On a beaucoup parlé depuis deux jours de la sortie de la fonction "define" de Google pour le français. Google fait parfois de très belles choses (comme sa nouvelle
Toolbar,
Google Scholar,
Google Print, etc.), mais je trouve cette dernière fonction
hautement toxique. Je vous laisse juger :
Je vous laisse également apprécier des définitions comme celle de
pute ("
Injure lancée à une honnête travailleuse par des gens qui se vendent pour bien moins. 2. Femme échangeant des faveurs sexuelles contre de l’argent (voir ÉPOUSE)") ou
pédé ("
désigne quelqu'un avec qui on a un différend, avec qui on ne s'entend pas").
Personnellement ça ne m'amuse pas du tout.
Faute d'un bon dictionnaire, Google ramasse évidemment n'importe quoi, le meilleur et le pire. Parfois, lorsqu'il ne s'agit ni des femmes, ni des arabes, ni des juifs, ni des homosexuels (etc.), ça peut être drôle. Par exemple, certaines des définitions ramenées pour
pastis ("
Liquide indispensable à l'exercice de certaines activités sportives de haut niveau, la pétanque par exemple") ou
pétanque ("
Sport violent inventé par le cartel des producteurs de pastis"), sont tordantes.
Le problème, tout de même, c'est que nous ne sommes pas ici en train de parler de fonctions marrantes pour geeks éclairés, mais de fonctions à large spectre qui vont être utilisées par un public non averti, nos enfants par exemple, qui peinent déjà suffisamment sur les bancs de l'école sans qu'on leur propose le
jeu des définitions vraies/fausses dans les méandres duquel ils vont se perdre. Je pense également aux nombreux élèves et étudiants de français langue étrangère dans le monde, qui auront beaucoup, beaucoup de mal à s'y retrouver. Sauront-ils que le pape n'est pas un "
Représentant général en Assurances sur l'après-vie, vice-président et administrateur délégué du Ciel", qu'il faut lire ça au n-ième degré. Je reconnais qu'elle est bonne, mais eux maîtrisent à peine notre langue. Je vois déjà les bourdes en classe de français à Athènes ou à Hanoï.
Je suis un fervent défenseur de la liberté, et je pense que Google a le droit de proposer ça (et en échange j'ai le droit de donner mon appréciation). Mais Google a aussi le devoir d'assumer
ses responsabilités de portail quasi-exclusif de l'information mondiale, et d'annoncer clairement :
"Attention cette fonction est un simple jeu, les définitions proposées peuvent contenir des erreurs, des traits d'humour, voire des positions qui peuvent choquer certaines personnes ou certains groupes".
Cela m'étonne pour des américains, si prompts à se protéger contre les attaques possibles, de ne pas l'avoir fait -- tout particulièrement de la part de Google, si enclin à mettre du béta à toutes les sauces. Là, on est dans le (très) gros béta.
Pourtant, nous avons le plus beau dictionnaire au monde, et il est en ligne. Je ne suis pas de ceux qui clament à longueur de journée (sans doute pour s'en persuader) que nous avons les meilleurs *** du monde ( remplacez *** par trains, hôpitaux, écoles, lycées, universités, etc.). Malheureusement, ce n'est pas vrai, et on s'en aperçoit
jour après jour (il y a pire aussi). Pour ce qui est des dictionnaires, je pèse donc mes mots. Aucune langue, pas même l'anglais n'a l'équivalent du
Trésor de la Langue Française, réalisé par l'INALF au prix d'un effort d'une trentaine d'années, avec des méthodes très novatrices pour l'époque (à partir du début des années 60), et notamment l'utilisation d'une base de textes informatisés de 70 millions de mots (Frantext).
Ce Trésor, puisque c'est son nom, est en ligne, grâce à l'ATILF (qui continue maintenant le travail de l'INALF), consultable par tous gratuitement :
Cherchez-y
femme, ou n'importe quel autre mot, et vous aurez un exemple d'orfèvrerie appliquée à la lexicographie.
Mais pourquoi les entrées de ce dictionnaires ne sont-elles pas accessibles individuellement ??? Il nous faut passer par une interface qui ouvre une session, cliquer dans des formulaires... Pourquoi ne puis-je taper http://atilf.atilf.fr/femme, et avoir la définition à l'écran ? Nous pourrions tous mettre des liens dans nos pages pour illustrer les mots compliqués (alors que les gens vont se précipiter dès demain pour pointer vers "define" de Google !), nous pourrions réaliser une barre d'outil pour les navigateurs, etc.C'est une véritable supplique que j'adresse à mon ami le directeur de l'ATILF. Jean-Marie, il faut faire ça, ça coûtera trois euros six sous, et ça fera faire un bond gigantesque à la défense du français dans le monde.
[--
Mise à jour (mai 2008) : l'ATILF a fait un magnifique travail : le TLF est maintenant complètment accessible, avec d'autres superbes outils :
Merci Jean-Marie et bravo à toute l'équipe !
--]Et on ne parlera plus de define:Google. Mais je rêve sans doute. La réalité sera peut-être le cauchemar que décrit MissTICS : "
demain Google remplacera météo France, Mappy, le dictionnaire, la calculatrice, le Quid, votre disque dur, votre journal du matin, le petit déjeuner... [
lire]". Et nous verrons tous
le monde selon Google.
La femme est dans le feu, dans le fort, dans le faible, la femme est dans le fond des flots, dans la fuite des feuilles, dans la feinte solaire où comme un voyageur sans guide et sans cheval j'égare ma fatigue en une féerie sans fin. Pâle pays de neige et d'ombre, je ne sortirai plus de tes divins méandres. Ainsi retrouvant l'inflexion heureuse de ta hanche ou le détour ensorceleur de tes bras dans le plus divers des lieux où me ramènent toute l'inquiétude de l'existence et cet immense espoir qui s'est posé sur moi, je ne puis plus parler de rien que de toi-même; et ne t'y trompe pas quand je dissimulerai, tous mes mots sont pour toi, et sont ton apparence.
Aragon, Le Paysan de Paris
Voir aussi
23 avr -
Google: Femmes enceintes et sexe hard XXX (hélas)
13 oct -
Ca y est! le Trésor s'est ouvert!
Libellés : Google