Mot du Président


   Bien connue des Marseillais, et aujourd'hui l'un des centres scientifiques de l'Université de Provence (Université d'Aix-Marseille I), la "Fac Saint-Charles" a une longue histoire. Seule faculté des sciences du Sud-Est pendant une demi-siècle, cette "maison-mère" a généreusement essaimé à Marseille, mais aussi à Nice, Avignon et Toulon. Elle est à l'origine des secteurs scientifiques des six universités de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur. A ce centre Saint-Charles, et aux laboratoires de notre université situés au centre Saint-Jérôme, sont venus s'ajouter, au cours des dernières années, de nouveaux bâtiments de recherche et d'enseignement : en 1987, c'était, à Aubagne, le département Image et son, en 1994, le Centre de mathématiques et d'informatique, en 1996 UNIMECA, centre inter-universitaire de mécanique et de technologie mécanique (Universités d'Aix-Marseille I et II), l'Institut universitaire des systèmes thermiques industriels - tous trois situés sur le technopôle de Château-Gombert - et le département de Génie biologique et microbiologie appliquée (Aix-Marseille I et II) de l'Ecole supérieure d'ingénieurs de Luminy.

   1996 voit aussi l'achèvement de la rénovation extérieure (prise entièrement en charge par l'Etat) des bâtiments de Saint-Charles. Dans l'attente de la réhabilitaion intérieure de ces constructions et des nouvelles réalisations inscrites, comme les précédentes, dans le plan Etat-Région, cet album est un clin d'oeil à l'histoire. Il montre ce qu'était, il y a trois-quart de siècle, une "nouvelle faculté des sciences" dont les moyens, de l'aveu de son doyen Paul RIVALS, étaient presque comparables à ceux de la Sorbonne. Cette faculté, qui avait été créée en 1854 et dont la première implantation se trouvait sur la Canebière, était déjà bien connue sur le plan scientifique grâce à ses relations avec le monde industriel et à ses travaux dans le domaine des mathématiques, de l'astronomie, des sciences physiques et naturelles. Ces travaux sont à l'origine de voies de recherche ou de techniques largement développées aujourd'hui.

                                                  V.-P. KAFTANDJIAN
                              Président de l'Université de Provence



Avant-propos


   Au cours des dernières années, plusieurs expositions ont été organisées au centre scientifique de Saint-Charles pour évoquer la création et les premiers chercheurs de l'ancienne faculté des sciences de Marseille. Les nombreux documents présentés ont suscité un intérêt qui nous encourage à les faire connaître, alors que la rénovation extérieure des bâtiments de cette faculté -aujourd'hui, Centre de Saint-Charles de l'Université de Provence- vient d'être achevée. Parmi ces documents, une série de soixante cartes postales constitue un reportage complet sur l'institution et les hommes, réalisée peu après l'installation de l'établissement sur le plateau de Saint-Charles. L'aimable et compréhensive coopération de Monsieur Jean-Claude BOUZE, spécialiste en collections, nous permet cette publication. Nous renouvelons à Monsieur BOUZE le témoignage de notre reconnaissance : il nous a autorisé à reproduire de nombreuses cartes de sa collection personnelle.

   Cette brochure montre ce qu'était une faculté des sciences "modernes", en France, au début des années 1920. Elle illustre la volonté de la deuxième ville de France de se doter d'un ensemble universitaire digne de ce rang et l'intention de la chambre de commerce de voir créer, à Marseille, une véritable université technique permettant, dans le domaine des sciences appliquées, des collaborations entre l'enseignement supérieur et les industries régionales.

   Le service des publications de l'université de Provence a accepté d'éditer cette brochure. A son directeur, notre collègue Jean SUBRENAT, à Valérie JULIA, qui a effectué la mise en page, à Christian HORY, qui a assuré la réalisation graphique et l'impression, ainsi qu'aux membres de la commission des publications nous adressons nos sincères remerciements.

   L'aide que nous a accordée Monsieur le président KAFTANDJIAN a rendu possible la préparation de cette brochure ; qu'il veuille bien recevoir le témoignage de notre reconnaissance. Nous exprimons notre vive gratitude à Monsieur William BARKATE, à Madame Myriam MOREL, à Mesdames Pierre TIAN, Juliette AMAR et Elise AUBERT, à Messieurs Maurice RIVALS, Georges CLAUZADE, Léon PERDRIX, Georges DOUMENS, Louis ROUBAUD, Max SIOUFFI et Jacques TACHOIRE, à nos collègues France CATZIGRAS, Raymond AMAR, Yvon GEORGELIN, Georges REYNAUD, Yves THOUVENY et Guy TRONCHETTI. Nous remercions sincèrement les membres du personnel de la bibliothèque du centre Saint-Charles qui nous ont toujours accueillis avec compétence et compréhension.

     Georges AILLAUD                      Geneviève DANOY
     Emile COLOMB                         Henri TACHOIRE



Une brève histoire
de
la faculté des sciences de Marseille


   Fondée par la loi du 10 Mai 1806, l'Université impériale - une et indivisible comme l'Empire - fut organisée en mars et septembre 1808 : il était prévu d'établir "cinq ordres de Facultés" ; des facultés de théologie, de droit, de médecine et, "auprès de chaque Lycée, chef-lieu d'une Académie", une faculté des sciences mathématiques et physiques et une faculté de lettres. A la chute de l'Empire, seules vingt-deux facultés des lettres et dix facultés des sciences avaient été crées (la loi en avait prévu vingt-sept de chaque type). De 1830 à 1846, de nouveaux établissements sont fondés, sans plan d'ensemble, au gré des influences. Marseille ayant (déjà !) protesté contre l'installation d'une faculté de théologie et d'une faculté de droit à Aix-en-Provence, on lui promit une faculté des lettres et une faculté des sciences... mais une ordonnance du 11 Juin 1846 institua une faculté des lettres à Aix.

   Le 22 août 1854, NAPOLEON III crée une faculté des sciences à Marseille. Installé dans une bâtiment situé en haut de la Canebière, à l'emplacement de l'actuel immeuble Léon Blum, cet établissement bénéficie aussitôt des libéralités de la municipalité marseillaise pour l'aménagement des locaux et l'équipement des laboratoires. Le bâtiment se révèle rapidement trop petit : dès avant 1900, le beau vestibule d'entrée est transformé en laboratoire de physique et de nombreux cours et conférences sont donnés dans les services de recherche.

   Au début des années 1880, la construction d'une nouvelle faculté des sciences est entreprise par la municipalité BROCHIER. Le 19 août 1883, sa première pierre est posée sur le plateau Longchamp, entre l'observatoire - inauguré par LE VERRIER en 1864 - et le palais construit par ESPERANDIEU en 1869 ; alors président du Conseil et ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Jules FERRY - qui appuyait ce projet - avait délégué le directeur de l'enseignement supérieur, Albert DUMONT. L'Etat et la ville de Marseille s'étaient très engagés financièrement ; mais l'enthousiasme du 19 août 1883 retomba bientôt. En décembre 1885, des problèmes financiers, des critiques venant de professeurs de la faculté - qui jugeaient l'emplacement retenu incompatible avec des extensions futures - font abandonner le projet de Longchamp par la municipalité ALLARD... au profit d'un projet bien plus ambitieux : l'installation d'une "université complète" sur les terrains de l'ancien cimetière Saint-Charles, fermé en 1876.

   Mais l'Etat n'était pas disposé à répondre favorablement au voeu de la ville (1886) de voir transférer à Marseille le chef-lieu de l'académie et les facultés de droit et des lettres ; Aix s'y opposait vigoureusement et Montpellier n'acceptait pas la création d'une faculté de médecine à Marseille ; par ailleurs, la municipalité BARET - élue en 1887 - devait réaliser un vaste programme de travaux publics : pendant dix ans les choses n'avancèrent pas.

   En 1894, la municipalité FLAISSIERES reprend le projet de construction sur les terrains de Saint-Charles : le concours pour l'établissement des plans et des devis d'une nouvelle faculté est ouvert de décembre 1895 à mars 1896. C'est un architecte parisien, Victor-Auguste BLAVETTE - lauréat du grand prix de Rome en 1879 - qui le remporte : BLAVETTE prévoyait de construire trois instituts - de mathématique et physique, de chime et de sciences naturelles - et un bâtiment destiné aux services généraux, bâtiment dont le coût représentait la moitié du devis total (5.500.000 francs). Une fois encore, la réalisation fut remise à plus tard : des questions financières, le refus de l'Etat de créer simultanément une université complète à Marseille et l'opposition de membres de la faculté - certains trouvaient le quartier de Saint-Charles trop central, d'autres trop excentrique et délaissé - amenèrent la ville à renoncer au projet monumental de BLAVETTE. L'examen des plans le fait regretter !

   Disciple de Charles HERMITTE - l'un des plus grands analystes du XIX siècle -, professeur de mécanique rationnelle depuis 1881, Léon CHARVE (1849-1937) est nommé doyen de la faculté des sciences de Marseille en 1899. Quand il renonce à sa charge, au cours de l'été 1910, les travaux de construction de la nouvelle faculté sont sur le point de commencer. Pour obtenir cela, CHARVE avait dû vaincre bien des obstacles. En 1904, l'achat des bâtiments d'un ancien monastère de carmélites - situé 72, rue Reinard (actuellement 92, rue Auguste Blanqui) - avait permis à la faculté des sciences d'attendre des jours meilleurs. Le différend opposant la ville à l'Etat n'avait été aplani qu'en décembre 1909. La ville avait accepté de prendre en charge la construction des trois instituts pour 2.800.000 francs, celle du somptueux bâtiment des services généraux étant différée. En avril 1910, le conseil de la faculté des sciences avait approuvé le nouveau projet ; ses membres avaient compris que c'était çà... ou rien pour longtemps ! Partisan d'une véritable pluridisciplinarité, manifestant une absence totale d'ambition personnelle, une volonté clairement affichée et un humour parfois peu apprécié des autorités administratives, Léon CHARVE avait joué un rôle décisif.

   C'est pendant le décanat de Léon PERDRIX (1859-1917), professeur de chimie - qui avait été préparateur au laboratoire de PASTEUR de 1885 à 1891 -, que s'élèvent les bâtiments de la nouvelle faculté. Les travaux débutèrent en mai 1911 ; un souci de fonctionnalité et d'esthétique guida l'architecte qui fit appel à un artiste-peintre marseillais, Théodore-Henri RIEBEL, pour décorer de fresques les façades des trois instituts. Utilisant la technique du sgraffite - répandue depuis longtemps en Italie -, RIEBEL rappela dans ses compositions la destination de chaque bâtiment.

   L'aménagement intérieur de la nouvelle faculté allait être entrepris quand la Première Guerre mondiale éclata : le maire de Marseille mit tout de suite ses locaux à la disposition de l'autorité militaire. Ils ne furent libérés, progressivement, qu'entre 1917 et 1919.

   Après la mort de Léon PERDRIX, c'est encore un chimiste qui, en février 1918 fut nommé doyen : ancien élève de l'Ecole normale supérieure - comme Léon CHARVE et Léon PERDRIX -, collaborateur de PASTEUR puis de Marcelin BERTHELOT, Paul RIVALS (1864-1939) était professeur de chimie industrielle depuis 1905. Il resta en fonction jusqu'à sa mise à la retraite, à la suite des décrets-lois d'économie de 1934. Dès 1905, souhaitant rapprocher les industriels et les chimistes, RIVALS avait créé un cours public sur les corps gras et ouvert largement son laboratoire ; en 1909, il avait fondé une école pratique de chimie. Après avoir obtenu la libération des bâtiments de Saint-Charles par les militaires, Paul RIVALS fit remettre en état et installer les trois instituts. A la fin de 1921, tous les services de recherche et d'enseignement de la faculté des sciences étaient regroupés à Saint-Charles, à l'exception de la bibliothèque qui, pendant vingt-cinq ans, fut maintenue dans le bâtiment des allées de Meilhan. La modeste école pratique de chimie de 1909 était devenue une école d'ingénieurs : cette école de chimie constituait la première section d'un vaste institut technique supérieur de la chambre de commerce rattaché à la faculté des sciences. Créé en juillet 1917, cet établissement fut dirigé par RIVALS pendant dix-sept ans. Au tournant du siècle, à la demande du docteur Edouard HECKEL, professeur de botanique, la chambre de commerce avait créé six chaires d'enseignement colonial. Cet enseignement, suivi par les élèves d'une section de l'école supérieure de commerce (fondée en octobre 1900) fut bientôt rattaché à l'institut technique de Saint-Charles.

   Dans l'année 1918-1919, de nombreuses personnalités françaises et étrangères visitèrent le nouvel ensemble scientifique marseillais : le doyen RIVALS était un partisan des universités "à l'américaine", disposant de vastes espaces, loin du centre des villes ; mais il reconnaissait qu'"aucune faculté des sciences françaises, sauf la Sorbonne, ne [disposait] de bâtiments aussi étendus ni mieux appropriés à leur destination".

   En 1922, Paul RIVALS et ses collègues organisèrent plusieurs manifestations pour mieux faire connaître leur établissement : une célébration solennelle du centenaire de la naissance de PASTEUR, le cinquante-cinquième congrès des sociétés savantes, un congrès de chimie industrielle. Du 2 au 8 juillet, ce dernier réunit plus de quatre cents participants, universitaires et industriels, venant d'Europe, d'Amérique et du Japon. Paul RIVALS était né à Toulouse mais, dans le discours de clôture - qui précéda une conférence de Paul SABATIER, prix Nobel de chimie -, il s'éleva - assurent les journaux de l'époque - "contre la légende qui fait aux Marseillais une réputation de fainéants" ; en présence du ministre Albert SARRAUT, RIVALS avait pris vigoureusement la défense de ses concitoyens : "[...] les Méridionaux, et plus particulièrement les Marseillais, sont de grands calomniés [...]. En réalité, on travaille beaucoup ici [...]. Lorsque [...] vous entendrez dire à l'Etranger et, plus encore, en France, spécialement à Paris, et plus particulièrement dans certains milieux de la Rive gauche, qu'on ne travaille guère à Marseille, vous pourrez répondre et vous répondrez : J'en viens, cela n'est pas vrai !" RIVALS fut sans doute convaincant : l'année suivante, un Laboratoire national des matières grasses était créé dans le cadre de l'institut technique de Saint-Charles.

   A la même époque - la faculté avait alors un peu plus de 500 étudiants -, un beau reportage photographique était réalisé sous la forme d'une série de plus de soixante cartes postales (Editions Arecole, Nantes) dont l'ordre a été respecté (cf extrait de cet album): il montre l'envergure des bâtiments, la qualité des équipements - services d'enseignement et de recherche, école de chimie, musée colonial - mais aussi, en situation, une partie du personnel et des étudiants du nouvel établissement.

                                          Henri TACHOIRE


© Université de Provence
Services des Publications

Dépôt légal - 4° Trimestre 1996
ISBN - N° 2-85399-392-2

Cette page ainsi que l'album de photographies sont extraits d'une brochure publiée à l'Université de Provence.
Vous pouvez la commander directement au : (prix indicatif 100 F jusqu'au 1er Mars 1997 + Port)

Service des Publications
Université de Provence
29, avenue Robert Schuman
13261 Aix-en-Provence Cedex 1