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Le
bassin minier des Bouches-du-Rhône
(1809-2003)
par
Xavier Daumalin, Philippe Mioche et Olivier Raveux
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La mine de Gardanne a fermé ses portes en janvier
2003. Cet épisode difficile clos une histoire vieille de
plusieurs siècles pour des milliers de familles et de très
nombreuses localités. Les villages d’Auriol, de la Destrousse,
de la Bouilladisse, de Peypin, Cadolive, Saint-Savournin, la
Valentine, l’Auberge neuve, Belcodène, Gréasque, Fuveau,
Peynier, Trets ou Gardanne n’auraient pas la même physionomie
s’ils n’avaient pas vécu si pleinement l’activité minière.
Ces quelques pages consacrées à cette aventure industrielle ne
prétendent pas être exhaustives. Elles constituent simplement
un aperçu général et une invitation au travail de mémoire
envers une profession qui, sans avoir eu la même importance que
dans le Nord, l’Est ou le Centre de la France, n’en a pas
moins fortement marqué l’histoire économique et sociale de
notre département.
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| Le puits Hély d'Oissel
(© coll. particulière) |
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I.
Le temps des blocages (1809-1838)
Si les premières mentions de
l’exploitation du lignite dans les Bouches-du-Rhône
remontent au XVIe siècle, il faut attendre
le Premier Empire pour que l’on puisse véritablement
parler d’une extraction régulière et de quelque
importance. Sous l’impulsion des pouvoirs publics et
du développement de l’industrie chimique, des sociétés
d’actionnaires apparaissent et la production augmente.
Il faut toutefois en relativiser l’importance. La trop
grande division des producteurs et l’absence de méthodes
d’extraction modernes limitent la croissance du
secteur et ne permettent pas d’offrir un lignite de
bonne qualité à un prix suffisamment attractif. La
concurrence des houilles de la Loire, de la
Grande-Bretagne et l’étroitesse des marchés locaux,
ne poussent guère à la mise en place de structures
industrielles performantes. La médiocrité de l’offre
n’est alors que le reflet de l’indigence de la
demande.
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>
La remise en ordre du bassin minier
Au
sortir de la Révolution, le bassin minier de la
région marseillaise est dans un état
désastreux. Les propriétaires des terrains
exploitent leur sous-sol sans avoir de titres de
concession, en l’absence de toute surveillance
et avec peu de soin. La production est faible et
les méthodes d’extraction employées
hypothèquent l’avenir. Tel est le constat
dressé par le préfet des Bouches-du-Rhône et
l’ingénieur des mines de l’arrondissement
de Marseille lors d’une visite des puits en
germinal de l’an XIII. Dans un contexte
mêlant protection des intérêts de l’Etat,
politique d’indépendance nationale en
matière énergétique et sauvegarde du massif
forestier provençal, l’intervention des
pouvoirs publics devient nécessaire. |

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Le
24 floréal an XIII, un arrêté préfectoral est
publié pour remettre de l’ordre dans les titres
concédés. Cette mesure réveille plusieurs
entrepreneurs décidés à fonder des compagnies.
C’est le début d’une profonde réorganisation qui
durera jusqu’aux années 1830. Entre 1809 et 1838, 17
concessions sont attribuées par l’Etat, plusieurs
sociétés d’actionnaires sont créées et des
remembrements permettent - du moins en théorie - de
rationaliser l’exploitation du bassin minier. Le monde
des concessionnaires et des fermiers est composé pour
l’essentiel de propriétaires fonciers, de nobles et
d’industriels. Au sein de ce groupe, la personnalité
du Comte de Castellane émerge rapidement. Détenteur de
plusieurs concessions - la moitié de Gréasque &
Belcodène (1810), Gardanne (1818), la Grande concession
(1818) et Mimet (1834) - il devient le principal
producteur des Bouches-du-Rhône. De 1818 et 1838, ses
puits fournissent entre le tiers et la moitié de la
production totale de lignite. Ces changements
entraînent-ils une croissance de l’activité dans les
mines de la région ? Dans une certaine mesure. En
moyenne annuelle, la production tripe entre les années
1810-1814 et 1834-1838, passant de 16.000 à 48.200
tonnes. Effets des débuts d’un processus
d’industrialisation ? Pas vraiment, car les
chiffres de départ étaient très faibles. La
production est en outre très irrégulière car chaque
inondation importante des galeries entraîne une longue
suspension des travaux. Enfin, aucun gain notable de
productivité ne peut être observé. Au cours de la
même période, le nombre des ouvriers triple
également. On compte 195 mineurs en 1810, 431 en 1830
et 655 en 1838. La croissance des productions est avant
tout extensive. La situation est somme toute logique car
les mines de lignite des Bouches-du-Rhône utilisent des
méthodes d’extraction dépassées.
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| > Des méthodes d'extraction archaïques
Jusque dans les années 1830,
dans tout le bassin minier, l’exploitation des couches
de lignite se fait presque exclusivement au moyen de
descenderies - puits inclinés à 45° - qui
n’atteignent que les couches les plus proches de la
surface, livrant un lignite de qualité médiocre.
L’abattage du charbon s’effectue au pic et la remontée
de la production est réalisée par des enfants âgés
de 10 à 14 ans (les mendits)
au moyen de chariots traînés à la force des bras,
puis de couffins de 16 à 25 kilos portés sur le dos et
ramenés au jour par les escaliers de la descenderie.
Les conditions de travail sont pénibles. Malgré la création
d’un poste de garde-mine en 1820, la législation est
longtemps ignorée des concessionnaires ou de leurs
fermiers. L’évacuation des eaux, le remblaiement, le
boisage et l’aérage des galeries sont négligés pour
comprimer les coûts d’extraction, au plus grand détriment
de la sécurité et de la santé des ouvriers. |

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Tout au long de la
Restauration et de la monarchie de Juillet, les ingénieurs
du corps des Mines ne cessent de déplorer le peu
d’empressement des entreprises à adopter des méthodes
d’extraction plus rationnelles et une technologie plus
performante. Pour l’essentiel, il est question de
l’utilisation de puits verticaux et de machines à
vapeur pour l’aération des galeries, l’épuisement
des eaux et la remontée du charbon. Il est vrai qu’en
ce domaine les innovations ont été bien maigres. Sous
la Restauration, le Comte de Castellane fait foncer dans
la Grande concession un puits presque vertical de 110 mètres
- le puits Dubreuil - d’où le charbon est remonté à
la surface par un système de chariot et de treuil
actionné par des chevaux. De leurs côtés, les frères
Mallez et la société Armand & cie creusent des galeries d’écoulement des eaux pour
lutter contre l’ennoyage des puits d’Auriol et de
Gardanne. Il faut attendre 1830 pour voir apparaître la
première machine à vapeur. Cette tentative est l’œuvre
de Charles Bazin dans sa concession de Martigues.
L’initiative la plus sérieuse a lieu en 1836 avec
Jean-Etienne Michel. Fermier de la moitié de la
concession de Gréasque & Belcodène appartenant au
Marquis de Cabre, il entame le forage d’un puits
vertical de 130 mètres - le futur puits du Rocher bleu
- dans lequel il envisage de placer deux machines à
vapeur : une de 15 chevaux, destinées à
l’extraction ; une autre de 160 chevaux, pour
l’épuisement, commandée au grand spécialiste européen
en la matière, l’Anglais John Taylor. Cette
innovation majeure s’inscrit dans le contexte de
changement des conditions du marché à la fin des années
1830.
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> La faiblesse des
débouchés
Le lignite est abondamment utilisé par
l’industrie de la région marseillaise dès le
XVIIIe siècle. Durant cette période,
il finit par vaincre les préjugés dont il est
longtemps victime, remplace progressivement le
bois de pin et finit par s’imposer dans les
teintureries, les raffineries de sucre, les
verreries et les savonneries grâce à
l’action des pouvoirs publics et à son
meilleur rendement calorifique. Dès la fin de
l’Ancien Régime, le ton est ainsi donné :
le principal débouché du lignite provençal
est l’industrie locale. La tendance
s’accentue sous l’Empire et la Restauration
avec l’émergence et le développement de
l’industrie chimique. En 1819, les seules
usines de soude situées en dehors de Marseille
utilisent 30 % du charbon produit dans
l’ensemble du département. Si l’on ajoute
à cela la consommation des usines de soude
installées dans Marseille, on peut en déduire
que la croissance de l’extraction minière
est, à cette époque, en grande partie liée à
celle de l’industrie chimique
Ce
constat ne prête guère à l’optimisme.
L’industrie locale reste à l’écart du
premier mouvement d’industrialisation qui
secoue alors plusieurs régions françaises et
l’utilisation des machines à vapeur - grosses
consommatrices de charbon - reste marginale.
L’étroitesse du marché relève donc de
facteurs structurels. A ce premier inconvénient,
il faut en ajouter un autre : l’irrégularité
des débouchés. Quand les industries locales
connaissent une année difficile, c’est
l’ensemble de l’activité minière qui
s’en ressent et la production s’effondre.
L’exemple le plus significatif est sans nul
doute celui des crises qui, dans les dernières
années de la Restauration, affectent régulièrement
la savonnerie ou les fabriques de soude et
restreignent fortement les débouchés locaux.
Enfin, la concurrence de la houille de la Loire
- dotée d’un pouvoir calorifique deux à
trois fois supérieur - reste omniprésente.
Les
débuts de la monarchie de Juillet changent
radicalement la donne. Si l’émergence de la
navigation à vapeur à Marseille concerne peu
le bassin minier local - le lignite ne peut
rivaliser avec la houille en ce domaine -, il en
va tout autrement pour l’industrie. La région
marseillaise amorce alors son industrialisation
et le nombre des machines à vapeur fixes
augmente. Un marché important et appelé à croître
est en train d’émerger. Ce changement crucial
se double d’un autre, celui-là fortement désavantageux
pour le lignite provençal. Dans les années
1830, la concurrence ne concerne plus uniquement
la Loire. Celle du bassin du Gard se profile à
l’horizon avec la prochaine mise en place de
la ligne Alais-Beaucaire.
En
1838, d’une manière générale, c’est donc
l’indigence des productions, des effectifs
ouvriers et des débouchés qui domine dans le
bassin minier des Bouches-du-Rhône.
L’exploitation est trop fractionnée, les
structures de production trop archaïques et
l’incertitude des marchés freine les
initiatives entrepreneuriales. Il semble
pourtant que l’on soit à la veille d’une évolution
majeure. Alors que l’industrialisation de la région
marseillaise démarre, l’initiative lancée
par Jean-Etienne Michel dans la concession de Gréasque-Belcodène
engage l’activité minière sur une nouvelle
voie. Investir pour mettre en place une
extraction moins coûteuse et offrant du lignite
de meilleure qualité est le seul moyen pour espérer
accompagner et tirer pleinement profit des
opportunités offertes par la croissance
industrielle locale.
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II. L’industrialisation du bassin minier (1839-1939)
L’industrialisation des mines de
lignite des Bouches-du-Rhône prend corps dans les années
1840-1850. Elle est à la fois le fruit d’une
opportunité - la forte augmentation de la demande
en charbon des industries marseillaises en train de
convertir leur système de production à l’énergie
vapeur - et d’une nécessité : la concurrence de
plus en plus vive de la houille du bassin du Gard depuis
l’achèvement, en 1839, du chemin de fer
Alais-Beaucaire. Parmi les entreprises minières fondées
au cours de cette période, deux d’entre elles vont
alors symboliser cet essor industriel : la Compagnie
des mines du rocher bleu, Michel, Armand & Cie ;
la Société
houillère des Bouches-du-Rhône, Lhuillier
& Cie. A elle seules, ces deux compagnies
produiront 87 % des 44 millions de tonnes de lignite
extraites au cours des années 1839-1939.
>
Dieu, la monarchie et la technologie anglaise
Créée en 1839 avec un capital
social de 800.000 francs, l’entreprise Michel,
Armand & Cie - future Société
civile des mines de Valdonne (1892), puis Compagnie
des mines de Valdonne (1922) - exploite les
gisements situés dans les localités de Valdonne,
Peypin, Cadolive, la Valentine et Saint-Savournin. La
société Lhuillier
& Cie, ancêtre de la Société
anonyme de charbonnages des Bouches-du-Rhône (1871)
et de la Société
nouvelle de charbonnages des Bouches-du-Rhône
(1898), est constituée en 1855 avec un capital social
de 5 millions de francs pour reprendre les concession de
Mimet, Gardanne, Gréasque & Belcodène, de la
Grande concession et de Trets, le bail de cette dernière
concession étant ensuite rétrocédé à la Société
anonyme des mines de Trets (1872), puis à la Compagnie
des mines de la Grand’Combe (1877).
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| Les deux compagnies fondées au tournant des années
1840-1850 ont des traits communs. Ce sont tout d’abord
des sociétés qui associent d’anciens propriétaires
de concessions locales - le Comte de Castellane, la
famille de Gérin-Ricard - à de nouveaux partenaires
venus d’horizons géographiques très divers :
des Marseillais, des Parisiens, des Rouennais, des
Britanniques et des Belges. Ce sont ensuite des
compagnies autour desquelles gravitent à peu près le même
type de commanditaires : des membres de la noblesse
(les Comtes de Castellane, de Chasseloup Laubat, de
Chazelles, de Gramont d’Aster, le Duc de Galleria, le
Marquis de Grimaldi de Regusse), des industriels de la
soude (Jean-Etienne Michel ou Antoine Pierre d’Oissel
et Paul Hély d’Oissel, respectivement président et
administrateur de Saint-Gobain),
et des techniciens anglais capables d’assurer le développement
des méthodes d’exploitation les plus modernes : John
et Philip Taylor, William Buddicom, Joseph Locke, Thomas
Brassey, William Chaplin, Thomas et William Allcard, Frédéric
Murton. Ce sont enfin des entreprises où l’on
rencontre de nombreux dirigeants monarchistes et
catholiques. Amédée Armand, par exemple, un des
fondateurs marseillais du Fourneau économique géré
par les sœurs de Saint-Vincent de Paul - sa devise était :
«vivons dans la
justice, la piété et la sobriété en attendant la
gloire future» -, mais aussi les ingénieurs Hector
et Ernest Biver, très proches des thèses défendues
par Albert de Broglie et Augustin Cochin dans le Correspondant,
ou encore le banquier Ernest Rondel, un des chefs de
file des royalistes marseillais. Cette tonalité générale
jouera un rôle non négligeable dans la gestion de ces
sociétés.
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Le
Puits Hély d'Oissel ( ©
coll. particulière)
|
| > Mécaniser et rationaliser les méthodes de
production
La modernisation des méthodes de production passe
tout d’abord par la multiplication des puits
verticaux. Un seul puits avait été creusé entre 1809
et 1838, 35 sont foncés entre 1839 et 1939, dont plus
de la moitié au cours des années 1839-1866. Le plus
profond, le puits Boyer (Meyreuil), est creusé en 1928
par la Société
des charbonnages du Midi et approche les 670 mètres.
Les puits verticaux étant cependant assez onéreux à réaliser,
ils servent en priorité à la remontée des bennes de
charbon. En 1897, les mineurs de Fuveau font ainsi grève
pendant plusieurs jours pour obtenir, entre autres
revendications, que les plus vieux mineurs n’aient
plus à emprunter les 800 marches de la descenderie et
puissent être remontés à la surface par les puits «à
partir de 4 h. ½ ou 4 h. ¾, c’est-à-dire lorsque le
charbon produit par les ouvriers aura été remonté».
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| Le Puits Hély d'Oissel
- Salle
du treuil (© coll. particulière)
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| La modernisation des méthodes d’exploitation passe
aussi par l’introduction de puissantes machines
à vapeur. Celles-ci offrent plusieurs avantages :
extraction rapide du charbon, en plus grandes quantités
et à un moindre coût. Les machines à vapeur
permettent surtout de pomper les eaux souterraines qui
envahissent régulièrement les galeries et qui sont de
plus en plus abondantes au fur et à mesure que les
chantiers d’abattage s’enfoncent dans les
profondeurs de la terre pour atteindre les plus belles
couches de lignite. Jean-Etienne Michel et Amédée
Armand lancent le mouvement en installant au puits du
Rocher bleu une machine type Cornouailles de 160 chevaux
fabriquée dans l’usine galloise de John Taylor.
D’un prix d’environ 200.000 francs, cette machine
entre en fonctionnement en 1841 et permet un doublement
de la production dès 1845. |
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L’initiative la plus
spectaculaire intervient en 1858-1860 lorsque Charles
Lhuillier installe au puits Léonie une machine d’épuisement
de 250 chevaux commandée au constructeur anglais Robert
Daglish. Le seul cylindre de cette pompe pesait à lui
seul 25 tonnes et pas moins de 40 chevaux seront nécessaires
pour l’acheminer depuis le port de Marseille
jusqu’au carreau de la mine. En 1860, 26 machines à
vapeur fonctionnent ainsi dans l’ensemble du bassin
minier pour une puissance globale de 1090 chevaux.
La véritable solution aux
ennoyages récurrents des chantiers n’intervient
cependant qu’en 1905, lorsque la Société
nouvelle de charbonnages des Bouches du Rhône achève
le percement de ce qui restera dans les mémoires comme
la grande œuvre minière de ce siècle : la
galerie de la mer. Construite pendant 15 ans, d’un coût
de 8.385.000 francs, cette galerie souterraine
d’environ 15 kilomètres relie les mines de Gardanne
et Valdonne à la Madrague et rejette à la mer, par
simple gravitation, les eaux pompées dans les puits du
bassin minier. |
Machine
d'épuisement du puits Léonie
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La production ayant désormais une
organisation industrielle, la gestion de la main d’œuvre
se devait aussi d’évoluer. Les compagnies du temps
industriel ont besoin d’ouvriers plus nombreux - elles
en emploieront plus de 4.500 en 1930 -, travaillant à
temps plein et stables. Si cela ne pose pas de difficultés
particulières à une entreprise comme Michel, Armand & Cie dont les mines sont situées à faible
distance des villages de Peypin, la Valentine,
Saint-Savournin et Cadolive, il n’en va pas de même
pour la société Lhuillier
& Cie qui possèdent plusieurs puits dans des
zones isolées. Pour attirer et fixer la main-d’œuvre
provençale ou piémontaise, en attendant l’arrivée
des ouvriers polonais, tchèques, arméniens, espagnols
ou maghrébins, il faut donc construire des logements. Dès
1864-1865, des maisons d’ingénieurs et d’employés,
ainsi qu’une caserne d’ouvriers, sont bâties à
proximité du puits Béthune pour faciliter son
exploitation. Dans le même temps, à Gréasque, des
lots de terrains commencent à être loués à bas prix
aux mineurs qui souhaitent construire leur propre
maison. Ces constructions prendront de plus en plus
d’ampleur au cours du siècle et donneront naissance
à de nombreuses cités minières comme celles de Biver
et des Moulières, non loin de Gardanne.
Mais construire des logements ne
suffit pas. Il faut aussi nourrir, soigner et éduquer
cette population ouvrière rassemblée autour des puits.
Les compagnies vont ainsi créer des cantines, des
magasins de vente, des bains, des lavoirs publics, des
dispensaires, des caisses de secours et de retraite,
ainsi que des écoles primaires où l’enseignement est
souvent assuré par des congréganistes. Cette politique
paternaliste se traduit aussi par une gestion beaucoup
plus productiviste des horaires, des salaires et de la
discipline dans les chantiers, ou par de fortes
pressions politiques sur les mineurs lors des élections,
notamment dans les premières années de la IIIème
République. Cela suscite de vifs conflits et favorise,
en réaction, la diffusion des thèses de l’A.I.T. et
de la IIIème internationale. A la suite des
dures grèves de 1867, près de 400 mineurs adhèrent
ainsi à l’A.I.T. Les mots d’ordre nationaux tendent
aussi à prendre le pas sur les revendications locales.
En 1902, les mineurs se lancent dans une grève de
plusieurs semaines pour obtenir l’application des
revendications du Comité national des mineurs de France :
journée de 8 heures ; retraite à 2 francs par
jour à 50 ans, et après 30 ans de service ;
salaire minimum variant de 3,50 à 6 francs suivant les
catégories d’ouvriers. S’il est une activité
industrielle du XIXème siècle où les rapports sociaux
semblent avoir été vécus dans un climat proche du
concept de «lutte des classes», c’est certainement
dans les mines.
> Les marchés
Quels sont alors les débouchés du lignite ? D’une
certaine manière, ils sont limités par ses caractéristiques
naturelles. Son pouvoir calorifique inférieur à celui
de la houille et sa forte teneur en soufre lui valent en
effet d’être peu utilisé par la navigation à vapeur
et d’être presque exclusivement réservé à
l’industrie locale. Au cours de la première révolution
industrielle, les savonneries, les huileries, les
raffineries de sucre, les tuileries et les raffineries
de soude sont ainsi les principaux débouchés du
lignite des Bouches-du-Rhône. La tendance se renforce
pendant la seconde industrialisation avec l’apparition
des usines d’alumine, des centrales thermiques et
l’essor des cimenteries. En 1924, les usines
d’alumine de Gardanne, la Barasse et Saint-Louis-
les-Aygalades absorbent ainsi 29 % des ventes de la Société
nouvelle de charbonnages des Bouches-du-Rhône, la Compagnie
d’électricité de Marseille près de 14 %, les Raffineries de sucre de la Méditerranée et les Raffineries de sucre Saint-Louis 11.5 %. A la même époque, la Compagnie
des mines de Valdonne vend une part importante de sa
production aux usines Lafarge
implantées à proximité de ses puits. Le débouché
local étant cependant limité, et de plus en plus
disputé par la houille des bassins français ou
anglais, les compagnies évitent généralement de se
concurrencer trop vivement et préfèrent s’en tenir
à un système d’ententes tacites.
Des efforts sont malgré tout réalisés pour essayer
d’élargir les débouchés du lignite : en 1853,
Amédée Armand fonde la Société
charbonnière du Midi afin d’exporter sa
production dans l’ensemble du bassin méditerranéen ;
au début des années 1860, la société Lhuillier
& Cie commence à envoyer des mandataires en
Italie et en Egypte pour tenter de décrocher des
contrats de vente ; en 1867, une société
d’exportation commune aux compagnies minières du Gard
et des Bouches-du-Rhône est créée et réussit à établir
pendant quelques temps des entrepôts de lignite en
Turquie et en Egypte. Dans la même logique, des expériences
sont faites pour essayer d’atteindre le marché des
compagnies de navigation avec la production de
briquettes de charbon bon marché, composées d’un mélange
de houille et de lignite : en 1846, Amédée Armand
ouvre ainsi une usine à Pont-de-Vivaux, près de
Marseille ; en 1865, Charles Lhuilier installe un
établissement similaire au puits Castellane ;
enfin, en 1877, la Compagnie des mines de la Grand’Combe, la Compagnie des minerais de fer magnétique de Mokta-el-Hadid, la Compagnie
houillères de Bessèges, la Société
de charbonnages des Bouches-du-Rhône et
l’entreprise Michel,
Armand & Cie, s’associent pour fonder la
Société des charbons agglomérés du Sud-Est et
construire à Port-de-Bouc une usine capable de produire
300.000 tonnes de briquettes agglomérées par an. En réalité,
ces ventes sont peu importantes et, comme dans les années
d’avant l’industrialisation, le destin du lignite
des Bouches-du-Rhône reste indissolublement lié à
celui des industries locales.
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III. Succès et amertume du bassin provençal (1939-2003)
L’histoire récente du bassin minier de Gardanne est différente
de celles des autres mines en France et en Europe. Les difficultés
pour trouver des débouchés sont plus précoces qu’ailleurs.
La mine se tourne vers la production d’électricité. Mais
cela ne suffit pas et le bassin connaît une diminution prématurée
des effectifs. La crise pétrolière de 1974 provoque un rétablissement
inattendu de la compétitivité du bassin ; le charbon de
Gardanne devient moins cher que le fuel ! Avec l’énergie
qui leur a permis d’atteindre des records de productivité en
Europe, les mineurs, des ingénieurs aux apprentis se prennent
à espérer. Mais la flambée des prix pétroliers n’a pas duré.
Le bassin de Gardanne a pu croire, il y a si peu de temps, que
ses lendemains étaient assurés mais il a dû - comme les
autres bassins français - subir sa fermeture.
> De la Seconde Guerre mondiale aux années soixante :
les faux-semblants d'un destin partagé
En 1940, quand la France est assaillie de
tant de malheurs, la production du bassin de Provence, avec plus
d’un million de tonnes, dépasse déjà le record de 1929.
Elle ne diminue de façon significative qu’en 1944, pour
reprendre dès 1945. Le bassin de Provence est vital pour la
France de Vichy. De plus, le bassin embauche massivement,
d’abord pour maintenir la production, ensuite et parfois pour
éviter le S.T.O. aux jeunes recrutés. L’effectif frise les
5.000 personnes en 1943 et les dépasse en 1945. La Résistance
se manifeste par des sabotages et débouche sur des actions
massives. Malgré la présence de l’occupant, 2.000 mineurs
sont en grève en mai 1944.
Ces temps forts du mouvement social se
prolongent par la nationalisation qui intervient en mai 1946 et
donne naissance aux Houillères
du bassin de Provence avec la réunion des sociétés privées
préexistantes : la Compagnie des mines de la Grand’Combe, la Compagnie des mines de Valdonne, la Société des charbonnages du Midi et la Société nouvelle de charbonnage des Bouches-du-Rhône. La
nationalisation favorise la «bataille de la production».Les
mineurs sont invités à «produire toujours plus». Ils sont
confortés par le statut et le régime spécial de sécurité
sociale minière adoptés en 1946. Leur situation est très en
avance sur tous les autres métiers. La qualité de vie hors du
travail n’est pas négligeable car les H.B.P.
ont fait un important effort immobilier dans l’après-guerre.
Elles ont construit plus de 1.000 logements. L’ensemble de ces
mesures fait que les mineurs développent un sentiment
d’appartenance à l’entreprise, le syndicalisme y est
respecté, les individus se sentent reconnus. Cela vaut à la
C.G.T. et au Parti communiste une forte notoriété dans le
bassin. Ceci étant, la situation optimiste de l’immédiat après-guerre
est de courte durée. Peu après la rupture de la coalition
gouvernementale en 1947, l’Etat procède à une reprise en
main des charbonnages qui provoque de violents affrontements
dans le Nord de la France de 1947 à 1949. Ils sont beaucoup
moins vifs dans le bassin de Provence.
La direction locale peut entreprendre une
politique de baisse des effectifs, entamée dès 1946, car les
salariés embauchés pendant la guerre sont en surnombre par
rapport aux besoins. Les prisonniers de guerre allemands
rentrent chez eux et les étrangers sont remerciés. Dès 1952,
les premières mutations vers d’autres bassins sont proposées.
Au total, entre 1948 et 1961, l’effectif au fond est réduit
de 75 % ce qui est un record en France. Cette réduction est
d’autant plus nécessaire que les débouchés demeurent
incertains au cours des années 1950. L’alumine et les
cimenteries absorbent entre un quart et un tiers de la
production mais les huileries et savonneries, qui représentent
encore 15 % des ventes en 1951, connaissent un long déclin. Le
paradoxe de cette baisse précoce des effectifs est qu’elle va
renforcer durablement la productivité du bassin de Provence car
elle est couplée avec d’ambitieux investissements. Le secteur
charbonnier est l’une des priorités du Plan Monnet, ce qui
permet au bassin de Provence de bénéficier de l’aide
Marshall dès 1949. L’organisation de l’extraction est
remodelée. Le puits Gérard, foncé entre 1942 et 1945, entre
en service en 1949. La concentration de l’extraction est en
marche. Un changement majeur intervient pour les débouchés
avec la construction de la centrale thermique. Avec la mise en
service du premier groupe en novembre 1953, puis celles du deuxième
groupe (1957) et du troisième (1958), la production d’électricité
devient le principal débouché en consommant plus de 30 % de la
production en 1959.
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Visite
d'inspection de la galerie de la mer conduite par Claude
Daumalin
( © coll. particulière)
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| A la fin des années cinquante, les H.B.P. sont engagées plus tôt que partout ailleurs dans une
politique de diminution des effectifs et les importants
investissement réalisés ouvrent la voie vers des
niveaux de productivité inégalés en France. Le bassin
va-t-il entrer triomphalement dans l’apogée de la
croissance française en 1960 ? C’est sans
compter avec l’essor considérable des produits pétroliers
encouragé par les politiques publiques. Le prix de
revient du charbon est presque toujours supérieur au
prix de vente du fuel ce qui provoque un déficit
comptable. En fait, la décennie soixante est bien
difficile pour le bassin.
> La reconversion en
marche
L’apogée historique de
la production nationale est atteint en 1958. Partout en
France, la récession de l’activité est d’actualité
et la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier
(C.E.C.A.) est impuissante à l’enrayer. Les plans de
réduction se succèdent et provoquent la colère des
mineurs du Nord. En Provence, le mouvement est important
mais bref et l’accent est mis sur les revendications
salariales. Celles-ci sont obtenues, mais sur le fond de
l’avenir du charbon, la politique du gouvernement
reste intransigeante. Le chômage technique réapparaît
dès 1960. En 1961, on propose la retraite anticipée
après 20 ans de service. Mais l’entreprise fait aussi
beaucoup plus. Elle offre des incitations à la
reconversion professionnelle et anticipe en achetant les
terrains qui donnent naissance, en 1961, à la zone
industrielle du Rousset, la première du département.
C’est le début d’une nouvelle aventure industrielle
qui changera le destin de la région avec l’essor de
la micro-électronique.
Dans ce contexte de déficit chronique et de récession
générale, les Houillères
du bassin de Provence poursuivent une politique
opiniâtre d’investissements neufs. En 1960, on procède
à un nouvel réaménagement de l’extraction :
c’est le «Grand ensemble Meyreuil-Gréasque». Le
puits Coureau de Meyreuil est le puits de concentration
de l’exploitation, le puits Boyer, modernisé, devient
le puits de service pour le personnel et le retour
d’air. Ces mesures sont notamment destinées à
concentrer la production pour la centrale électrique.
En 1970, toute l’extraction passe par Meyreuil pendant
que le puits Gérard n’est plus utilisé que pour le
matériel, les personnels et l’air. Bénéficiant
notamment de l’aide financière de la C.E.C.A., les Houillères
de Provence, devenues Houillères
du bassin du Centre et du Midi (H.B.C.M.)
en 1968, sont presque entièrement mécanisées en 1971.
Ce succès de l’intelligence des hommes ne les préserve
cependant pas des drames de la mine. C’est ainsi que
le coup de toit de février 1969 tue six mineurs.
Les investissements permettent d’obtenir un premier
record de productivité nationale en 1952. La Provence
est à nouveau lauréate en 1963, 1971 et 1974. Cette
année-là, avec 8.335 kilos par mineur de fond, la mine
provençale est championne d’Europe. Ces résultats
sont liés avec les nouveaux développements de la
centrale électrique. En 1964, le milliard de kWh a été
dépassé, on décide la construction d’un quatrième
groupe mis en service en 1967. En 1970, la production
d’électricité absorbe 70 % de celle du charbon. La
Provence se retrouve à nouveau dans une situation assez
exceptionnelle : certes le charbon semble condamné
en France, mais ici, les rendements sont exceptionnels
et les marchés paraissent assurés par la centrale.
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| > Du coup de théâtre énergétique à la
fermeture de la mine
La
situation économique et financière des houillères est
transformée par le choc pétrolier et la forte hausse
du fuel. Pour la première fois depuis les années
cinquante, il est plus rentable d’utiliser du charbon
national que du pétrole importé. La construction du «Grand
ensemble de Provence» est décidée en 1980 et confirmée
les années suivantes par «la grande relance charbonnière».
Gardanne connaît un nouvel élan d’investissements
dont le symbole est le nouveau puits Yvon Morandat (nom
d’un directeur des H.B.C.M.
devenu président des Charbonnages
de France), un puits de 1.109 mètres de |

Puits Yvon Morandat -
Chevalement
(© MIP Provence)
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| profondeur qui entre en service en 1987. Le puits Z
(880 mètres), foncé au même moment, est réservé à
l’extraction et à l’aérage. Ces dispositions se
combinent avec une amplification de la mécanisation de
l’extraction et la mise en place d’un système
informatique de surveillance des opérations. |
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| Puits
Yvon Morandat - Salle de contrôle (©
MIP Provence) |
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| Puits
Yvon Morandat - Treuil ( ©
MIP Provence) |
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| Puits
Yvon Morandat - Salle de commande du treuil ( ©
MIP Provence) |
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| Puits
Yvon Morandat - Cage d'accès ( ©
MIP Provence) |
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| Puits
Yvon Morandat - Vue du chevalement ( ©
MIP Provence) |
Les sondages réalisés
en à la fin des années 1970 évaluent l’espérance de vie du
bassin à 30 ans. A la centrale, un nouveau groupe de 600 MW est
inauguré en 1984. Simultanément, les trois premiers groupes
devenus obsolètes sont arrêtés. La centrale représente alors
un équipement de 850 MW et absorbe 90 % des débouchés du
charbon en 1986. L’embellie des prix relatifs du charbon est
cependant de courte durée et, dès 1986, le contre-choc pétrolier
rétabli l’avantage en faveur du fuel. Cette situation perdure
jusqu’en 2003 alors que le contrôle des approvisionnements
par les grandes puissances consommatrices est conforté.
L’Europe prend acte de la situation et développe le concept
de «zone industrielle en déclin» bénéficiaire de
l’objectif 2 dans l’Acte unique de 1987. Elle prend ainsi le
relais des politiques précoces d’aménagement initiées par
les H.B.C.M. et l’Etat
français. A la fin du siècle, le déficit des Charbonnages
s’amplifie de façon insupportable pour les finances
publiques. La perspective de la fermeture se précise à la fin
des années 1980. L’année 1988 est marquée par une
importante mobilisation des mineurs et, en 1994, est signé le
pacte charbonnier. Outre le principe des fermetures, la
principale disposition du pacte est le congé charbonnier de fin
de carrière (CCFC). Alors que le statut du mineur de 1946 prévoyait
la retraite à 55 ans après une carrière complète au fond, le
CCFC permet à un salarié de 45 ans, et 25 ans d’ancienneté,
de partir avec 80 % de son salaire. En Provence, la productivité
demeure élevée jusqu’en 1995, mais elle baisse ensuite. La
diminution des effectifs met en cause la productivité puis la sécurité
de la production. C’est ainsi que la mine sera fermée en
2003, deux ans plus tôt que prévu.
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Centrale
thermique de Gardanne ( ©
MIP Provence) |
L’histoire de la mine de Provence est différente
de celles des autres mines. Les hommes d’ici ont eu des
raisons particulières de croire à l’avenir de leur
exploitation et ils y ont mis tant d’énergies pour remodeler
les puits, battre des records de productivité qu’on peut et
on doit comprendre l’amertume qui s’est abattue sur le site
quand la fermeture s’est révélée inéluctable, puis accélérée.
La fermeture précoce est le résultat de la stabilisation des
prix pétroliers et de la volonté politique d’en finir avec
le déficit des Charbonnages alourdi par la charge du
financement du système de retraite particulier. Quoi qu’il en
soit, la fermeture est faite et trois chantiers s’ouvrent désormais
à l’action des hommes et aux débats politiques. Le premier
chantier est celui de la reconversion économique du bassin. Il
est entrepris depuis longtemps avec un succès indéniable.
Certains commentateurs ont suggéré que la fermeture du bassin
minier de Provence est moins douloureuse que celles des bassins
miniers du Nord et de l’Est. Ce n’est pas faux, encore
faut-il s’interroger sur le destin social de ces retraités
dans la force de l’âge qui doivent penser un devenir hors du
travail. Le second chantier est celui de la gestion
environnementale des sites. Si la question des terrils semble
facile à régler par le «verdissement», celle des tassements
de terrain mérite une attention soutenue, même si la qualité
des roches du sous-sol permet d’être relativement confiant.
Le dernier chantier est celui de la mémoire. Le bassin minier
de Provence est emblématique de l’histoire de
l’industrialisation provençale. La mine et les mineurs sont
des composantes fortes de l’identité régionale, bien au-delà
du territoire du bassin lui-même. Penser la préservation et la
valorisation de la mémoire, de l’histoire et du patrimoine
minier en Provence est un enjeu de société pour préparer
l’avenir.
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| Source : Arch. HBCM,
Unité d’exploitation de Gardanne. |
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