LE ROMANTISME ANGLAIS

Il n'y a pas en Grande Bretagne d'école Romantique comme il y en a en Allemagne, ou
comme les " frénétiques " français les " Jeune France " (Gautier, Nerval, Borel etc) Pourtant en 1798 publication des Lyrical ballads qui peut passer pour un acte fondateur du romantisme anglais selon certains .Cependant les auteurs de la fin XVIII° et début XIX°siècle présentent des traits communs. Ils sont attirés par le Moyen Age, par l'importance de Shakespeare et de Milton ( que l'on retrouvera dans le Frankenstein de Mary Shelley, qui frôle le gothique). Ils aiment les lacs (d'où pour certains comme Wordsworth : lakists.).Ils sont nourris de légendes celtiques, la Nature, l'exotisme. Ils pratiquent comme tous les romantiques un culte du " moi ", et sont épris de liberté, parfois ils sont même d'avoués athées comme Percy B Shelley. Cette époque, la première de l'ère industrielle, invente à la fois le roman gothique avec Walpole et Lewis, mais aussi le roman historique avec Walter Scott ( les liens entre les deux types de roman seraient à explorer) la posture romantique du héros maudit avec Lord Byron ( qui inaugure aussi le premier roman de vampire avec Vampire attribué à son secrétaire Polidori). C'est aussi un lieu de creuset : Lewis s'inspire des légendes allemandes pour Le Moine, Walter Scott aide Washington Irving - le premier écrivain américain autoproclamé tel-dans son tour d'Europe, où il écrira des textes fantastiques dont l'un L'aventure de l'étudiant allemand sera plagié par P Borel sous le titre Godfried Wolfgang et il préface de façon fort inamicale la première traduction française d'Hoffmann. Cette période " romantique " est aussi celle où coexistent Blake,Coleridge, Keats et Maturin, l'auteur du dernier grand roman gothique Melmoth (1820)

LE ROMANTISME ALLEMAND

Ce mouvement est précédé du " Sturm und Drang " tempète et fureur, où l'on, trouve des pièces de Schiller comme Les brigands et Les souffrances du jeune Werther de Goethe. Ce mouvement "pré romantique " si l'on veut, est contemporain de la Révolution Française, et vite déçu par les continuateurs de cette Révolution, à savoir Napoléon et ses conquêtes, de même qu'ils ont été atterrés - comme les Anglais d'ailleurs-, la mère de Mary future Shelley, Marie Wollstonecraft - par les journées révolutionnaires et ce qu'on a nommé " la terreur ". Ajoutons que le romantisme allemand est différent selon les régions allemandes et les périodes. Il s'appuie sur une recherche des traditions anciennes " le folklore " des frères Grimm, de Tieck, D'Arnim, Brentano. D'où les recueils des frères Grimm, les répertoires de chants populaires (ce que tentera Nerval) et des légendes (qui nourriront les textes fantastiques). Ce romantisme allemand prend naissance " officielle " vers 1790 et dure environ quarante ans. Il précède et nourrit le romantisme français( traductions de Goethe par Nerval entre autres)
On y trouve des auteurs de textes célèbres comme Chamisso l'étrange histoire de Peter Schlemihl , Henri d'Ofterdingen de Novalis, Phantasus de Tieck, les contes d'Hoffmann.
On trouve des traces de ces légendes dans le roman gothique anglais comme " la légende de la nonne sanglante " et le château de Lindneberg dans Le moine de Lewis

LE ROMANTISME FRANÇAIS

D'après Le romantisme Littérature française Arthaud 1973

Il faut se souvenir de ceci, au XVIII° siècle la France est avec sa culture et sa langue dans une position hégémonique en Europe. L'Italie qui a exercé ce rôle au XVI° siècle est déchirée entre princes, l'Espagne qui a été ce moteur au XVII° est appauvrie, l'Angleterre est en pleine Révolution ( comme on le voit dans Les trois mousquetaires d' Alexandre Dumas avec D'Artagnan et l'histoire des ferrets de Buckingham) et l'Allemagne n'est encore que la Prusse où règne Frédéric II qui correspond avec Voltaire. La Russie est en pleine réorganisation sous la houlette de la Grande Catherine. Reste donc la France de l'après Louis XIV, et la langue française, la culture française qui sert de modèle à l'Europe Cf Rivarol Discours sur l'universalité de la langue française.
Et cette culture est une culture classique, fondée sur le "bien dire" sur le côté trait d'esprit, les règles et l'étiquette- tout ce que le romantisme honnira. Avec cela une pensée critique en avance sur son temps: critique des religions, des dogmes et des formes sociales. Parallèlement cette culture" classique" et intellectuelle plus que sensible à partir de la moitié du siècle est travaillée de l'intérieur par une sorte de retour du subjectif. Ce sera le cas avec la sensibilité de Diderot, son amour des formes non classiques comme dans Jacques le fataliste, ses Salons et ses Lettres à Sophie Volland. Ce sera le cas de Sénancour qui écrit Obermann, de Bernardin de Saint Pierre avec Paul et Virginie et surtout de Jean Jacques Rousseau.

Il joue sur tous les tableaux: critique sociale avec Le discours sur l'inégalité, bien plus radical que les autres philosophes, il propose non pas un aménagement mais bien un nouveau"Contrat social". Critique morale avec le discours sur les sciences et les arts, qui va à contre courant en soutenant que ceux ci amollissent et pervertissent les hommes Critique religieuse, pour le théisme contre les Eglises avec le Sermon du vicaire savoyard, valorisation du moi comme critère et de sa propre histoire comme justification" exemplaire" avec Les confessions, rapport intuitif à la nature comme lieu d'accueil et de réconfort maternel avec les Rêveries d'un promeneur solitaire Pas étonnant qu'il soit reçu comme une source profonde et riche par les romantiques allemands.
Son dernier lieu de vie à Ermenonville sera un lieu de pèlerinage et de ressourcement ( voir Sylvie) de Nerval.

Cela dit le romantisme français est à situer dans un certain retard par rapport à l'Allemagne et l'Angleterre. Dans ces pays il date en gros des années 1775 et se termine vers les années 1825. Malgré quelques surgeons. C'est dire qu'il se situe de quelques années avant la Révolution Française à quelques années après la chute de Napoléon. Or La Révolution Française et l'Empire ont eu des effets totalement différents en France en Angleterre et en Allemagne. En Angleterre: ce fut la lutte contre l'Ogre et la victoire: les poètes enthousiastes pour les idées de philosophes des Lumières deviennent anti français quand les armées françaises envahissent les pays voisins, et quand Napoléon conquiert l'Europe. Le romantisme anglais devient support de l'ancien ordre des valeurs ( Burke) il devient" réactionnaire" comme l'ensemble des textes anglais de l'époque. Après nous aurons la révolte iconoclaste de Byron et de Shelley.

En Allemagne, mêmes dates et mêmes enthousiasmes pour les idées de 1789, mais dès 1792 avec la Terreur et l'invasion, il va se créer une réaction nationaliste. Le romantisme va avoir des connotations politiques profondes: il va naître l'idée d'une "nation allemande" (Fichte). Cette "nation" qui naît malgré la multitude des principautés (350 environ) s'appuie sur la présence de la langue allemande, des traditions, de la religion, et du folklore - impliquant un retour au moyen âge et à ses textes, ses coutumes: retour à l'imagerie d'un Saint Empire Romain Germanique. Aspects donc à la fois réactionnaire et moderniste mêlés. Qui a entraîné pour les écrivains de cette époque des périodes de"collaboration" et de"résistance" plus ou moins claires. Voir Hoffmann et sa biographie.
En France avant les premiers romantiques avoués, nous aurons connaissance des romantismes étrangers grâce à Madame de Staël (De l'Allemagne 1810 et 1814) Ses premiers essais d'idéologie romantique sont précoces: 1796: De l'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations 1800 De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales où elle oppose Homère le poète du sud et de la clarté à Ossian celui des brumes nordiques. Elle va dans le sens d'une opposition aux règles classiques d'un"beau absolu"
Nous aurons aussi un écrivain entre les deux périodes, c'est François René de Chateaubriand dont nous parlerons plus loin.

°Le mot "romantique" en France: Il se confond jusqu'au XVIII° avec "romanesque", il est ensuite enrichi d'une importation anglaise par Letourneur( traducteur de Shakespeare).

"Le mot anglais" romantic".. renferme l'idée de ces parties regroupées de manière neuve et variée propre à étonner. porte dans l'âme le sentiment de l'émotion douce et tendre"
Girardin (1777): "Sans être farouche et sauvage la situation romantique (des paysages) doit être tranquille et solitaire afin que l'âme.puisse se livrer tout entière à la douceur d'un sentiment profond"
Rousseau (1777) Cinquième rêverie" Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève".

°Le champ lexical du mot "romantique" en France est mal défini car c'est un enjeu à multiples facteurs

_ Opposition (cf De Stael) des littératures du nord ( romantiques) et du sud (classiques): quelle en est la validité?

- Recherche d'une tradition nationale (et parfois provinciale, d'autres fois nationaliste) et même de recherches dans le folklore (Grimm, Tieck, Nodier puis Nerval pour les chants du Valois, et les divers folkoristes) Cela doit se lire comme une réaction contre l'hégémonie de la raison des lumières. Et se retrouve chez les" progressistes" comme chez les " conservateurs"

° Pour le romantisme aristocratique (Chateaubriand) nostalgie d'une France féodale, mystique et plus romanesque que la France bourgeoise issue de la Révolution de l'Empire et de la Restauration- c'est-à-dire de la philosophie égalitariste des Lumières.

°Pour les romantiques libéraux: retour du Gaulois ancestral et revanche sur le Franc envahisseur. Le Franc c'est le noble, le gaulois le tiers état.

°Pour De Stael Classicisme égale continuation d'un héritage romain plaqué sur la vraie nature de la France.D'où l'appel à une littérature "populaire"( cf Ossian)

- Pour des historiens comme Michelet: la Révolution Française met fin à l'obscurantisme du moyen age, mais en même temps il réhabilité le moyen âge ( La sorcière) et la nature (La mer).
Tout ceci pour vous montrer que le champ sémantique du mot romantique est plus un enjeu
( chaque camp le revendique) qu'un lieu, et que ces enjeux sont multiples et contradictoires. Pour en savoir plus lire de Hugo La préface de Cromwell, l'introduction au cours de philosophie positive d'Auguste Comte, la lettre du Voyant de Rimbaud. Mais commençons par situer Chateaubriand, qui n'est pas un auteur négligeable.
François René de Chateaubriand: 1768-1848: il a vécu l'ensemble de cette époque, il est de petite noblesse, il voyage en Amérique, s'exile en Angleterre, mais devient ambassadeur de Napoléon, est élu à l'Académie française en 1811, puis devient pair de France à la Restauration et leader de la droite. Il écrit des œuvres comme Atala en 1801( Exotisme, amour, religion dans une langue très imagée" un mélange d'impressions, d'observations et de sentiments qui veulent être primitifs"Sainte Beuve) René (1802): le romantique comme désespéré dans un monde vide, déjà blasé avant d'avoir vécu repris plus tard, on nommera ceci le"mal du siècle" Dans René " On m'accuse d'avoir des goûts inconstants, de ne pouvoir jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se hâte d'arriver au fond de mes plaisirs.hélas je cherche seulement un bien inconnu dont l'instinct me poursuit...O Dieu si tu m'avais donné une femme selon mes désirs; si comme à notre premier père tu m'eusses amené par la main une Eve tirée de moi même. Hélas j'étais seul sur la Terre..Ce dégoût de la vie que j'avais ressenti des mon enfance me revenait avec une force nouvelle...Je ne m'apercevais de mon existence que par un profond sentiment d'ennui" ( René).


" Plus les peuples avancent en civilisation, plus cet état du vague des passions augmente,...les exemples rendent habile sans expérience. On est détrompé sans avoir joui; il reste des désirs , on n'a plus d'illusions. L'imagination est riche abondante et merveilleuse, l'existence pauvre,se che et désenchantée. On habite, avec un cœur plein, un monde vide, et sans avoir usé de rien on est désabusé de tout"in IIepartie Livre 3 ch 9 de Le génie du Christianisme (1802) . Les martyrs (1809) après un voyage en Palestine en 1806-8 . Il a retrouvé la foi et écrit énormément avec de belles images. Plus tard il écrit son chef d'œuvre Les mémoires d'outre tombe, qui paraissent d'ailleurs de son vivant. Chateaubriand est l'un des premiers parmi les romantiques français à faire de sa mélancolie la véritable inspiratrice de son chant. Notons que les romantiques français sont particulièrement mélancoliques, sans qu'on sache pourquoi. On prétend parfois que Chateaubriand est comme Rousseau un "préromantique". J'avoue ne pas voir l'intérêt de ce préfixe: il n'a d'intérêt que si on fait du romantisme français un cas à part. Si on l'inscrit dans les romantismes européens dans leur ensemble, voir les dates et les enchevêtrements, Chateaubriand comme Rousseau est un romantique, au même titre que certains auteurs anglais et allemands de la même époque. Il n'est que de se reporter aux thèmes et aux formes. Il dit lui même

" Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves; j'ai plongé dans leurs eaux troublée, m'éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue"(Mémoires d'Outre Tombe 1841).

On voit les thèmes romantiques déjà à l'ouvre dans ces textes:
- sentiment, désir, insatisfaction, mal du siècle, provocation, enfance, nuit. Et le lien se fait aisément avec le romantisme allemand. Le"mal du siècle" était déjà dans les Souffrances du jeune Werther de Goethe (1774).
"Parfois cela me saisit, ce n'est ni angoisse ni désir c'est je ne sais quoi en moi qui se déchaîne.Malheur et alors je m'en vais à l'aventure parmi les terribles scènes nocturnes de cette saison hostile à l'homme j'étais là tourné vers l'abîme, la poitrine haletante, brûlant d'y plonger Je me perdais dans la volupté de précipiter là dans ce gouffre, mes tourments mes souffrances.(Lettre du 12 dec 72).

De même on pourrait montrer sur les poètes romantiques français l'influence de Byron ( sur Lamartine en particulier).

On pourrait voir les problèmes propres au romantisme français dans un certain nombre de rubriques : l'engagement politique et ses liens avec l'engagement esthétique (Lamartine), le romantisme et le théâtre (Hugo, Dumas) le romantisme et l'Histoire: en particulier la représentation romantique de l'Histoire (Michelet, A. Dumas), le romantisme et le fantastique, (Gautier, Mérimée), le romantisme et les autres arts : la peinture et la musique, sans oublier les rapports du romantisme et des revendications sociales: pensez à George Sand, Hugo etc. Le romantisme social : pensez à Fourier, Cabet, Leroux et n'oublions ni Eugene Sue ni Hugo. En somme le romantisme a été un grand mouvement confus, qui s'est situé dans une époque confuse de luttes politiques esthétiques et sociales, à un moment de changements économiques et industriels importants. Il est extrêmement contrasté: il se trouve des romantiques d'extrême droite comme d'extrême gauche, les uns ne sont pas d'un point de vue esthétique en avance là où les autres seraient en réaction. Les zones politiques et esthétiques ne se recouvrent pas.

L'époque où se développe le romantisme français est donc celle d'une transformation de la société en profondeur. Mais cette transformation ne se produit pas au même rythme sur tous les fronts. Et du point de vue économique, la France ne décollera pas vraiment avant 1850. La période romantique est donc une période d'argent rare. D'où le travail des auteurs pour survivre dans une époque où se développe la presse et le roman feuilleton.
Autre aspect, après les saignées démographiques dues à l'Empire et aux épidémies( Choléra) on assiste au gonflement des classes d'âge jeunes. Succès rapide chez elles des idées nouvelles: le romantisme français est une sorte de provocation/revanche des jeunes: voir la bataille d'Hernani en 1830 cheveux longs et gilets rouges contre crânes chauves et perruques. Un courant littéraire pour la première fois dans l'histoire littéraire française s'impose contre la volonté des gens en place dans les lettres.
Le romantique se veut un antibourgeois, mais son public est bourgeois: voilà le premier paradoxe. De plus la plupart des artistes antibourgeois sont issus de la petite noblesse ou de la classe moyenne. Autre paradoxe. Ils sont solidaires de la bourgeoisie qu'ils méprisent. La société bourgeoise stimule l'énergie individuelle, exalte la force et le progrès. La liberté qui était au XVIII° une exigence de la conscience, de la sensibilité devient le champ des entrepreneurs. Et les romantiques français donnent, quand on voit la somme de leurs écrits une impression de grande créativité (en quantité au moins) d'agitation à la hauteur des entrepreneurs bourgeois de l'époque.
On trouve deux générations romantiques en France, la génération de 1820 et celle de 1830.

Celle de 1820 : (Lamartine publie ses Méditations poétiques en 1820) être romantique signifie être entré dans la vie après la chute de l'empire n'avoir connu ni la douceur de vivre de la fin du XVIII° ni les terreurs de la Révolution, ni les travaux de l'Empire. Curieusement celui qui parlera le mieux de ce désenchantement sera Musset (né en 1810) en publiant La confession d'un enfant du siècle (1836 voir ch 2) Il reste une jeunesse insatisfaite, désemparée et ambitieuse de dépenser dans les domaines artistiques et intellectuels une énergie qu'elle ne peut plus employer dans les guerres." Une aveugle impatience de vivre.de créer dans un monde vide encore" (Quinet).

Celle de 1830: La révolution de 1830 a eu lieu et ne leur a rien apporté: un roi en a remplacé un autre, sinon rien n'a vraiment changé.Ceux qui défendaient des idées généreuses sont au pouvoir (Guizot, Villemain, Cousin) et la rupture est de plus en plus évidente être les rêves des artistes et les projets de la société. Rappelons que 1830 c'est la bataille d'Hernani où Nerval apparait en justaucorps rouge...

Le mouvement romantique français a vécu en gros trois phases:

Une phase pour s'imposer de 1820 à 1830 qui culmine avec la"bataille d'Hernani" et qui avait commencé avec De l'Allemagne de De Stael en 1814. Période qui exalte le culte du passé, le gothique, les troubadours, Walter Scott, Byron qui meurt en 1824. c'est Hugo qui est au centre de ces divers courants en ce qu'il passe de royaliste à républicain avec une grande facilité.

Une phase de triomphe de 1830 à 36 et qui se voit surtout dans les romantiques mineurs comme O'Neddy, Borel et dejà cependant Nerval et Gautier qui vivent en gros en colonie , qui seront expulsés et se retrouveront impasse du Doyenné en 1835 quand Nerval fondera un journal et se ruinera pour Jenny Colon. Un grand mélange de peintres et de poètes
" Nous étions studieux, obstinés, résolus: nous avions tous une vertu inappréciable dans les lettres, c'est de ne vouloir écrire que selon notre fantaisie. Nous étions pauvres..."
" On n'a jamais vécu d'une amitié plus franche et plus gaie, c'était tous les jours une vraie fête pour le coeur et pour l'esprit "(A. Housssaye)

Le reflux 1836-1843
Echec des Burgraves de Hugo et retour du style néoclassique, ce qui n'empêche pas des auteurs de continuer de produire des textes de valeur, mais le romantisme a passé de mode.

Que signifie le romantisme français? Quelles en sont les particularités, les visées, l'originalité?

Il s'est constitué en école littéraire, mais surtout il est le lieu d'un mélange d'attirances vers le passé et d'espoirs vers l'avenir. Cela se voit à un certain nombre de bouleversements qu'il a entraînés.

I-Le temps et ses modalités nouvelles.

Le temps et la manière de vivre la durée sont modifiés. Importance de l'insatisfaction. Faute de trouver dans une transcendance des raisons d'une unité de soi, le XVIII° siècle en appelle aux sensations. On se sentira ainsi vivre. Mais on ne peut vivre ainsi dans une suite de temps forts. Entre temps il y a les désespoirs du pourquoi, encore, dejà. Comment donc vivre le présent, pour les romantiques, qui viennent après l'Empire( cf Musset)?Ils thématisent dans leurs oeuvres la hantise d'être enfermés dans des limites trop étroites, un désir d'illimité d'eternité les habite comme ils en ressentent le besoin au fond d'eux même. Comment échapper à ses limites? comment être à la hauteur des exigences de son désir interne illimité? Certains feront de cette quête la matière de leur œuvre.
D'autres rechercheront l'extase retrouver un sentiment de totalité, se"suffire à soi même comme Dieu" (Rousseau) Les romantiques rechercheront dans l'amour cette complétude qui est un gage d'infini." L'amour n'est qu'un point lumineux, et néanmoins il semble s'emparer du temps" (Adolphe) Par l'amour on tente de suspendre le temps (cf Lamartine Le Lac) Ces moments d'extase, où l'on semble coïncider avec le mouvement même de la durée de la création seront recherchés dans l'amour, la communion avec la nature, l'opium ou le haschich dont la mode commence vers les années 1830 (Moreau de Tours). Mais ils sont suivis d'un retour au présent d'autant plus déprimant que l'exaltation a été forte. le salut se trouve alors dans la mémoire, qui permet de retrouver des échos,,ou de faire revivre un monde semblable au rêve, qui peut être l'ouvre, comme on le verra plus tard chez Proust mais déjà chez Chateaubriand puis Nerval.
Il s'agit d'une mémoire non pas intellectuelle mais affective: un sentiment ephémere, un objet, un détail d'un paysage d'une personne établit ou rétablit un accord secret entre le présent et le passé et déclenche l'arrivée du souvenir avec son contexte affectif. Hugo" un jour enfin par aventure nous revoyons ces objets; ils surgissent devant nous brusquement et les voilà qui sur le champ avec la toute puissance de la réalité, nous restituent notre passé" (Voyage aux Pyrénées).
Revoir Chateaubriand "La grive" Mémoires d'OT Iere patrie L3 ch1: télescopage du passé et du présent dans une sorte de surimposition dans un"ailleurs" dont le texte donne (et il est le seul à pouvoir le faire) l'équivalent et le charme qui s'attache à ces moments"poétiques"( idem in Sylvie de Nerval)

Du souvenir à la vision cosmique : la communication intime des romantiques avec leur passé suppose toujours la médiation du monde extérieur: un objet, une image, un paysage par quoi le passé s'intègre dans la trame du présente, et le présent revisite ce passé
Lamartine

"Objets inanimés avez vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer"
Hugo in Tristesse d'Olympio
"Dieu nous prête un moment les près et les fontaines,
Les grands bois frissonnants...
Pour y mettre nos cœurs , nos rêves, nos amours."
Le paysage est un état d'âme, l'état d'âme est un paysage cf Verlaine "Votre âme est un paysage choisi" ou Baudelaire "Vous êtes un beau ciel d'automne clair et rose"
Les romantiques se retrouvent dans la nature, et elle devient pour eux un lieu et un moyen de parler de ce qu'il y a d'intime en eux, mais par le fait qu'ils le font par l'intermédiaire de la nature cet intime devient universel. Hugo " L'âme s'abreuve. de cette vie universelle". Ce qui entraîne parfois une thématique du "souvenir antérieur" cf Baudelaire "La vie antérieure" ou Nerval in "Fantaisie".
"Une dame...
"Que dans une autre existence peut-être
J'ai déjà vue... et dont je me souviens."

Comme si le passé aussi bien individuel que collectif ne mourrait pas vraiment tout à fait, qu'il subsiste des traces. Cf Nerval préface du Second Faust (1840) " Rien ne finit ou du moins rien ne se transforme que la matière, et les siècles écoulés se conservent tout entiers en l'état d'intelligences et d'ombres, dans une suite de régions concentriques, étendues à l'entour du monde matériel..L'éternité conserve dans son sein une sorte d'histoire universelle visible pour les yeux de l'âme"
Ce mouvement du présent du passé du futur l'homme communique avec lui par le biais de l'imagination de la rêverie de l'intuition.Ce mouvement du temps accentue l'inquiétude et la nostalgie de la conscience qui ne peut se saisir que comme séparée. Mais en même temps ce mouvement même, que le texte construit, lui offre le moyen de retrouver par delà cette séparation d'avec le passé, le principe qui anime cette vie universelle et que le texte rend saisissable en son fonctionnement même.

II Du temps historique au mal du siècle

Le siècle romantique" invente" l'histoire et les notions de"devenir historique" comme on le voit avec Hegel puis Marx entre autres et déjà dans Michelet. L'Histoire est à la fois" ce que jamais on ne verra deux fois" et une sorte de vecteur qui s'axe sur le futur, optimiste ou non. Selon Michelet L'homme est son propre Prométhée A cette idée de l'histoire comme axe s'oppose l'idée d'une histoire plus ou moins cyclique. Les mythes, les légendes, les coutumes sont les produits d'une sorte d'âme collective : l'individu revit et réfléchit les données de l'espèce en lui même, l'histoire antérieure vit au dedans de chacun. Quinet" Je m'arrêtais pour écouter au fond de mon âme le sourd retentissement des siècles passés...Je crus que ma personnalité allait être absorbée dans la conscience universelle du genre humain"

Cela étant les romantiques dans leur ensemble n'ont pas eu l'impression de faire partie d'une humanité en marche, ce qui aurait donné du sens à leur existence comme individus.
La génération de 1820 a identifié en gros son sort à celui d'une aristocratie en marge du mouvement de l"histoire: voir ce que pense René dans le texte de Chateaubriand.D'où cette tendance à la rêverie, évasion dans le passé, sentiment d'être né vieux: Lamartine à 29 ans écrit
"j'ai trop vu, trop senti trop aimé dans ma vie"!!!
Dans cette phase c'est le progrès qui semblait laisser de côté avec leur mélancolie et leur nostalgie les hommes du passé, qui en concevaient un mal de vivre compréhensible- voir La confession d'un enfant du siècle.

Deuxième vague de 1830. La société nouvelle née de la révolution et porteuse de progrès, libérale, et qui devait permettre à chacun de se réaliser( c'est du moins l'idéologie de la bourgeoisie des Lumières et celle des promoteurs de la révolution de 1830) est en fait une société bloquée, où l'argent a remplacé la naissance.Les théoriciens de la révolution de Juillet se retrouvent défenseurs de la loi de l'ordre et de la stabilité. Devant cet état de fait plusieurs réactions: Nodier s'en prend à l'idée de progrès et se réfugie dans la fantaisie les textes les idées,, le passé, la palingénésie. Balzac tente de s'adapter et échoue, il se fait alors le critique lucide de la réalité sociale.
Dans les deux cas, les deux phases, le résultat est un décalage extrême entre les aspirations de l'individu et les possibilités réelles offertes: d'où le sentiment d'ennui qui est d'autant plus profond que l'exaltation a été forte. Mais en 1820 l'ennui provient de l'impression que l'on a de vivre dans un monde vieux et épuisé. En 1830, on a senti passer une occasion et on l'a manquée: frustration. Flaubert ( 1839) "Mon existence que j'avais rêvée si poétique si large si amoureuse sera comme celle des autres monotone sensée et bête".
Les artistes se sentent en marge d'un monde qui change, mais ils se sentent impuissants, et bientôt ils apparaîtront avec Baudelaire comme des"maudits".

III Le passé et ses charmes

Le goût du passé n'est pas simplement évasion, il est un moyen de se renouveler aussi. D'où une recherche de racines, dans les mondes primitifs et dans le moyen âge. En même temps recherche d'un langage primitif, proche par sa force du symbolisme de la poésie, afin de renouveler la poésie. Retour aux mythes, aux symboles, aux rêves " Tout est symbolique aux yeux du poète, et par un échange continuel d'images et de comparaisons, il cherche à retrouver quelques traces de cette langue primitive révélée à l'homme par Dieu même et dont nos langues modernes ne sont qu'une ombre affaiblie" Soumet in La muse Française 1823. Ces paroles n'auront d'écho que plus tard avec Nerval, Baudelaire puis Mallarmé.
En liaison avec cette recherche de la langue et du monde primitif il faut voir l'attrait de l'Orient. A partir de 1830 se multiplient les articles sur l'Orient: les poètes iront voyager dans ces contrées ( Chateaubriand, Nerval, Flaubert par ex) Cf Schlegel "C'est en Orient que nous devons chercher le romantisme suprême".

Par ailleurs on cherche à retrouver le génie de la langue dans les productions populaires, comme les allemands avec Grimm.Nodier, puis Nerval, George Sand et bien d'autres recherchent la poésie du folklore, comme celle d'une langue plus pure, plus vraie.

IV La passion

Le héros romantique jouit des extrêmes" George Sand" La vraie force est elle d'étouffer ses passions ou de les satisfaire? Dieu nous les a t il données pour les abjurer ? Et celui qui éprouve assez vivement pour braver tous les devoirs, tous les malheurs, tous les remords, tous les dangers n'est il pas plus hardi que celui dont la prudence et la raison gouvernent tous les élans"? Parfois cette passion détruit l'être qui en est l'objet cf Hernani" Ah je porte malheur à tout ce qui m'entoure". Se consumer dans un éclair est plus romantique que d'économiser sa chandelle.
Cela se traduit par un refus des règles, des limites. L'œuvre romantique donne l'impression d'une force en expansion. Expansion dans l'espace et le temps.l'artiste se sent porté par une énergie: il irradie tend vers le Tout. En multipliant les formes, mêlant les genres. Comme la nature qui varie indéfiniment ses productions, l'artiste puise dans son imagination pour enfanter des mondes sans cesse neufs.
Dans ces œuvres se présentent les figures de la révolte: l'œuvre met en scène les contraintes et leurs transgression, elle est elle même transgression de règles. Importance de Lord Byron dans cette figure du héros noir et blasphémateur, louangeur de Satan. Nerval traduit le Faust de Goethe et cette œuvre est importante. Rappel de Faust. Autre thème celui de Don Juan qui s'attaque aux règles et affronte la mort en homme libre( Cf Mozart Don Giovanni, Baudelaire) de Cain ( Nerval Voyage en Orient, Baudelaire ).

V Religions et occultismes-nostalgie d'un arrière monde

a) Le côté religieux

Novalis ecrit" Le chemin mystérieux mène vers l'intérieur". Baudelaire caractérise l'art romantique " Intimité, spiritualité, aspiration vers l'infini".De quoi est il vraiment question? Les réponses des religions officielles ne sont pas à la hauteur des nouvelles exigences, car ce sont des religions qui ne suivent pas le mouvement des idées elles apparaissent comme dépassées. Pourtant en 1820, en réaction contre les Lumières, les écrivains romantiques ( Lamartine, Chateaubriand, Hugo) se retrouvent catholiques, mais cela ne dure pas. En effet le désir d'infini et d'illimité trouvera plus facilement à se satisfaire dans les sources occultes. Celles des Illuminés dont parle Nerval, les millénarismes,les palingénésies. On ne sait s'il s'agit d'un retour aux sources du christianisme afin de le rénover ou d'un autre espace spirituel. Les retour des idées de Swedenborg sur les Correspondances, la symbolique de Kreutzer, les théories de métempsycoses et des progressions qui font que de la bactérie à Dieu tout n'est qu'une chaîne sans ruptures et que l'homme y a sa place comme la fleur( ces idées et ces images plairont beaucoup à Hugo on le voit dans les Contemplations. Plus encore, on croit aux fluides magnétiques (Mesmer, à l'hypnose, aux drogues, au mysticisme, plus tard à la communication médiumnique avec les morts et les tables tournantes. Nerval comme d'autres ( et peut être plus ) sera touché par les franc maçonneries, les livres et les traditions occultistes. L'ensemble de ces traditions et de ces modes crée une atmosphère de spiritualité trouble. Ces thèmes, même quand ils n'y croient pas, permettent cependant,, par l'imagerie qu'ils véhiculent, aux poètes romantiques d'exprimer des aspirations profondes à une harmonie.
Dans une certaine mesure, on s'appuie sur les traditions du passé (occultées par les églises) pour construire une sorte de religion de l'avenir en ré interprétant les mythes. Une recréation religieuse très liée à une recréation poétique chez les romantiques. Tout cela tend à un syncrétisme où la spécificité des doctrines chrétiennes se diluerait, vers un spiritualisme qui ne laisse subsister des dogmes que ce qui est rationnel
" Respectons tous les symboles, tous sont sacrés parce qu'ils couvrent la vérité, qu'ils la traduisent à l'infirmité de la multitude. respectons surtout le christianisme parce qu'il est un symbole plus parfait que les autres; mais nous intelligences fortes, regards trempés par la, philosophie pour voir la vérité sans images, notre religion véritable c'est celle de la raison"

b) le rêve et le sommeil: les confins de la conscience

Une des raisons de l'influence de l'occultisme n'est pas simplement qu'il affirme l'existence d'un monde invisible, mais qu'il offre à chacun la possibilité d'y accéder au moins par contact.
Cela par la, pratique des états étranges qui peuvent apporter à la conscience l'idée d'un ailleurs, celui du rêve et de la songerie. Les tenants du classicisme, comme les philosophes les avaient tenus en suspicion, comme tout ce qui échappe à la pensée rationnelle. Mais après que des écrivains comme Rousseau, Sénancour, Swedenborg, Jean Paul et les romantiques allemands l'eurent porté aux nues en marquant comment le rêve peut procurer des extases, comment cela permet de passer au delà des limites du moi, comment c'est une accession à un domaine autre et libre, le recours au rêve et à ses à coté se généralise.
Il séduit aussi les penseurs qui comme les occultistes imaginent qu'il existe une unité entre la nature humaine et l'univers (le macrocosme et le microcosme). Que cette unité est à trouver en transcendant la pensée rationnelle, en libérant le moi intérieur qui ainsi se met à l'unisson de l'âme du monde. Par le biais d'une sorte d'inconscient auquel les rêves le sommeil et les drogues donnent accès. Comme le souligne A. Béguin "L'inconscient, pour les romantiques, loin de se ramener à un domaine individuel.. est la source, le point de notre contact avec l'organisme universel".. L'inconscient n'est pas comme chez Freud la chambre de débarras, c'est le fond, le centre vers quoi le poète se tourne pour échapper à l'isolement. Nodier est l'un des premiers en France à présenter le rêve dans cette perspective. La fée aux miettes (1832) est bâtie sur la logique du rêve: phénomènes de condensation ( deux éléments qui se combinent en un seul devenu bizarre), contractions et dilatations de l'espace et du temps en superpositions, images ambivalentes, métamorphoses qui permettent de suivre les déplacements d'affectivité d'une personne sur une autre, d'un objet l'autre.
Pour lui "le sommeil est non seulement l'état le pus puissant mais le plus lucide de la pensée" c'est là où l'esprit "se repose dans sa propre essence à l'abri des influences et des conventions sociales". Comme le rêve et son espace, la folie aussi est réhabilitée comme moyen d'accès à un ailleurs. Cependant, de même qu'Hölderlin puis plus tard Nietszche, Nerval et bien d'autres poètes romantiques sombreront dans la folie.
Mais l'image de la folie évolue. Le fou" romantique "n'est plus simplement un rebut de la société: c'est une manière d'aller au delà. Nodier recueille les écrits des Hétéroclites, qui sont des écrits publies par des gens dont on se demande s'ils sont bien dans leur tête, mais qui proposent des visions extraordinaires. Pour Nodier seuls les poètes et les fous sont capables d'accéder à ces ailleurs, ces au delà, ce surnaturel qui est refusé à l'homme moderne ,incapable de déchiffrer les signes les vérités accessibles seulement à l'instinct primitif et enfouis dans les traditions des siècles passés. La folie romantique se situe dans le prolongement de la spontanéité. Elle témoigne de l'inquiétude et de la fascination des romantiques décevant les mystères de l'univers et de leur conviction que la connaissance rationnelle n'est pas le seul moyen d'y accéder. On reconnaît là les racines des ambitions surréalistes. Parallèlement, un genre nouveau a fait son apparition, apte à donner à voir et à ressentir les nouvelles modalités étranges de ce rapport ambigu à la réalité: le genre fantastique. Il engendre, dans la foulée des de Tieck, de Hoffmann, puis de Gautier, Mérimée, Balzac puis Maupassant des textes qui mettent en jeu les diverses instances psychiques du conscient et de l'inconscient, du rationnel et de l'irrationnel, du rêve, de la folie, les incertitudes de la raison et la force des pulsions, des désirs et des cauchemars. Il montre l'incompatibilité dans la réalité, mais la coprésence dans le texte de zones irréductibles et pourtant présentées comme allant ensemble dans un texte qui met en scène une crise de la représentation. Dans le fantastique romantique, la crise se résout quelque part dans le monde du rêve de la rêverie comme on le voit chez Hoffmann, Gautier, et parfois chez Nerval. C'est le texte qui donne une solution esthétique à ces contradictions, en même temps qu'il permet de les explorer. Dans le fantastique plus tardif d'un Maupassant, la crise aboutit à l'horreur et à la terreur ( voir Qui sait, Le Horla II , Lettre d'un fou, Lui)

c) Monde ideal, langage poétique, langage de la nature

"L'imagination des poètes modernes a besoin de pénétrer plus avant dans les mystères de notre propre cœur"(Soumet).
Est ce à dire aller dans le sens d'un narcissisme ? S'affranchir du réel et oublier autrui ? En apparence oui. L'artiste romantique pratique un art fondé sur l'expression de soi, alors que le classique se voulait reproduire la réalité. Mais le romantique pense trouver au fond de soi une réalité fondamentale, par où il se relie à l'économie symbolique de l'univers: il plonge en soi pour donner à voir l'invisible aux autres. On voit là un double mouvement: descendre en soi pour aller au fond des choses. ce qui va réhabiliter les objets simples: un vallon, un chêne, un coucher de soleil et des"objets inanimés" seront matière noble pour le poète. Son art se fera l'écho de ces pensées souvent inexprimables, qu'éveillent confusément dans notre esprit les mille objets de la création qui souffrent ou qui languissent autour de nous"( Hugo) L'objet le plus insignifiant peut, porté par le regard de l'artiste qui le transperce pour y voir au delà, être en résonance avec l'âme de l'artiste qui en montre l'accord avec l'âme du monde. On a à la fois l'accès à l'intimité d'un être, et l'accès à l'intimité des choses, dans le texte qui les superpose et les fait se nourrir l'une de l'autre.

La Nature est donc un immense clavier dont les artistes romantiques tirent les accords. Pour quel but? Retrouver l'unité perdue de l'homme avec lui même (le conscient avec l'inconscient, la vie diurne avec les sources du rêve) avec l'autre qui est" l'âme sœur", avec l'univers (dans une perspective chrétienne: le paradis d'avant la chute, dans des perspectives moins typées, retrouver "l'âme du monde") Cette "ténébreuse et profonde unité" dont parle Baudelaire. La retrouver c'est se retrouver c'est non seulement connaître l'univers et son âme dans ce qu'il et elle a de plus intime c'est aussi renaître dans ce mouvement de compréhension et de sympathie.
On pourra rapprocher le héros des romans gothiques de ce substrat romantique.