Technologies du langage

Jean Véronis

http://aixtal.blogspot.com/2005/09/google-7-bougies-et-un-gteau-rassis.html






Google ornait hier sa page d'un logo festif, un joli gâteau d'anniversaire avec sept bougies -- et supprimait la mention du nombre de pages indexées. Cette suppression a fait grand bruit (New York Times, ABC News, etc.), comme à chaque éternuement du dieu Godgle. J'en ai rendu compte hier, mais en farfouillant par désoeuvrement dans l'histoire et la mythologie du dieu, je suis tombé sur un détail amusant... Godgle n'est pas né officiellement le 27 septembre 1998, mais le 7. C'est expliqué dans différentes sources, y compris jusqu'ici dans le petit historique maison:



Mais attention, si vous cliquez sur le lien ci-dessus vous aurez peut-être une autre histoire, car la version anglaise a déjà changé:



La date du 7 septembre a disparu, et à la place on a une vague explication sur le fait que la date d'anniversaire a toujours été variable... Le dieu n'est pas infaillible, puisqu'il a oublié que l'ancienne version est toujours dans son propre cache:



Ça m'intriguait, cette histoire d'annonce qui ne venait pas. Je m'en suis déjà ouvert sur ce blog. Les experts avaient observé tout l'été une activité sans précédent de la part des robots de Google, qui aspiraient les sites avec frénésie, et de façon plus profonde que jamais. Et c'est précisément le 7 septembre que les nombres de résultats retournés pour chaque requête se sont littéralement envolés. Le site Trendmapper, que j'ai déjà mentionné, garde la trace de cette explosion planétaire. La courbe Google (en jaune) jaillit pile le 7 septembre sur toutes les requêtes:



Le feu d'artifice était donc programmé pour le 7 septembre, mais la page d'accueil est restée désespérement muette... Pas de gâteau, pas d'annonce, rien. C'est facile de comprendre pourquoi. Au beau milieu de tous ces préparatifs (c'est une grosse machine qui ne s'improvise pas comme ça du jour au lendemain, un triplement surprise de l'index!), un voisin qui n'était pas invité a gâché la fête: Yahoo a annoncé en catimini sur son blog (et contrairement à toute sa tradition), que son index atteignait 19.2 milliards de page. Pourquoi une annonce aussi discrète? Pourquoi ne pas attendre un chiffre rond, comme 20 milliards? Nous avons maintenant la réponse! Les gens de Yahoo avaient vu venir le père Google, et l'annonce était destinée à miner le terrain l'air de rien...

Et ça n'a pas loupé! L'affaire de la bataille des chiffres Google-Yahoo a fait le tour de la planète, et pas trop à l'avantage de Google, dont on s'est rendu compte qu'il indexait certes beaucoup de pages, mais aussi beaucoup de spams et de listes de mots sans grand intérêt [voir 1, 2, 3, 4]. Votre serviteur a quelque peu contribué à l'agitation -- j'en suis encore tout secoué de rire. Mais j'avoue que je n'avais pas anticipé le coup de l'anniversaire. Là, franchement ça devient délicieux: j'imagine la cellule de crise à Mountain View! Quelques jours après, Google s'apprêtait à lever rien moins que quatre milliards de dollars en bourse! Comment faire l'annonce-choc d'un triplement de l'index au milieu de tout ce brouhaha et de cette suspicion généralisée? Ça aurait sans doute eu l'effet inverse de l'effet escompté... Le PDG de Google, Eric Schmidt himself, a dû monter au créneau. Et voilà, la réponse a été trouvée, mais un peu tard: Taille d'index? Sans importance (alors que c'est Google qui a initié ce jeu de surenchère et a d'ailleurs été jusqu'en août le seul à y jouer)! De toutes façons on a la plus grosse. Puisqu'on vous le dit. Et il s'agit maintenant d'effacer les traces: l'anniversaire n'a jamais été le 7 septembre. Puisqu'on vous le dit.

Tant pis pour la transparence, tant pis pour les experts. Google aborde un tournant dans sa communication. Comme le fait remarquer Olivier Ertzscheid sur Affordance : Google se microsoftise. Le public étant maintenant quasi captif, il ne s'agit plus de caresser les nerds et autres geeks qui ont fait jusqu'ici la pub du moteur à sa place. Désormais on parle au grand public --et aux actionnaires. Fin d'une histoire d'amour...

Voilà, le feuilleton de l'été s'achève (en beauté, je dois dire)! On va pouvoir passer à autre chose. Tiens, je vais peut-être vous parler un peu de Microsoft ces jours-ci pour changer...


And if all others accepted the lie which the Party imposed
-- if all records told the same tale --
then the lie passed into history and became truth.
'Who controls the past,' ran the Party slogan, 'controls the future:
who controls the present controls the past.'
;-)

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