaginée, qui se distingue aussi de la Chine réinventée par la propagande des nationalistes chinois repliés à Taiwan, a vu le jour.
Laboratoire d’identités où se conceptualisent et s’expérimentent donc de nouvelles formes d’appartenance culturelle au monde chinois tout comme une identité nationale taiwanaise, l’île est surtout le théâtre d’un effort nouveau, unique, de distinction entre l’appartenance ethnique supposée (au peuple chinois han) et l’identification civique à une entité taiwanaise démocratique et souveraine. Nous pensons qu’étudier la prolifération de réflexions, de projets, de solutions, de concepts proposés par les intellectuels, les femmes et hommes politiques, les travailleurs sociaux et les artistes de Taiwan ne peut qu’enrichir considérablement la connaissance de ce thème en sciences sociales.
Trois axes de recherche reliés au thème général de l’identité sont privilégies en rassemblant les chercheurs du GFRT :
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« La formation de l’identité culturelle et politique à Taiwan : entre mémoire et oubli »Sous la responsabilité de Sandrine Marchand
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« Les identités taiwanaises entre localisation et globalisation »Sous la responsabilité de Stéphane Corcuff
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« Etat et société face à la formation de l’identité taiwanaise »Sous la responsabilité de Jean-Pierre Cabestan & Françoise Mengin