La poussière du
CPE commence à retomber. Comme après un séisme, le monde politique un peu hébété soigne ses blessés, compte ses morts, essaie d'évaluer l'ampleur des dommages collatéraux... Le
Chronologue a gardé un enregistrement de la secousse:
L'aiguille a failli casser. Jamais le Chronologue n'avait observé une telle explosion. La crise des banlieues, en comparaison, avait été un simple chahut. En superposant les deux courbes, on voit que le pic produit par le mot
banlieues au plus fort de la crise a atteint à peine un tiers de celui récemment produit par le mot
CPE.Le niveau d'
intensité telique (de
tela, la toile) de
CPE a atteint celui de
banlieues lors de la grande manifestation du 7 mars. On voit d'ailleurs que la première phase a été un peu poussive, lente à démarrer. Si l'on en juge par le petit creux de la fin février, le mouvement a même commencé à s'essouffler quelque peu. Cela a peut-être trompé les politiques, qui ont pu croire la fin du mouvement proche. Manque de chance, comme en sismologie, les mouvements tectoniques ne sont guère prévisibles: la deuxième secousse est arrivée, dévastatrice. Cette forme de courbe contraste avec le pic des banlieues: ça avait pété d'un coup après la triste affaire du transformateur, et le bord gauche du pic est abrupt.
D'autres expressions ont des
formes plus complexes, comme
grippe aviaire, pour laquelle on a connu plusieurs secousses successives, et surtout, les intensités peuvent être très différentes. Le pic de
Segolène Royal par exemple, qui nous paraît très médiatisée ces temps-ci, est à peine visible à l'échelle du CPE...
Il faut un bon coup de zoom pour l'apercevoir:
On distingue son voyage au Chili en janvier, son véritable "blitz" médiatique en Une des magazines et sur les plateaux télés fin mars... et un grand silence courageux pendant la crise du CPE.
On pourrait filer la métaphore et proposer une véritable
échelle de Richter (une échelle de Véronis?) des séismes linguistiques: de 0 à 9 selon le bruit sur la Toile, et les dégâts éventuels (en fait l'échelle de Richter est ouverte vers le haut, mais à mon avis il vaut mieux ne rien observer de supérieur à 9!). La première étape est de mesurer l'
amplitude du pic, sachant qu'il peut y avoir une présence constante et habituelle de l'expression sur le Web, qu'il faut retrancher. Par exemple, la présence habituelle de
Clémenceau est de l'ordre de 300, tandis que lors de l'affaire du minable aller-retour en Inde, le pic est monté à près de 2100. On pourrait faire plus compliqué, mais en gros, en prenant le maximum moins le minimum on obtient déjà une mesure utilisable (ici 2100 - 300 = 1800, à la louche).
Il faut ensuite
étalonner la chose pour se retrouver sur une échelle de 0 à 9. La description de l'échelle de Richter nous dit 9 et au-delà: "
exceptionnel, de l'ordre de deux fois par siècle" (voir
ici). Nous n'en étions quand même pas là avec le CPE. Je mettrais plutôt le CPE dans le genre de crise qui peut "
engendrer des dommages sérieux" dans des zones à l'échelle d'un pays, c'est à dire entre 8 et 9. Il faut garder de la marge. L'amplitude du pic du CPE est de l'ordre de 10500. Faisons un essai en attribuant le degré 9 à une fréquence de 20000. Quelques logarithmes (je n'entre pas dans les détails pour ne pas plomber l'audimat; les initiés comprendront...) et on trouve les correspondances suivantes:
| Magnitude | Amplitude Pic |
|---|
| 1 | 3 |
| 2 | 9 |
| 3 | 27 |
| 4 | 82 |
| 5 | 245 |
| 6 | 737 |
| 7 | 2214 |
| 8 | 6655 |
| 9 | 20000 |
Voici ce que ça donne pour quelques expressions choisies:
| Expression | Amplitude | Magnitude |
|---|
| cpe | 10469 | 8,4 |
| grippe aviaire | 5922 | 7,9 |
| banlieues | 3318 | 7,4 |
| suez | 3163 | 7,3 |
| dominique de villepin | 1998 | 6,9 |
| chikungunya | 1841 | 6,8 |
| clemenceau | 1812 | 6,8 |
| cne | 1060 | 6,3 |
| nicolas sarkozy | 996 | 6,3 |
| segolene royal | 545 | 5,7 |
| florence baverel-robert | 229 | 4,9 |
| alexandra rosenfeld | 112 | 4,3 |
| jean veronis | 70 | 3,9 |
| cecile duflot | 19 | 2,7 |
Ou sous forme graphique:
Pas trop mal, non? Le CPE (8,4) est évidemment en haut du classement... Villepin (6,9) et Sarkozy (6,3) peuvent "
être destructeurs dans des zones jusqu'à 180 kilomètres à la ronde dans les zones peuplées", Ségolène Royal (5,7) entre dans la catégorie des tremblements de mots qui peuvent "
causer des dommages majeurs à des édifices mal conçus". J'espère que le PS a des fondations solides... Je suis assez fier: je me paie quand même un petit 3,9 (qui correspond à mon
étude comparative des moteurs, citée un peu partout), et j'entre donc dans la catégorie des secousses "
souvent ressenties mais causant rarement des dommages". Sympa: ça m'embêterait de faire trop de casse quand même. Quant à la pauvre
Cécile Duflot, toute jeune candidate à l'investiture des Verts pour la présidentielle, elle fait partie des phénomènes "
généralement non ressentis mais détectés/enregistrés". Si j'ai bien compris, on
devrait savoir aujourd'hui si elle a quand même été un peu ressentie par les militants, ou pas du tout...
A prendre au
second degré sur l'échelle de l'humour, tout de même. On pourrait en faire quelque chose de sérieux, mais ça demanderait du vrai travail qui fatigue...