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Notre philosophie - Nos publications

En lisant,       En écrivant

Ateliers d'écriture : des adresses !

Formation à l'animation d'Ateliers d'Ecriture
Diplôme de l'Université de Provence
(Aix-Marseille I)

... En écrivant   

A présent ce sont les stagiaires eux-mêmes qui mettent en ligne les textes qu'ils choisissent.

Vous pouvez les lire à l'adresse suivante : http://podame.unblog.fr

 

 

Rengha

Partie à trois. Féminin, Masculins.

 Laurent. Abdelkrim. Claire

 

La Peine Terre Dernière

Au Profond de la Femme

L'Espace de la Femme

Aux Braises de Blancheur

 

 De quelle Blancheur, de quelles Braises sont-elles saisies les femmes?

Cette Terre... Dernière... Cet Espace... Une profondeur de Terre... Son Espace... Aux Braises de Blancheur(s)... Envoilée... Mystère des femmes... Mystère Mien...Ces lignes… à peine pâles… Mystérieusement venues de l'inconscient, comme une sagesse… Sorte de savoir insu, ayant une vie propre… Leurs forces. Lâchées. Voilà pourquoi les braises, la blancheur. Pour qui ? Pour où ? Je n'ai jamais su quel secret elles abritaient, encore maintenant, elles semblent le garder... Pour... Chercher... A lire... Co-Naître.

 

Cette Terre Perle pépite reçue, visibilisée, donnée à voir, à construire plus qu'à sonder. Les phrases m'obsèdent, revenantes ineffaçables. Comme sur l'ardoise magique, on croit les mots partis...La fluidité des lignes vient dissoudre ma pensée, et pourtant je suis là, enclose, en 4 phrases: Peine, Dernière, Terre, Blancheur, Braises, Espace. Nulle faille possible ou tout au contraire l'abîme absolu. Je crois, peut être, Elles  s'agiraient d'une vérité. Obsédante. Ennivrante aussi. D'une jouissance stupéfiante. Qui m'arrête. Proche de l'enlèvement. Etre si proche de, et pourtant, ravie. Profondeur / Espace : écartelée ? En  bonheur d'une définition possible ou probable, en tout cas approchée. Comme si je tenais la clef de nos existences sans pouvoir l'utiliser. Personne ne se sépare de ses clefs. Une clef comme peau de mots... Sous laquelle se dire tout en se voilant. Quelque chose comme je ne suis pas tout à fait celle là, je suis braise, blancheurs... Aujourd'hui je dirai une énergie à peine émergée. Emargée. Marge/Aura. Je suis la disparue Qui apparaît ? Plus de disparaissement. De.... Non pas... Oui. Mais les mots tuent quand ils prétendent à l'explication. Inexplicable je. Elles écrivent. Cette Contenance contre trop d' effrois.  C'est aussi ça, là.

 

 Quel est ce mystère ? Existe-t-il dans cette blancheur des braises, cette profondeur de terre, un mystère ? Doit-on toujours dévoiler les mystères ? En a-t-il  seulement envie? Nous ne donnons jamais la parole au mystère, nous ne lui demandons pas son avis. Il serait sûrement intéressant de le laisser s'exprimer, non pas exprimer à sa place, mais littéralement laisse le mystère parler.

Je  pourrais bien voir dans la blancheur des braises, celle d'une souffrance chauffée à blanc dans les braises de la douleur mais est-ce là l'expression même du mystère ? J'en doute, car c'est moi qui tente de t' expliquer et non le mystère qui s' explique.

 

Nous ne choisissons pas toujours nos mystère. Ils viennent à nous comme une écriture automatique. Choisir de garder au mystère son mystère. Peut être rajouter entre guillemets un mot, un verbe et mélanger tous les mots du premier jet.

 

J' essaie :

Derrière, au profond de l'espace

La blancheur de la femme

Peine à trouver

Les braises de la terre.

 

Ou bien:

Espace profond du derrière

Braises de la blancheur de la femme

Je peine "à garder les pieds" sur terre.

 

Ou encore:

Braise dernière

La peine de la femme

Grandit l'espace profond de la terre

Blancheur

 

Mais:

La peine terre dernière

Au profond de la femme

L'espace de la femme

Aux braises de blancheurs

 

Ca insiste, ça tient ce petit bout de femme de chemin.

Ces braise de blancheur sont autant de pages vierges à conquérir. Ce n'est pas seulement une histoire d'identité, ça l'est tout de même un peu, mais ça vient de loin... De la préhistoire des femmes... Elles reviennent en moi à travers mes archaïsmes primaires... les plus enfouis.

Haut de page

A titre posthume

Nouvelle à lire et à dire

 

FRANCOISE VERILHAC

 

 Ce feu rouge est toujours interminable petite rue qui débouche sur le quai enfilé sans façon par les voitures déviées du centre ville jouent à pousse pousse. 

Je me lime un ongle en regardant distraitement ce collier de caisses calibrées multicolores comme une ligne de smarties à se faire pendant l’attente.

 

Soudain Victor le personnage de l’histoire sans aucun doute traverse au passage piéton devant moi il aime pas les couleurs lui pas l’genre à chiper des bonbecs il est tout en noir dans un complet de coton sergé noir donc presque brillant corbeau ah et y a trois autres types à la suite déguisés pareil on entend les trois coups et les voilà qui entrent sans chichis dans le magasin «En Grandes Pompes» - sucré les funèbres- à l’angle de cette rue où je suis immobilisé et où j’ai tout loisir de choisir mon bouquet de briques et sa phrase épitaphe qui tue plus sûrement que la vie. Victor, plus grand que ses collègues a ce petit peu de poids en plus sur l’épaule droite qui lui fait ce lèger mouvement de compensation coincé dans une contracture professionnelle du trapèze inscrivant dans ses chairs les kilos de macchabée.

 

En parlant de lui simultanément déjà se dessinait vaguement les contours flapis de madame Victor très inquiète d’être oubliée visiblement, je sens que c’est le genre de personnage qui va me tanner pour être tout le temps dans le champ, je ne distingue d’abord que sa crinière déteinte aux pointes brûlées qui lui fait un casque ça a dû être jaune c’est hérissé raidement sur sa tête en état de tension électrique foudrée constante. La tension est restée pétrifiée dans les hauteurs car pour les étages inférieurs qui s’affichent à l’écran c’est plutôt la détente : poches, joues les hautes et basses cèdent sans résistance aucune à la pesanteur tandis que le cou roupille enroulé sur lui même le temps d’ hiverner tout en cachant les perles de madame dans ses plis les abdos eux sont en vacances tout ça va à vaut l’eau le ventre chargé de courses les cuisses font frotti frotta dans un bruit obscène de masturbation de tissus celluliteux les fesses n’en finissent pas de prendre congé du dos qui les retient histoire de faire un bout de causette au fond des reins moelleux mais elles  tiraillées vers le bas s’tapent une belotte avec les mollets.

Yvette est détendue à 95 % d’humidité.

 

Je mâchonne  en le déroulant un réglisse en espérant qu’elle ne m’ait pas vu.

 

Ouf c’est un cliché de la veille qu’elle m’envoie par cermelle ; elle  à son guéridon en train de faire tourner les tables à défaut de faire tourner les têtes car il en a fait tourner des têtes et sauter des chapelets de vertèbres croyez moi le bassin d’Yvette avant qu’on ne lui enlève son utérus ses trompes ses ruines et son château et oui or depuis qu’elle a fait le plein de soldes elle s’adonne à son passe temps favori : l’extra lucidité sur commande et sur rendez vous.

Et vous votre passe temps c’est la lecture n’est-ce pas? mais vous avez toujours rêvé d’être écrivain pas vrai et voilà j’en étais sûr  mais mon lapin il faudrait arrêter de lire pour ça voulez vous que je vous donne un p’tit coup d’pouce? Simple il faudrait que vous vous emmerdiez en lisant rien de tel pour écrire ses propres romans paraît-il  -j’écris les livres que je voudrais lire -  -  ben te gênes pas mon pote -  moi j’écris le livre que vous ne finirez pas car vous vous serez mis à écrire le vôtre tant mieux comme ça j’vais pouvoir bâcler le milieu ce qui se voit couramment d’ailleurs vous n’avez pas remarqué ça part bien et puis ça s’relâche discrètement on  voit l’auteur qui regarde sa montre puis ça s’reprend juste à la fin qu’on feuillette presque à coup sûr y a des statistiques sur les diagonales de lecture pour sûr peut-être que les collègues c’est des copains qui vous veulent du bien au fond en vous rappelant à vos rêves ils avaient parié que vous vous taperiez pas l’histoire jusqu’au bout et puis zut vous les avez lus en plein par déontologie du lecteur assidu... j’y crois pas Eh ! vous allez pas m’faire ça à moi... hein? soyez sympas...

 

Ah, excusez moi j’ai quelqu’un en ligne ne quittez pas je vous reprends oui Yvette tu veux que je donne les horaires non mais tu exagères je travaille là mine de crayon ah! ah! je m’en reprendrai bien un p’tit pour la route -bon-  pourquoi faut-il que je lui cède à                

« Yvette

c’est plus fort que moi ton train train en jette, 

Yvette

tu me fais tourner la tête

Musette

t’es chouette

Tsoin tsoin »

 

Reçoit  les jours de  lune descendante de 15h à 18 h

et les montantes de 10h à 12h Téléphone le 06 à Oeilleton

 

Tiens vous devriez faire comme Yvette vous le futur écrivain... de la rigueur, de la pugnacité... vous fixer des horaires...  c’est pas mal ça, se faire des tranches d’écriture histoire de donner une petite tape sur le cul endormi de la Muse.

Sur ce je vous souhaite le bonsoir.

Bon j’ouvre mon cahier reprends où j’en étais ah! y a d’la lumière dans la boule à Yvette quant à Victor j’ai dû sauter une page il est bien encore dans le magasin mais dans celui de la patronne foutrement occupé à déranger son arrière boutique oui celle qui est enroulée autour de son corps nouée à lui comme du lierre à un tronc qu’il a dur le Victor sacré Victor c’est Madame Carbonucci propriétaire des Grandes Pompes avec son mari qui est toujours en affaires sur la côte. J’aurais voulu vous la présenter à l’endroit cette dame et bien je commencerais par l’hectare de forêt qu’elle a entre les jambes à quoi Victor le pyroman - c’est son tour le mardi - met le feu présentement derrière le derrière de la patronne lui même derrière la porte métallique froide et sans sentiment aucun de son vestiaire d’ouvrier chauffeur porteur de cercueils en tous bois transporteurs de corps clamecés avec ou sans bière Victor a fait tous les vaccins se désinfecte soigneusement après le boulot les mains et le reste il a suivi une formation : le deuil   une affaire de professionnels.

 

Oui oui mon Victor encore encore vas y c’est à toi Bien Madame rauque Victor à bout de souffle et en équilibre avec un poids sur la branche c’est pas évident il rajoute pourtant un mouvement à la symphonie en se gardant bien de ne pas déborder du paravent en fer il la connaît bien son Yvette-sur-mer elle est sûrement en train de zieuter dans la boule et de s’étonner qu’il y ait personne à la caisse seulement le Dédé l’autre porteur en train de faire semblant de briquer les regrets éternels à ma fille à mon père avec un  plumeau noir bien évidemment. Dédé attend son tour lui c’est le jeudi la patronne est équitable elle connaît son monde et sait maintenir la paix Yvette a du mal à voir dans les coins avec ce cristal double foyer crotte crotte et crotte !

 

Ohhhhh mon Victorrrrr mon grrrrand  oui   ...as tu écrit...oui... le poème que je t’ai demandé...non non oui......mmmmiammiamiam.... au sujet de la petite fille.....ah...mon...Dieu..Faîtes que ça arrive...oh.. je....vous salue Marie..pleine...ah.....de Grâce pitié...oh....

 

pour les divorces à répétition mauvais sorts filtres ou retours d’affection venir les pleines lunes sans rendez vous

 

aïe

Je vais m’faire faire mon horoscope du jour t’en fais pas Victor je  brouille les ondes

 

...le client voudrait le ...Victor.....le Seigneur est avec vous vous êtes bénie entre toutes les femmes...oui.... oh oui....le lire avant...grrrrrrrrrrrr ..la...cérémonie....ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii  Amen   Parfait

 

 

Madame s’est subitement dégrafée de Victor comme si on avait débranché la prise où elle s’était prise les cuisses elle se remêt le crêpe en ordre les bas filent droit sous ses doigts de maîtresse femme se remet les poils en place Madame Carbonucci est velue comme un singe corse elle a tout de noir la Carbonucci  tirée par ses cheveux noirs dans un chignon résillé de velours les yeux aussi et petits et vifs sous ses sourcils pas épilés les moustaches discrètes mais sombres aussi jusqu’aux romans qu’elle lit quand son mari n’est pas là mais sous ses aspects calcinés la dame a du tempérament ce qui n’est pas pour déplaire aux Victor et consorts  Maitre de cérémonie y compris le vieil Albert qu’est encore vert quoiqu’il parkinsone  Alors ce poème ? Victor tangue encore le mât tout ébranlé par la grande marée range son goupillon à la sacristie il démêlera plus tard la culotte de sa chef emberlificotée dans son attirail

Je l’ai là patronne juste je le retouche un peu

Très bien vous me l’apportez dans cinq minutes dit-elle en libérant Dédé qui est allé fumer enfin sa clope Victor lui s’il est dans l’obsèque c’est qu’il a l’goût des prières posthumes il a toujours aimé écrire les poèmes lus aux enterrements jetés avec la terre comme des grains d’adieux tout petit déjà il allait à tous et récitait pour ce vieux pour cette vieille ou pour une femme qu’il ne connaîtra ni n’aimera jamais pour  ce jeune qui se la jouait James Dean dans son bolide  pour eux tous il bidouille des petites phrases pour les aider à partir qu’il dit  juste quelques petits vers

 

« Ainsi font font font

Les petites marionnettes

Ainsi font font font

3 p’tits tours et puis s’en vont

Ainsi sommes nous tous

Tirés par les fils de Dieu

Ainsi vont vont vont

Les petites âmes aux cieux

Petite Marion

Est partie aussi

Avec la chanson »

 

Trop court   Mais...  Trop court ou trop long je vous dis et puis le coup des fils c’est trop... trop... tiré par les cheveux Je trouvais ça plutôt pas mal pas vous? pour un fossoyeur comme quoi on a souvent des préjugés sur la France d’en bas mais la patronne elle trouve que c’est pas dans le style « Grandes Pompes » Allez mon petit Victor revoyez votre copie j’ai connu mieux  Bon Maîtresse répond l’onde de basse profonde qui d’habitude lui met la fourrure au garde à vous Victor lui voudrait bien rejouer l’allegretto de la partition mais elle non quand c’est fini c’est fini  -  rideau -

C’est plein de fleurs un champ de chrysanthèmes des hommes les yeux fermés les mains en coquille sur leur oreille droite ou gauche c’est selon  une poupée Bella qui parle toute seule  une voiture on y voit rien à l’intérieur les vitres sont teintées  un mort ou deux on sait pas trop un revolver dans un fourré de bougainvilliers magnifiques les bougainvilliers un rayon de soleil fait miroiter un crucifix  de la terre beaucoup de terre la mer beaucoup de mer bleue très beaucoup de monde sur un bateau le rivage s’éloigne une femme se tient au bastingage elle est très forte toute en noir un fichu sur la tête un homme avec une canne ah là c’est moi là au fond en train de recevoir quelquechose...  un livre... on me donne un prix, une médaille à titre posthume? marrez-vous vous alors vous en êtes où ? vot’roman, ça avance ? ah y a plus de moi maintenant la grosse dame de nouveau elle enlève son fichu ses lunettes noires mais... cette figure qui pleure qu’on dirait une pièce montée de 300 petits choux à la crème qui fondent au soleil ce chagrin lourd comme 10 tomes d’Encyclopédia  Universalis mais c’est... oui  c’est bien  Yvette

Noir

On voit plus rien  terminé la vision  fini le film

 

Yvette s’est effondrée dans ses coussins où des oiseaux cousus en point de croix tentent en vain de s’échapper S’est vue en veuve c’est pour son Victor alors toute cette terre Insupportable  vite une syncope !

 

Yvette elle l’a le don c’est de famille c’était dans son couffin ça lui vient de sa grand mère et son grand père le pauvre il en est mort un soir à cause d’un guéridon qui dévalait à toute vitesse les escaliers de pierre la grand mère derrière qui pouvait pas l’arrêter et le pauvre grand père sur son chemin  il l’a pas vu venir dans c’te ambiance de candélabres ni une ni deux il a rejoint en pantoufles  la bande des joyeux ectoplasmes de la table ronde.

 

Et nous voilà de nos jours avec quelqu’un qui regarde tout ce qui peut faire rêver à bon marché à la télé  qui garde soigneusement les bons de réduction du super mais qui lit l’avenir comme nous on parcourt  un magazine aux toilettes qui pourrait s’en servir de sa double vue pour s’enfiler des brillants à tous les chapelets de ses saucisses à main mais non elle n’en fait rien un don c’est sacré alors elle vous évite le pot de fleurs parce que c’est son job que c’est pour rendre service et se faire juste un peu d’argent de poche pour changer les rideaux et entretenir ses ornements sur la tête qu’elle reçoit les gens au milieu de ses napperons du chat en boule dans la liseuse rose  des tentures avec les astres dessinés hilares des babioles des bougies des cartes toutes plus egyptiennes les unes que les autres et qu’elle se déploie par tronçon dans son petit salon et s’excuse de ne pas vous raccompagner la séance une fois terminée et bien Yvette avec ses ombres à paupières turquoise sur ses yeux d’Auvergne je la trouve super

Et je vais vous avouer d’ailleurs que c’est comme ça que je l’ai connue et j’avais dit une fois qu’elle m’a eu prédit mon succès littéraire que  je lui donnerai un rôle dans une fiction vous pensez bien elle l’avait pas oublié tiens Vous riez mais vous n’imaginez pas ce qu’il y a comme gens très bien qui consultent les voyantes Vous êtes allé la voir parce que vous n’y teniez plus que vous aviez envie d’avoir un coucou du destin un «  je suis là t’inquiètes pas » des fois qu’on aurait oublié de vous refiler un avenir ou c’est quoi qui se passe au prochain épisode ? parce que là en ce moment c’est pas terrible et bien vous êtes servi, vous sortez rassuré du petit pavillon limite HLM avec votre liste de signes à guetter, d’évènements inscrits en pointillé dans la brume de votre futur elle vous a vu avec le bébé et l’autre qu’on va rencontrer c’est sûr elle vous a vu avec devant la télé et puis aussi devant des escaliers qu’on sait pas si ce sont ceux de la mairie ou ceux en carton de la scène du Moulin Rouge que vous allez descendre les seins nus enfin un contrat ! Mais vous allez l’attendre cette personne qui a quelque chose de très bleu sur elle oui et le pire c’est que vous allez la rencontrer ! C’était son pull en laine le truc hyper bleu qui faisait mal aux yeux à madame soleil en fait c’était son pull turquoise tricoté par sa mère j’ai tout de suite flashé quand je l’ai vu et en effet on a regardé la télé ensemble comme quoi elle disent pas n’importe quoi les voyantes mauvaise langue ! J’aime les voyantes moi ces sortes de « allo maman -destin » avec qui on aimerait prendre un chocolat avec des tartines entre leur nénés elles vous retapent « la vie ne vous en veut pas tant que ça allez »  me dit-elle tout en donnant la liste des commissions à la tête de son mari qui dépasse de la porte et vous vous en allez à petits pas de réssuscité un peu plus fauché qu’avant mais l’argent c’est pas votre truc à vous ce qui compte pour vous c’est le bonheur pas vrai ? Vraiment Yvette elle est chouette

«  Yvette

c’est plus fort que moi ton train train en jette, 

Yvette

tu me fais tourner la tête

Muset ..

Merde j’oubliais qu’elle est un peu évanouie présentement l’Yvette faudrait voir à mettre un rebondissement sur l’affaire  Euréka ! je sais on va faire toquer la voisine qui vient  de s’faire tirer les rides et pour l’heure va s’faire tirer les cartes du tarot de Marseille et oui elle est de là bas ça lui rappelle un peu la Cannebière bon maintenant c’est la bière qu’elle préfère la voisine

Ca y est on l’entend toc toc toc

Trois coups

Fini l’entr’acte

Mesdames et Messieurs veuillez regagner vos places Merci

Dernières retouches à mes moustaches les lisser indéfiniment c’est comme un tic conjurant le sort du toréador qui compte et recompte ses boutons avant de rentrer dans l’arène. Je me caresse dans le sens des poils afin que tous s’organisent en une belle pilosité étrillée comme queues de cheval au cirque brillantes et au toupet de rebiquer leurs extémités de pointes comme ballerines en grand écart. Mes bacchantes c’est mon blason mes armes brandies à la face du monde mon prestige que dis-je mon Amérique à moi bref je peux vous le dire ça vous pose un homme et ça vous allonge une femme comme sur une peau de bête on les taille les peigne les encaustique elles frémissent frétillent se raidissent s’adoucissent sont tirées dérangées détestées frôlées effleurées mouillées  adorées... tout dépend de la qualité du poil de l’entretien et de l’usage qu’en fait son maître bien entendu Celles-ci signent mon visage en une virile accolade étendue sur mes lèvres soulignant finement en accroche coeur mon regard noir mûr d’homme pénétrant vous m’en direz tant bon ma canne voilà  voilà on y va! j’arrive... Je fais mon entrée  Vous remarquerez comme

 

« Cesaru, mon frère ! » deux poignards de cri se fichent dans le mur derrière moi clouant mes bras écartelés qui recoivent la soeurette en croix enlarmée de bonheur de revoir son frangin Mon Cesaru sanglote Gigi dans mon nombril elle est très petite et moi plutôt grand je caresse sa tête lustrée d’oiseau encore cette manie familiale de ranger les poils ceux-là sortis du même bain d’encre que les miens c’est ma Petite soeur je viens pour une affaire grave... Salvatorre... Oui?  Salvatorre Bella est mort... Mort? Refroidi oui... Notre oncle... Décapité par un camion sur une route de corniche escarpée... scalpé le petit bolide en coupé bleu  et lui avec  une histoire de tête à queue qui finit mal... sabré le bonhomme comme une bouteille de champ Vous avez retrouvé le bouchon ? dit Gigi très sang froid de métier Non... on va l’enterrer comme ça chez nous là bas c’est ta boîte qui s’en chargera prends un homme sûr avec toi nous partons dans une heure J’ai purgé les conduits vidé les veines et injecté la solution dans les artères il tiendra le coup le tonton le plus dur ça a été de boucher le trou du cou

(en aparté tout en caressant ses moustaches ) : je suis thanatopracteur vous comprenez pas maçon...

 

Bon ça suffit maintenant les messes basses il m’agace celui là avec ces frisettes et ces histoires de momie sans queue ni tête et puis qui lui a permis d’user du « je » mince alors c’est trop fort « je » c’est ma pômme l’esclave de service c’est bibi compris ? Et d’abord c’est qui qui va se payer la corvée de  bouger trois générations de la Famille Grandes Pompes hein? Toute une lignée d’obséquieux incinérateurs  thanatomachins hommes de main de père en cousins et de mère en veuve qui ont décidé de faire la cérémonie au pays ? Hein ? Vous dîtes rien là tout à coup  j’entends plus une mouche faire sa prière...

Vous en connaissez beaucoup vous des auteurs qui s’occupent des réservations de leurs personnages pour voyager dans l’histoire? Remarquez cher collègue oui vous là qui avez vue sur la page oui toi On peut se tutoyer maintenant d’ailleurs je me demande si on ne s’est pas déjà vu, non ?  Bref je te le dis à toi te sens pas obligé de faire comme moi renseigne toi avant. Moi si je les bichonne comme ça c’est parce que je me suis laissé embringuer dans une affaire de famille d’entrepreneurs en enterrements alors ça rigole pas dans la corporation  tu me suis?  Tout se sait très vite dans ce milieu je ne sais pas si ça se passe comme ça dans d’autres fictions mais dans le genre polarisé comme celui de votre humble serviteur ils se serrent les coudes les héros de la côte et j’aimerais pas qu’ils se fournissent en cadavres chez moi Mon histoire enterrée avant d’avoir vue le jour je peux pas l’imaginer alors je me tape les sales besognes et puis embaucher faut pas y penser  une fois qu’on on a payé les vedettes... Vous voyez là ça fait une heure que je suis au bout du fil j’espère que vous le suivez vous au moins Silence dans les rangs ! je ne veux voir qu’une seule tête  Mais chef ... il manque ... Silence j’ai dit Ah enfin ! Croisières Ferry Boîte bonjour  veuillez rester en ligne merci...  et merde Ô Katarinetta Bella chichi  Ô Ka si c’était que de moi Je t’aurais mis tout ça à la baille dans un cendrier... enfin... moi ce que j’en dis... va falloir s’débrouiller pour caser squelettes entiers et en kit, sapin capitons burnes dans l’amphore plaques missels et chrysanthèmes frais dans le boâte... quand on en aura fini avec le Tino en boucle of course et les keep on line nous allons prendre votre appel please  pipe on line... vue sur mon site 24h/24 www/jysuis. burk Oui c’est ça prenez mon appel « Au secours ! » et vas y que je te négocie les prix ben Dame plus on en a moins on veut en dépenser surtout pour enfouir un vieux  Comment ça combien ça coûte le voyage en corbillard plein à l’aller et vide au retour... !!! ... Oui Madame, à l’aller il sera plein et au retour vide  plus de corps... enterré les nonosses sur l’île vous me suivez ? Est-ce que vous me faîtes un prix ? Vous vous payez ma tête ? Pas du tout je vous assure... quoique... si vous en aviez une en rab de caboche... Alors, une petite réduc... ? Non, c’est plein tarif  C’est à  dire ? 180 euros et des poussières  Et... rien que les poussières c’est pas moins cher? Allez moitié prix... Nnnon non et non c’est plein pot je suis désolée monsieur et puis vous marchez sur ma ligne Oh excusez moi bon très bien alors au retour vous m’allongerez le Victor à la place du Salvatorre Si vous voulez  bon  résumons   en tout  ça nous fait combien d’âmes avec vous au fait vous partez comment vous ? Moi  Je voyage en ellipse  Je vous dépose ?

Je suis mariée Ne vous inquiétez pas  Allez tout le monde à bord

C’est parti

 

 

 

Pendant ce temps on dirait que le Victor il a eu beau laisser sonner le téléphone chez lui pour prévenir son Yvette-les-bains mais zut elle doit y être dedans pour pas décrocher driiiinnnnngg (mmmmm salaud... et toi tu peux pas faire quelquechose ? Qui moi ? Qui parle ? Oh! Yvette que faîtes-vous donc à l’hôpital (vous m’trouvez mufle is’nt it ?) Oui toi mmmm... Vite une piqûre s’il vous plaît madame l’infirmière... qui êtes vous? vous n’êtes pas son docteur  non je suis son auteur comment êtes vous entré?  par les points de suspension la phrase était entr’ouverte Endormez-la... nonausecours au lecteur! mmm jkdsoio,;:!!eooiummm,n kioikjnkjeoicouic)

 

... Attention c’est à vous bip Je pars en mission d’urgence ça ne sera pas si long trois jours mon Yvette je t’enverrai un mêêl et puis se séparer un peu mon panier garni chéri c’est pas la mer à boire 

Victor vous êtes prêt? on s’en va   

clic    OUIIIIIIII   je viens

Soeurette  c’est qui le bossu là?

 

(duo)

Mon Victor                                                Ma  Gigi                              

Tes services j’adore                                   Vos désirs sont des ordres

Mettons nous au travail                          Tout le plaisir est pour moi  

chikichikiti  aië aïe aïe (bis)                     chikichikiti  aië aïe aïe (bis)

 

Eh monsieur le créateur c’était pas prévu dans le contrat que je tienne la chandelle moi Ah si mon vieux Cesaru Ne m’appelez pas mon vieux Je vous appelle comme je veux et en Corse on veille les morts je l’ai lu vous devriez  savoir ça vous Je vais me syndiquer C’est ça c’est ça allez vous syndiquer oh et puis zut à la fin ne me dérangez plus quand je suis en ellipse et fermez le point en sortant.

 

(Cesaru à la cantonade) Pause syndicaaaaale !

 

 Vivaaaaaaa  Corsicaaaaaaa zut c’est déjà commencé

Chuuuuuuut

Laaaaaaamentiiiiiiiiiiiiii

oooooooooo

vive la Corse Lamentations... en hommage... c’est fort... vous m’entendez ?

Salvatorreeeeeee carissimu cugimuuuuuuu

fidu è amatuuuuuuuu

Salvatorre très cher cousin fidèle et aimé

Beeeeella

Bella... le défunt

eeeeeee (e)

que stu picculu fogliu  sintiraiiiiiiiiii

ces quelques lignes tu entendras

è senterai iiiiiil tiiiiiio miseruuuuu

pienghjuuuuuuu

et ton misérable sort  uuuuuuuu pleurerai

plus fort on entend rien... je pleurerai chuuut !

Aaaaaaaaammeeeeeen

 

Les cris et lamentations monteraient crescendo on verrait à la cour une femme tout en noir le visage voilé de crêpe se balançant et scandant de son corps  le Voceru sorte d’incantation où elle pleurerait au nom de la famille et au nom des vivants sur les circonstances de la mort du défunt  sur les difficultés qu’ont sur terre les pauvres créatures que nous sommes sur la condition humaine en général le cours du bouc et le prix du ferry en particulier et aussi les faits épiques du mort seraient montés en épingle Les plaintes seraient ponctuées par des refrains repris au jardin par un choeur greco corse professionnel ça serait beau et tragique on pourait lire sur les lèvres de Victor en prompteur les paroles improvisées par la pleureuse

 

ô Salvatorre

Ta vie brillait de mille feux

comme les diamants dont tu faisais commerce

elle a pris fin

et tu as rejoint les cailloux éteints

dans la nuit éternelle

puisses tu éviter les feux de l’enfer

et reposer en paix dans ta terre

ô Salvatorre

Tu es moooorrrrrt  définitivement moooooorrrrtt

 

Ca humerait fort  l’humus les bougainvilliers le thym écrasé la bouillie d’os et la menthe sauvage On se sentirait tout à la fois minuscules fourmis mortelles et toutes les créatures de l’univers réunies et réincarnées dans la brise qui arriverait avec la nuit Donc on ferait tomber le soir... Faire tomber le soir doucement s’il vous plaît merci Le soleil disparaît en fond de scène voilà Les lumières à contre-jour feraient s’allonger les ombres des humains et telles des bêtes affolées en place les figurants- elles iraient se jeter dans le trou béant ouvert devant nous devant vous -attention tombeau- on va descendre le sarcophage quand tout à coup on entend « mains en l’air tout le monde !» La boîte subitement lâchée par les porteurs laisse courir ses cordes le long des anneaux dans un cliquetis de chaînes lugubre et fait une descente vertigineuse dans le fond du trou où elle atterrit avec un bruit sourd aïe pouvez pas faire attention là haut Dans la chute le couvercle s’est ouvert et ô surprise ce n’est pas Salvatorre qui est là non Ce cadavre a toute sa tête lui oui ! Ciel mon mari crie Gigi  Cesaru devenu Kung Fu bondit de tombe en tombe les moustaches tétanisées en  brandissant sa canne devenue épée Victor s’interpose entre lui et Gigi qui veut crever les yeux à son frangin et Victor se bat avec un goupillon la Gigi grimpée sur son amant en sac à dos Elle vociferu de haine en accusant son frère d’ assassinnoo tu voulais toute les pompes à toi tout seul hein scélérat? Oui hurle Cesaru le choeur greco corse commente les actions des chevaliers en coulisses les bruiteurs tapent sur des casseroles et sur tout ce qu’il trouvent pour rendre l’atmosphère sonore de la bataille sur champ de cimetière en imitant les cris des bêtes et les ouuuh des fantômes  ;;;; ( vous avez bien vu retour en arrière analepse par ici merci non ce ne sont pas des points virgule ordinaires mais une aire de repos c’est obligatoire depuis que Cesaru s’est syndiqué il en faut toutes les 10 pages et des points d’O également vous en trouverez sur certains points d’exclamation prenez garde de ne pas vous recevoir de la flotte dans la figure il faut tirer vers vous la barre du point et vous mettez votre récitpient juste en dessous du point facile !) Victor est en mauvaise posture la Gigi qui gesticule sur son canasson et crie  A la charge ! handicape le Victor voilà que la canne éffilée de Cesaru est maintenant au dessus de ses yeux mais Cesaru glisse sur l’humus retourné et la pointe de son épée  fait un Z sur le torse de Victor en plein coeur

(le choeur) Est-il blessé ? va-t-il tomber dans la fosse encore vif, la terre va-t-elle se refermer sur les amants enlacés tels des racines enchevêtrées qui les étrangleraient dans une étreinte ultime et mortelle   Victor vacille au bord du goufre le temps retient son souffle très glacé le souffle

 

Coupez 

 

 

Qu’est-ce qu’il y a patron  ? J’ai Yvette en cermel Oui Yvette tu me déranges bon je t’écoute... arrêtez tout il n’y a pas de meurtre  et surtout pas celui de Victor parle plus fort tu peux t’exprimer en toute confiance devant le lecteur tu sais Non ? Ah bon tu ne veux pas qu’il entende ?  Ah ben c’est la meilleure celle là... tu t’es trompée...  Ta vision c’était dans le passé L’enterrement de ta grand mère à Belle Ile !  Et le revolver alors ? il ne fait pas partie de cette histoire... ? Dommage c’était bien parti non ? je sentais bien mon public  Dans mes mains qu’il venait boire mes paroles je le tenais en haleine je distribuais les frissons  comme je voulais je les goûtais déjà pendus à mes lèvres je n’avais qu’à ouvrir la bouche pour les gober d’un seul coup c’était  jouissif  Tant pis explique-toi veux tu ?  Tu dis que l’arme appartient à la fiction de... de qui ? de notre futur écrivain Ah! ben ça alors pour une nouvelle c’est une nouvelle ! Il veut écrire des polars avec un détective, un assassin énigmatique pas d’empreintes sur l’arme du crime et une belle blonde dangereuse en prime ben voyons c’est original Eh ! dîtes donc vous là vous seriez gentil de ne pas laisser traîner vos accessoires dans mon récit c’est compris et les lunettes c’est à vous aussi ? Incroyable on n’est plus chez soi ! (oasis ?) (les toilettes c’est entre parenthèses un peu plus bas  de rien  je vous en prie) Dis donc  Yvette ma caillette bon d’accord j’ai pas été sympa avec toi pour la piqûre mais euh mon titre enfin mon prix quoi c’était la distribution des prix quand j’étais petit? ou Ah tu ne vois pas très bien ça dépendra je vois je vois Tiens je vais te faire un cadeau ( ) ( )  Oh! mais tu as maigri ma jolie mais c’est qu’elle avait fondu notre extra lucide si si si le coup des vapes ça t’a fait perdre au moins cent bouquins cent livres pardon et la revoilà toute fine avec toute une ligne de bagages de toutes les tailles qu’elle a confectionné elle même avec son cuir restant  Une affaire ce séjour en réparation Elle est superbe notre Yvette double foyer La voilà avec ses lunettes de star et son trench coat qui lui serre la taille le sacré Victor qui ne la reconnaît pas la prend pour une touriste américaine ou une détective très privée venue élucider l’affaire sans chef Il la drague comme au premier jour c’est quoi vot’petit nom? Gin  Gin? c’est fort Gin comment? Gin Morgane tandis que la Gigi soudoie le curé de l’église pour acheter son stock de cierges pour feu son mari  le curé lui il veut bien lui en mettre un de cierge et la Gigi dit pas non On aperçoit au loin Hamlet avec sous le bras la tête de Salvatorre qui était bien mort mais on ne saura jamais comment gardons un peu de mystère pour pouvoir encore le chanter et le célébrer dans les choeurs antiques et toc

 

Et voilà tout est bien qui finit bien les billets de retour sont réservés et les vaches corses sont bien gardées le choeur est bourré après la fête de la dernière  c’est le petit matin  la femme de ménage nettoie la scène et nous donne la dernière réplique

A qui c’est ce crayon là? A vous ?

 

Par ici la sortie Mesdames et Messieurs en bas de page au bout de la ligne

 

 N’oubliez pas le service merci et au revoir 

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La prune

Atelier de Nicole Voltz

“A la manière de Raymond Roussel“

première phrase : la peau verdâtre de la prune un peu mûre

dernière phrase : la peau verdâtre de la brune un peu mûre

 

La peau verdâtre de la prune un peu mûre craqua sous la dent du pâtre à la peau brune et sa bouche s'emplit de chair juteuse à peine acidulée. 

Levé avant l'aube il marchait, tenant l'appeau verdâtre dans sa paume un peu dure. A peine la prune avalée, il porta l'appeau à sa bouche qui s'emplit d'un chant juteux, un peu acidulé. 

Il lançait l'appel vers d'autres, dans la brume peu sûre, et déjà les oiseaux répondaient à l'appel de l'appeau, couvrant le craquement des feuilles brunes sous le pas du pâtre croqueur de prune.

Il parvint au bord du lac, vérifia l'appât vert d'eau confondu dans la brume avec la peau saumâtre de l'eau brune et se cacha non loin de là, avec à la bouche l'appeau couvrant le murmure de l'eau et le craquement dur des feuilles sous ses pas.

Dans la brume il vit approcher la brune un peu mûre qu'il avait dans la peau.

Elle parvint au lac, dans le miroir de l'eau mira sa peau semblable à celle de la prune un peu dure qui avait craqué sous la dent du pâtre et empli sa bouche de chair juteuse à peine acidulée.

“Non, ça ne peut plus durer !" dit à part soi le pâtre dans l'appeau.

Attirée par l'appât comme par un verre d'eau, elle tendit sa paume brune, glissa dans l'eau saumâtre, s'y noya.

Lâchant enfin l'appeau verdâtre, le pâtre ôta l'appât vert d'eau qui avait happé celle qu'il avait dans la peau.

Une dernière fois, il posa sa paume un peu dure sur la peau verdâtre de la brune un peu mûre.

 

Mireille Ballero

 

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Mémoires

Atelier de Nicole Voltz

Un mirage endormi, une nuée d'étoiles dans un regard d'enfant.

C'était avec ma grand-mère. Humble bonheur de ces belles journées, ces soirées de juillet quand la fête s'installait.

L'attente impatiente, l'après-midi qui s'étire et la musique enfin, joyeuse, libératrice. Lointaine d'abord et puis qui se rapproche.

Et ce soir-là soudain, derrière la porte d'une modeste baraque, posée là entre les roulottes bariolées, une vie tout entière. Une scène radieuse. L'origine du monde et dehors le tumulte, la musique, les boniments des forains, I'odeur sucrée des berlingots. Des milliers de gouttelettes jaillissent autour des personnages colorés à la physionomie gaie. Ils s'affairent près du moulin, tandis que l'eau dévale, entraînant la roue. Ils portent des vêtements rouges, bleus; ils bougent, se déplacent sans cesse, animés peut-être du même mouvement que l'eau. Des moissons, des arbres et des prairies. Un air léger, transparent. Un souffle irrésistible et l'enfant médusée. Ne rien perdre. Immobile, de crainte que ça s'arrête. Une lumière inouïe et elle sent la fraîcheur. Plus rien d'autre n'existe.

Les mémoires fragiles. Une terre éblouie et des rêves d'étoiles.

Un moment tout s'éteint et la porte se referme. Ne jamais oublier.

Dehors, juste derrière la porte, le tohu-bohu, les gens, les couleurs ordinaires. Un autre soir, une autre année sans doute, j'ai demandé à ma grand-mère de me ramener à cet endroit. Confusément, je me doutais qu'elle n'avait pas vu la même chose que moi. Je savais aussi quelle comprenait, qu'elle ferait son possible. La baraque ordinaire et le rêve terni. Figurines muettes d'une scène figée, les couleurs pâlies et l'eau ne jaillit plus.

Une mémoire d'ébène. Le mirage scintille, arraché à la nuit.

 

Anne Hélène Cornec

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La pomme de terre

Atelier d'André Bellatorre

Ronde, ovale, de grande ou petite taille, elle décline ses teintes roses et dorées sous la terre humide de nos jardins. C’est dans l'obscurité qu'elle voit le jour. Drapée en robe des champs, elle dédaigne le regard affamé du mangeur de frites et de purée pour se coucher, en toute simplicité, sur des charbons ardents. Entière et brûlante, elle découvre sa chair fondante, prête à subir tous les délices de son martyr. La déshabiller exige habileté et précautions amoureuses.

Véronique Masse

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Terre de ville

Isabelle KLUCZKOWSKI-GANGA envisage la Publication d’un recueil d’instantanés pris au hasard des rues de la ville de La Ciotat (largement inspiré des consignes d’une intervenante en poésie du DU promotion 2002-2003 et des propositions d’écriture de François Bon dans Tous les mots sont adultes). Elle nous en livre ici quelques extraits

"Le livre s'intitulera probablement TERRE DE VILLE, ce sera un mince écrit retraçant des instants qui appartiennent à l’histoire de la ville. Car la ville naît chaque jour sous nos yeux à travers une multitude d’événements, a priori insignifiants, et qui ne sont consignés que dans les cahiers de l’ombre de quelque écrivant-passant.
Ce sera une invitation à parcourir la ville de La Ciotat. Avec l’espoir que d’autres habitants réunissent des instantanés de vie au sein d’un recueil commun."

Consigne d'écriture : Explorer les rues de la ville sans solliciter autre chose que l’événement infime qui advient. Le recueillir à peine né et tenter de trouver sens en lui.

En terrasse

 C’est un matin doux

quelques gabians descendent vers les proues des bateaux

 les serveurs tendent des bouquets de confiture

sur les tables, des tartines et 

ce beurre nuptial dont le pain s’habille

 

dans les rues adjacentes, des femmes chantent des mots roulés sur des rails (…)

 

 

Mardi 22 avril 2003

Platanes près de l’Hôtel de Ville

 

L’arbre dans sa robe de bure

L’arbre peau nue en proie aux taches brunes, 

presque des continents venus l’occire.

 

 ***

 

 Il est encore tôt à l’horloge des saisons : le feuillage n’a pas encore franchi les frontières.

 

 ***

 

 Qui a poudré d’or blanc les platanes conduisant ainsi les mariés au port ?

 

Mairie de La Ciotat  

Devant la pierre rappelant la Marche des Chômeurs pour la Dignité

 

Les boussoles en mer ont été perdues : on pêche des hommes sans antenne 

 

***

 

Travail-lueur : cette crevette qui bondit à peine ses moustaches effleurées.

« Nous conservons votre CV dans notre vivier de candidatures. »

 

***

 

Chants de sirènes entreprenantes

le bateau de nos espérances accostera-t-il ?

 

 

Sorte de coque de ciment en friche derrière la mairie

(La Halle à bois)

 

Coque massive tu dis le démembrement des êtres de chair qui t’ont démoulée là et par quelle haute traîtrise cet abandon parmi les heures sans charpente.

 

***

Il est une baleine dont Achab* n’a pu venir à bout.

Dire tout d’abord le renversement du béton noir : une main aura fouillé bientôt toutes ses entrailles sans pouvoir Jonas y trouver.

 

* Moby Dick, Melville (auteur américain)

 

 

Sur le port

 

Bientôt le soir à terre..

la chemise de la nuit glisse

 

***

 

Le soir aux premières loges : quelques rares balcons épluchent le fer comme l’on cisèle l’orange.

 

 ***

 

 Face à la mer, une madone inquiète lit le soleil. Le journal s’effeuille au gré du coucher et de sa lucide attention.

 

 ***

 

Pardonnez-moi, j’ai mangé toute l’aube dit le jour à la fin du repas.

 

 

A la sortie de l’autoroute

2 juin 2003    

 

Sur les autoroutes, ces roches prises dans les filets des hommes.

 

 ***

 Les petites pâquerettes qui apparaissent sur la pelouse, sans rien demander à personne.

Rendre compte de leur sagesse.

 

 

19 juin 2003

Autre rue du centre ville

 

 La face pile d’une enseigne ne présente plus que des fils électrique en berne.

Par transparence, on voit des lettres de couleur disant à l’envers : 

 arc en ciel

 

 ***

 

 Un enfant traîne lentement son pleur à une fenêtre. 

 

 ***

 

 Au sol quelques chewing-gums aplatis, nébuleuses grises.

 

***

 

Un petit moucheron translucide accompagne sans bruit des enfants vers le bout de la rue.

 

 

Dans la rue des Poilus 

Juin 2003

 

Il y a des cerises à 10,95 euros

Un canari qui chante 

Des pommes et des tomates qu’on croirait cirées

Deux marchands de chaussures 

Pardon trois

Et des coiffeurs qui coiffent et qui coiffent

 

Dans la rue des Poilus

Il y a des petits enfants en trottinette qui passent devant

Des cartes postales ya bon banania

(Pardon quatre marchands de chaussures)

Et des espagnols qui disent : 

« En Barcelona también se come mucho, 

en Barcelona también se come mucho »

comme pour conjurer le sort de ne pas y être.

 Il y a aussi un petit train Prévert

(je l’appelle ainsi car on va ici d’un bout à l’autre de la terre)

il y a aussi des touristes et une dame de cent ans qui revient de la guerre

 

et des enfants qui roulent déboulent s’enroulent vers le port dans

la rue des Poilus

 

et puis oyez aussi mesdames messieurs les vélomoteurs

qui pétadérapent quand

le sol est mouillé 

et se relèvent fiers

(comme les vieux gréements).

 

Dans la rue des Poilus

Un jeudi après l’atelier

Je cherche les Poilus

Ne les ai point trouvés

 

Je flotte dans les rues

Cabriole, hennis (mais ils ne répondent),

Ici point de tranchées

Où soleil et mistral tièdement fécondent.

 

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