Entendre,
dans Le petit prince
(1) Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre: - Non! Non! Je ne veux pas d'un éléphant dans un boa.
(2) Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes.
(3) Je n'ai pas besoin d'habiter ici. - Hem! hem! dit le roi, je crois bien que sur ma planète il y a quelque part un vieux rat. Je l'entends la nuit.
(4) Mais le vaniteux ne l'entendit pas. (5) Les vaniteux n'entendent jamais que les louanges.
(6) On ne voit rien. On n'entend rien.
(7) Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante...
(8) Et je l'entendis qui parlait: - Tu ne t'en souviens donc pas? disait-il.
(9) Je ne voyais ni n'entendais toujours personne.
(10) Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.
(11) Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire.
(12) Ah! petit bonhomme, petit bonhomme, j'aime entendre ce rire!
A. Classement selon les constructions du verbe
1. Sans complément : Si l’on suppose que le verbe entendre est bivalent : entendre(qq’un, qqch), le verbe est alors employé intransitivement, c’est-à-dire que le second actant ne reçoit aucune expression linguistique.
(7) Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante.
Mais cet actant se trouve foruni par le contexte. Il s’agit du bruit que fait le puits dont parle le petit prince.
2. Avec un complément : Le verbe bivalent est employé transitivement, c’est-à-dire que les deux actants reçoivent une expression linguistique, le premier actant étant un SN sujet ou un morphème personnel du verbe, et le second actant ce que la grammaire scolaire appelle un complément d’objet.
a. Un SN : Si le second actant correspond à un SN, on a affaire à ce que l’on peut appeler iun complément de verbe, ce qui se définit par le fait d’être un constituant immédiat d’un SV exocentrique, et par cons équent une adjonction d’un V.
(5) Les vaniteux n'entendent jamais que les louanges.
(10) Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.
(12) Ah! petit bonhomme, petit bonhomme, j'aime entendre ce rire!
b. Un pronom : Plusieurs cas de figure sont à envisager. S’il s’agit de ce que la grammaire scolaire appelle un pronom personnel comme les miennes, il est clair que ce prétendu pronom est formé d’une article défini (ici au pluriel) et de l’adjectif mien (cf. Un moien ami m’a dit de partir) substantivé. C’est donc un authentique SN, qui fonctionne comme un complément de verbe.
(2) Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes.
Si le prétendu complément de verbe est ce que la grammaire scolaire appelle un pronom indéfini, celui-ci commute par exemple avec aucune personne, aucun bruit, qui sont d’authentiques SN complément de verbe. On dit donc que rien ou personne sont ds ProSN qui ont la fonctionde complément de verbe.
(9) Je ne voyais ni n'entendais toujours personne.
(6) On ne voit rien. On n'entend rien.
Le cas est différent, lorsque le prétendu complément d’objet est
(3) Je n'ai pas besoin d'habiter ici. - Hem! hem! dit le roi, je crois bien que sur ma planète il y a quelque part un vieux rat. Je l'entends la nuit.
(4) Mais le vaniteux ne l'entendit pas.
c. Une proposition : La grammaire traditionnelle verrait une proposition infinitive fonctionnant comme un complément de verbe dans le petit bonhomme me répondre de
(1) Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre: - Non! Non! Je ne veux pas d'un éléphant dans un boa.
où le SN le petit bonhomme serait le sujet du verbe répondre. Cette subordonnée infinitve serait donc comparable à la subordonnée complétive de
Et je fus stupéfait d'entendre que le petit bonhomme me répondait.
Cependant, il n’est pas évident que le prétendu sujet le petit bonhomme et le SV à l’infinitif me répondre forment une construction, comme le montrerait la pronominalisation de ce sujet :
Et je fus stupéfait de l'entendre me répondre
où le pronom anaphorique le serait considéré comme un cod par la grammaire scolaire. On trouve ce même type de construction dans l’exemple
(11) Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire.
Si on définit le complément de verbe d’une façon vraiment syntaxique, c’est-à-dire constructionnelle, en disant que le complément de verbe est un constituant immédiat de SV

exocentrique,
on voit que le morphème personnel n’a pas du tout cette configuration. C’est en
fait une expansion du verbe, tout comme le prétendu pronom sujet je. Il en
découle que le verbe entendre est, dans l’exemple (1), construit avec deux
compléments de verbe, mais avec un seul, dans les deux autres cas, à savoir
l’infinitif.
Au lieu d’un SV à l’infinitif, le deuxième complément peut être une relative comme dans :
(8) Et je l'entendis qui parlait: - Tu ne t'en souviens donc pas? disait-il.
d . Problème de l’infinitif : Dans une analyse en morphème, on peut considérer l’infinitif comme un morphème de subordination. Il est clair en effet que le constituant à l’infinitif est l’équivalent d’une subordonnée complétive, ces deux types de constituant étant en distribution complémentaire dans par exemple :
Je veux que tu étudies la linguistique
Je veux qu’il étudie la linguistique
mais
*Je veux que j’étudie la linguistique = Je veux étudier la linguistique.
Le constituant à l’infinitif est donc une variante combinatoire de la subordonné compplétive, lorsque le sujet de la subordonnée, comme le dirait la grammaire scolaire, ou plutôt lorsque le premier actant du verbe de la subordonnée serait le même que celui du verbe principal.
La grammaire traditionnelle distingue ce qu’elle appelle une
subordonnée infinitive d’un complément à l’infinitif, parlant de subordonnée
infinitive quand un sujet est exprimé, comme dans
(1) Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre
où nous avons vu que le SN était un complément (d’objet) du verbe entendre, si sa désignation correspondait au premier actant du verbe répondre, et parlant de SV complément du verbe principal dans
Je veux étudier la linguistique
où l’individu désigné par le morphème personnel Je est aussi le premier actant du verbe étudier. On admettra donc que le prétendu complément à l’infinitif est une proposition subordonnée, dont le morphème qui a l’infinitif comme signifiant est le subordonnant. Cela veut dire que l’autre constituant de cette construction est une Proposition, comme dans toute proposition subordonnée. Et la proposition est, comme dans
Je veux qu’il étudie la linguistique, *Je veux que j’étudie la linguistique
une proposition sans sujet syntaxique, c’est-à-dire un simple SV qui est entré dans le paradigme de P. La différence entre la proposition subordonnée étudier la linguistique et la proposition subordonnée qu’il étudie la linguistique vient alors de ce que le morphème d’infinitif entraîne obligatoirement la non expression du morphème personnel, l’infinitf faisant partie de ce que la grammaire scolaire appelle les formes non personnelles du verbe.
Il importe d’affiner l’arbre syntaxique qui a été proposé plus haut, en apportant les modifications suivantes :

B. Valence du verbe ? Faut-il postuler que le verbe a tantôt une valence deux et tantôt une valence trois ? Cela reviendrait à admettre qu’il y a deux verbes homonymes entendre. Car si l’on admet de dire que la valence est une notion sémantique, qui indique combien un verbe a sémantiquement besoin de participants pour pouvoir former une phrase française, dire qu’un verbe a deux valences différentes revient automatiquement à dire qu’il a deux signifiés différents, et qu’il s’agit donc en réalité de deux homonymes.
Mais il semble difficile à admettre qu’il y a deux verbes entendre homonymes, dans la mesure où l’usager francophone a bien l’impression qu’avec deux compléments de verbe ou avec un seul complément de verbe, la signification du verbe n’est pas vraiment changée. Il s’agit toujours d’appréhender quelque chose par l’ouie. S’il ne s’agit pas de deux homonymes, il faut que le verbe ne change pas de valence. Si l’on admet qu’il a une valence deux, comme le donne à penser la majorité des exemples ci-dessus, on doit reconnaître que son deuxième actant peut être animé ou non animé, soit entendre quelque chose et entendre quelqu’un. Mais quand un second actant est non animé, celui-ci peut être représenté par une proposition, si toutefois son sémantisme le permet, comme dans dire quelque chose et dire que P. Tel est bien le cas du verbe entendre, où, à côté de
entendre quelque chose, entendre le bruit du puits
on peut avoir
Et je fus stupéfait d'entendre que le petit bonhomme me répondait.
Or quand on admet que la valence est une notion sémantique, on est obligé de distinguer cette valence de la transitivité, qui, elle, ne peut être et ne doit être, dans ces conditions, qu’une notion syntaxique. Rien n’empêche alors de dire que le second actant propositionnel peut être exprimé soit par une subordonnée complétive fonctionnant comme complément de verbe, soit par deux compléments, l’un correspondant au sujet, ou plutôt au support informatif de ladite proposition, le SN le petit bonhomme, et l’autre au prédicat, ou plutôt à l’apport de ladite proposition, le SV me répondre. Par conséquent, que ce verbe ait un complément de verbe qui est une proposition subordonnée, ou qu’il ait deux compléments de verbe dont le contenu sémantique est l’équivalent d’un contenu propositionnel, (ou même qu’il n’ait pas de complément de verbe), il peut fort bien être considéré comme un verbe sémantiquement bivalent. Dans le dernier cas, son second actant ne reçoit aucune expression linguistique, le verbe est intransitivé. Dans le premier cas, son second actant propositionnel est exprimé par un seul constituant syntaxique, la proposition subordonnée complétive . Et dans le dernier cas, ce second actant propositionnel est exprimé soit par deux compléments de verbe, dont le deuxième est une proposition subordonnée infinitive ou relative, soit par un morphème personnel expansion du verbe et une proposition subordonnée infinitive ou relative.
On remarquera que les deux types d’emploi avec proposition subordonnée ne donnent pas comme résultat un sens totalement identique. On peut dire que
Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre
signifie plus que
Et je fus stupéfait d'entendre que le petit bonhomme me répondait.
Cette phrase signifie à la fois
Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme
et
Et je fus stupéfait d'entendre qu’il me répondait.
C. Sens du verbe entendre :
1. Principaux sens : 1) "percevoir par le sens de l'ouïe" (LNPR). On est surpruis que seul LPLI donne ce sens en premier, ce qu’il illustre par entendre la pluie tomber, et par les emplois absolus “entendre bien, mal : avoir une bonne, une mauvaise audition”.
2) “percevoir par l’esprit, comprendre, saisir” (LPLI). Ce deuxième sens est considéré par Lexis et LNPR comme le premier sens du verbe entendre, ce qui s’explique peut-être parce que ces deux dictionnaires donnent l’étymologie latine de ce verbe :
“lat. intendere «tendre vers », d’où « porter son attention vers” (LNPR),
“lat. intendere diriger son attention” (Lexis)
LPLI donnait lui aussi cette étymologie :
“lat. intendere appliquer son esprit” (LPLI)
sans toutefois se laisser influencer dans sa description synchronique. Les autres dictionaires sont néanmoins d’accord avec LPLI dans la définition de ce second sens :"comprendre, saisir le sens" (Lexis), ou "percevoir, saisir par l'intelligence" (LNPR).
Il ne faut pas ramener le sens 1) et le sens 2) à l’unité, en disant que le verbe signifie seulement «percevoir», les traits sémantiques “par le sens de l'ouïe" et “par l’esprit” n’étant pas pertinents. Car, à la différence du verbe percevoir, on ne comprendrait pas que le verbe entendre ne signifie que des perceptions auditives, alors que le verbe percevoir, souvent défini aussi par “saisir par les sens ou par l’esprit” (Lexis, LPLI) est susceptible de désigner n’importe quelle sorte de perception, comme le montrent les quatre premiers exemples donnés par Lexis :
“Seul un œil exercé peut percevoir des nuances aussi délicates. Il percevait dans ses bras la pression transmise à son corps par l’arme (Simon). L’oreille humaine ne perçoit pas les ultrasons. On a perçu des gémissements qui venaient du trottoir (Simenon)” (Lexis).
2. Lexis et le DFC postulent, comme on s’y attend, deux homonymes :
“1. entendre (lat. intendere, diriger son attention) 1. entendre quelque chose, les paroles et les écrits de quelqu’un, les comprendre, en saisir le sens (langue soignée). Si j’entends bien votre lettre, vous n’acceptez pas. <…> 2. Entendre quelque chose, entendre que (et l’indic.), concevoir cette chose de telle ou telle façon, vouloir dire : Qu’entendez-vous par les mots ‘en toute liberté’ ? Si on entend par là que je suis d’accord avec lui, on fausse ma pensée. <…> 3. Entendre (et un inf.), entendre que (et le subj), avoir l’intention bien arrêtée de, vouloir que : J’entends être obéi. Nous entendons qu’on fasse tout ce qui est possible pour éviter de tels incidents”
“2. entendre (de entendre 1) 1. Entendre quelque chose, quelqu’un, un animal, percevoir par l’ouie le bruit que fait cette chose, cette personne, cet animal : Elle a entendu toutes nos conversations (Beauvoir)”
On remarquera que le DFC se distinguait de Lexis, dans la mesure où, sans l’expliquer, il inversait l’ordre des deux homonymes. En fait, on peut dire que Lexis corrige le DFC, quand il précise que l’un de ces deux sens dérive de l’autre, plus précisément que le deuxième verbe entendre (ou le deuxième sens de entendre) est issu du premier.
3 . Discussion : Le sens 1) peut avoir comme deuxième actant un contenu propositionnel, comme dans Paul entend que le train siffle, ou Paul entend siffler le train (comme dans Paul entend le sifflement du train) , ou Marie n’a pas entendu que le téléphone avait sonné, ou Marie n’a pas entendu sonner le téléphone (même sens que dans entendre la sonnerie du téléphone).
Le sens 2) est la conséquence du sens 1) (cf. nisi est in intellectu quod nisi prius in sensu). On passe normalement de «entendre» à «comprendre», quand on voit que la différence entre ces deux sens vient de ce que le sens de «comprendre» découle de «entendre non seulement le bruit d’une phrase par exemple, mais aussi et surtout le contenu que signifie ce bruit entendu». On pourrait donc considérer le sens de «comprendre» est un développement ou un élargissement à partir des cas où le contenu propositionnel du second actant compte autant que son signifiant entendu. Quand on dit par exemple entendre les paroles de quelqu’un,cela signifie “les comprendre, en saisir le sens”, dit Lexis. Mais on voit bien que dans le premier cas, on entend effectivement quelque chose, une suite de sons. Le signifiant vaut alors pour le signifié qu’il représente. Le sens de “comprendre, de saisir le sens” est donc un simple effet de sens, qui provient de la signification propre du complément. Celui-ci désigne des unités significatives, et donc des signes linguistique. Par contre, dans l’exemple entendre les écrits de quelqu’un, on a affaire à un élargissement de sens, dans la mesure où avec le complément de verbe les écrits, il n’y a rien à entendre.
De même, dans les exemples
Qu’entendez-vous par les mots ‘en toute liberté’ ? Si on entend par là que je suis d’accord avec lui, on fausse ma pensée.
les mots “en toute liberté” ont été prononcés, et l’on demande à son interlocuteur ce qu’il a voulu dire par là.
Ce second sens s’impose quand ce qui est entendu n’est pas quelque chose d’audible, comme dans Ils ont des oreilles pour ne pas entendre. C’est ce qu’on pourrait appeler un élargissement analogique : le verbe qui présente l’effet de sens de “comprendre” dans un certain nombre de constructions, à cause du sémantisme particulier de son complément de verbe, est susceptible d’être employé dans ce sens, même sans que cela soit dû à la nature sémantique de son complément.
D. Quelques autres
exemples trouvés dans des dictionnaires
(13) J'entend qu'on m'obéisse; Faites comme vous l'entendez. Il
n'entendait pas changer l'ordre social.
(14) J’entends être obéi. Nous entendons qu’on fasse tout ce qui
est possible pour éviter de tels incidents
(15) Qu’entendez-vous par les mots ‘en toute liberté’ ? Si
on entend par là que je suis d’accord avec lui, on fausse ma pensée.
(16) Marie n’a pas entendu que le téléphone avait sonné
(17) Paul entend siffler le train
(18)Ils ont des oreilles pour ne pas entendre.
Certains de ces exemples n’apportent rien de bien nouveau. Les exemples (16) et (17) correspondent au sens fondamental de verbe de perception. Dans tous ces cas, le complément désigne un bruit susceptible d’être entendu : la sonnerie du téléphone, le sifflement du train. Leur particularité est dans la nature syntaxique du second actant. Il s’agit d’un actant propositionnel, à savoir : le téléphone a sonné, et le train a sifflé. Au point de vue sémantique, on voit bien la différence qu’il y aurait, dans le premier cas, avec Marie a entendu le téléphone qui sonnait, ou Marie a entendu le téléphone sonner, où le complément désignerait plus concrètement le bruit entendu, alors que dans Marie a entendu ou n’a pas enttendu que le téléphone avait sonné, celui-ci est signifié de façon plus abstraite ou plus intellectuelle, le verbe entendre présentant alors un effet de sens du genre de «se rendre compte, percevoir par l’esprit».
Dans l’exemple (18), la présence du SN des oreilles et de celle de la négation obligent à donner au verbe entendre le sens dérivé de «comprendre», dans la mesure où les Hébreux ont dû percevoir ce que Dieu leur a dit, puisqu’ils ont des oreilles, mais n’en ont pas tenu compte. Ils ont été sourds, au sens figuré, comme dans ces deux exemples du LNPR :
“2. fig. sourd à… qui refuse d’entendre, de prendre en compte, qui reste insensible à. «Rester sourds aux cris de ses frères» (Hugo). «J’étais sourd aux leçons de la sagesse» (France)” (LNPR).
Ce jeu de sens peut se produire même quand l’expression n’est pas négative. LNPR site l’exemple : Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre (Bible).
Quant aux exemples de (15), les compléments désignent des réalités
susceptibles d’être entendus, à savoir les mots qui ont été utilisés, au sens
desquels on s’intéresse avant tout.
Par contre, les exemples de (13) et (14) présentent un sens tout à fait nouveau, que tous les dictionnaires ne signalent pas forcément. LNPR ne semble pas le signaler. Par contre LPLI le donne en dernier sens possible :
“4. Exiger, vouloir, être déterminé à. J’entends qu’on m’obéisse. J’entends bien partir demain. – Faites comme vous l’entendez, à votre guise”.
Tout se passe comme s’il s’agissait de la plus mauvaise occurrence du sens prototypique. Quant au DFC et à Lexis, ils y voient le troisième et avant-dernier sens du verbe 1. Entendre, qui signifie « comprendre, saisir le sens de ».
“1. entendre. 1. Entendre quelque chose, les paroles ou les écrits de quelqu’un, les comprendre, en saisir le sens. <…> 2. Entendre quelque chose, entendre que (et l’ind.), concevoir cette chose de telle ou telle façon, vouloir dire <…> 3. Entendre (et un inf.), entendre que (et le subj.), avoir l'intention bien arrêtée de, vouloir que. J'entend qu'on m'obéisse. Il entend n’en faire qu’à sa tête. Nous entendons qu’on fasse tout ce qui est possible pour éviter de tels incidents” (Lexis).
Honnêtement, on ne voit pas comment ce nouveau sens peut être une particularisation du sens de «percevoir par l’esprit, comprendre», même si la dernière défintion de deuxième ce sens, à savoir «vouloir dire», peut être considéré comme un clin d’œil vers le troisième sens «vouloir».
On remarquera que Lexis a raison de signaler que ce prétendu troisème sens appararaît avec un complément qui est une subordonnée complétive au subjonctif. On sait en effet qu’en français, après les verbes de volonté le morphème de subordination présente un allomorphe à signifiant discontinu que… Subj. , qu’il convient de distinguer des cas où le subjonctif est, comme en phrase simple, le signifiant du morphème de volonté : Dites lui qu’il vienne me voir (Lexis), à côté de Dites-lui qu’ils sont venus me voir, comme Qu’ils partent, à côté de Partez.
Même si l’exemple mis à part par un tiret du LPLI (– Faites comme vous l’entendez, à votre guise) peut, à tort, semblez être le maillon qui permettrait depasser du sens de « comprendre » à celui de « vouloir », LPLI le traduisant par «faites à votre guise, c’est-à-dire comme vous le voulez », on est surpris que Lexis n’en fasse pas une troisième verbe 3. entendre. L’exemple de LPLI s’explique très bien, sans qu’on attribue à entendre le sens de «vouloir». Celui de «comprendre» (perception par l’esprit) est largement suffisant, comme le montre l’expression synonyme Faites comme vous le sentez. Pour notre part, nous verrions plutôt dans ce prétendu troisième sens un véritable homonyme, qui serait une survivance du sens historiquement primitif de entendre, c’est-à-dire intendere «diriger son esprit vers», donc «son attention » ou «sa volonté».
En latin en effet, les choses sont claires. Le verbe intendere, composé de in- et de –tendere, est un synthème qui a le sens des deux morphèmes qui le composent, à savoir « tendre vers, en direction de ». On trouve ce sens avec des compléments concrets comme “tendre sa main droite (dexteram) vers une statue”, “tendre, diriger une arme (telum) coontre la gorge de qqn”. On trouve le même sens un peu moins concret avec des compléments qui ne correspondent pas directement à des objets matériels : “tendre, tourner ses regards (aciem) de tous côtés”, “tourner, diriger sa marche (iter) d’un certain côté”. Si le complément désigne un être animé ou un organe de cet être animé, on obtient “de quelque côté qu’il se portât (se intenderat)”, “diriger son esprit (animum) sur qqch”, “les yeux et les esprits (oculis animisque) étant tournés vers le combat”. Supposez maintenant un emploi absolu de intendere pour intendere animum ou de intendere animo aliquid (“tendre vers une chose, se proposer qqch” – fuga salutem petere intenderunt «ils n’eurent qu’une pensée, se sauver par la fuite » [César]), et le verbe intendere devient, sans changer de signifié, un verbe de volonté. Le sens de verbe de volonté correspondant à un deuxième sens, et étant donc un fait de polysémie. Mais tel n’est plus le cas de fr. entendre, parce qu’il a changé de sens par rapport au sens du verbe latin ; il a pris le relai du verbe lat. audire «entendre», qui, lui, n’a jamais une variante de sens qui en ferait un verbe de volonté.
E. Y a-t-il d’autres sens dans les dictionnaires ? Ceux-ci signalent, sous une rubrique à part, les sens du verbe pronominal s’entendre.
1. Mêmes sens (réfléchis) sensoriels et perceptifs : Un certain nombre de cces sens sont manifestement ceux du verbe entendre, auquel est ajouté le morphème se. Ce morphème a un sens réfléchi, c’est-à-dire signifie que le second actant est le même ou les mêmes individus que celui qui est désigné par le sujet syntaxique ou par le morphème personnel du verbe. Ce qui donne le sens réfléchi de
“Entendre sa propre voix. Tu ne t’entends pas ! tu ne te rends pas compte de ta propre voix. On ne s’entend plus ici : il y a tellement de bruit qu’on n’entend plus sa voix ou ce que disent les autres” (LNPR).
Ce sens présente une variante réciproque :
“Entendre réciproquement les paroles d’autrui. Ils ne peuvent pas s’entendre, ils sont trop loin” (LNPR)
Si on s’intéresse moins aux sonx des paroles qu’à leur contenu, on a le sens non auditif de verbe entendre :
“Se comprendre l’un l’autre. S’entendre à demi-mot” (LNPR)
ce qui, notamment avec des circonstants introduits par la préposition avec, donnera l’effet de sens de «se mettre d’accord» :
“par ext. Se mettre d’accord. Þ s’arranger, s’associer, se concerter. Entendons-nous sur l’heure du rendez-vous. Þ convenir. Entendons-nous bien ! mettons-nous bien d’accord. «Les orateurs, unis pour détruire, ne s’entendaient ni sur les chefs à choisir, ni sur les moyens à employer» (Chateaubriand)” (LNPR)
“Avoir les mêmes idées, les mêmes goûts, se mettre d’accord. Dès la première rencontre, nous nous sommes bien entendus (syn. sympathiser). Avec Alcide, (syn. se comprendre). Ils s’entendent comme larrons en foire.” (Lexis)
2. Mêmes sens (passifs) sensoriels et perceptifs : Si dans les autres emplois du verbe réfléchi, on peut dire que le verbe est intransitivé et que son morphème se signifie que le second actant et l’individu désigné par le sujet syntaxique ou le morphème personnel du verbe (en l’occurrence le premier actant) sont une seule et même personne. Il n’est pas impossible alors de dire qu’il en est de même, dans ce que la grammaire scolaire appelle le verbe pronominal à sens passif, à condition de remarquer que le verbe présente en plus une intransitivation du premier actant, le sujet désignant en effet une chose, qui ne peut pas être le premier actant animé du verbe entendre. Cette intransitivation du premier actant est tout à fait comparable à celle que produit le morphème de passif (cf. Sa voix n’est pas entendue à plus de trois mètres). Et le morphème réfléchi se indique bien d’une part que le second actant est pronominalisé, le verbe étant intransitivé du second actant, et d’autre part qu’il y a bien identité entre ce morphème réfléchi et le deuxième actant qui fonctionne alors comme sujet.
“Etre entendu, ouï. Sa voix ne s’entend pas à plus de trois mètres. Þ Porter” (LNPR)
“Etre compris. Ce mot peut s’entendre de diverses manières.” (LNPR)
“(sujet nom de chose) Se comprendre. Nos prix s’entendent tous frais compris” (Lexis)
Donc ces emplois pronominaux combinent le sens du lexème verbal entendre avec le sens du morphème se, et mettent bien en œuvre le même lexème verbal.
3. Autres sens mentionnés seulement par Lexis et par LPLI :
“Avoir des connaissances, de l’habileté (en qqch.). Elle s’y entend, en cuisine” (LPLI)
“2. S’entendre à (et l’inf. ou un nom), être habile à, compétent en : Il s’entend admirablement à rendre accessibles au grand public les questions les plus complexes. Il paraissait s’entendre passablement à la musique moderne. 3. S’entendre en, être connaisseur : Il s'entend en poésie, en musique ; et, sous la forme s’y entendre : Elle s’y entendait [en cuisine] même très bien, savait une foule de recettes (Daudet) [syn. s’y connaître]” (Lexis)
On signalera un sens et une construction comparable à la prétendue voix active :
“Ne rien entendre à quelque chose, être totalement incompétent dans ce domaine, ne rien y connaître” (Lexis)
où le verbe entendre a le sens de «comprendre» et reçoit, par retransitivation, un complément de verbe supplémentaire, qui le domaine dans lequel le premier actant comprend tout ou rien. Ce tour doit être à l’origine de la construction s’entendre à, et s’y entendre (où y correspond à à cela). Mais manifestement le pronom dit réfléchi n’a ici aucun sens et ne correspond donc pas à un signifié quelconque. Il s’agit donc d’un verbe s’y entendre, qui est partiellement homonyme du verbe entendre.
Classement selon
les constructions
1. Sans complément :
(7) Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante...
2. Avec un complément :
a. Un SN
(5) Les vaniteux n'entendent jamais que les louanges.
(10) Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.
(12) Ah! petit bonhomme, petit bonhomme, j'aime entendre ce rire!
b. Un “pronom” :
(2) Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes.
(9) Je ne voyais ni n'entendais toujours personne.
(6) On ne voit rien. On n'entend rien.
(3) Je n'ai pas besoin d'habiter ici. - Hem! hem! dit le roi, je crois bien que sur ma planète il y a quelque part un vieux rat. Je l'entends la nuit.
(4) Mais le vaniteux ne l'entendit pas.
Faites comme vous l'entendez.
3. Avec deux compléments :
(1) Et je fus stupéfait d'entendre le petit bonhomme me répondre: - Non! Non! Je ne veux pas d'un éléphant dans un boa.
(8) Et je l'entendis qui parlait: - Tu ne t'en souviens donc pas? disait-il.
(11) Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire...
4. Avec une subordonnée complétive :
Nous entendons qu’on fasse tout ce qui est possible pour éviter
de tels incidents
Marie n’a pas entendu que le téléphone avait sonné
5. Avec un infinitf :
(11) Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire...
6. Avec une relative
(8) Et je l'entendis qui parlait: - Tu ne t'en souviens donc pas? disait-il.