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La
fluorine et la barytine du Var
par
Jean Feraud
Service
Ressources minérales, BRGM (Orléans) et
Policy Sector Minerals, EuroGeoSurveys (Bruxelles)
La
fluorine et la barytine sont des minéraux très recherchés par
les collectionneurs dans le monde entier, car ils constituent
des pièces très esthétiques. La fluorine lorsqu’elle se développe
librement avec ses formes cristallines dans des géodes se présente
en général en cubes et elle est souvent translucide verte,
violette ou jaune, parfois disposée en rubans parallèles de
ces diverses couleurs, et plus fréquemment incolore, blanche ou
grise. La barytine plus dense est blanche ; dans les géodes
elle se présente en général en éventails de grandes lamelles
serrées (barytine « crêtée ») et plus rarement en
prismes aplatis miel ou blanc bleuté. Dans le monde, toutes
deux forment fréquemment avec le quartz la gangue de filons et
de gisements stratiformes exploités spécifiquement pour plomb,
zinc, cuivre mais les filons de quelques districts comme celui
du Var sont suffisamment riches en fluorine ou barytine massives
pour être exploités spécifiquement pour ces substances.
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| Carte des sites varois
(© BRGM) |
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Leur intérêt industriel élevé et le rôle important du Var
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Leur
intérêt industriel n’a été découvert pour
l’essentiel qu’au début du XXe siècle.
La
fluorine, fluorure naturel de calcium de formule
chimique CaF2 est un minerai au sens strict du terme
puisque c'est la source principale de fluor. Ceci
explique en partie qu'elle soit classée par le Code
Minier en France parmi les substances concessibles alors
que la barytine relève de la réglementation des carrières
(Installations Classées pour la protection de
l'environnement). Elle a une importance mondiale parmi
les minéraux industriels utilisés dans l'industrie métallurgique
et dans l'industrie chimique. La fluorine (désignée fréquemment
par les industriels sous le nom de spathfluor) a trois
grands groupes d'utilisation, chacun demandant des spécifications
techniques particulières :
-produit
de base de la chimie des dérivés minéraux et
organiques du fluor, et de la fabrication de l'aluminium
(qualité "spath acide" à plus de 97 %
de CaF2) ;
-fondant
dans la métallurgie (qualité "spath métallurgique",
à plus de 60 % de CaF2 ;
à ce titre elle était utilisée depuis au moins 1550
en sidérurgie) ;
-dans
l'industrie du verre et des céramiques, fondant en
cimenterie, et dans d'autres applications
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| Cristal de fluorine
(© BRGM) |
Les deux premiers groupes
d'utilisation sont les plus importants et représentent
plus de 90 % de la consommation. La France a montré
une vocation très forte pour cette substance, que ce
soit à travers sa production considérable passée (11
Mt de CaF2 contenu produites depuis 1861), sa production
actuelle (qui malgré les difficultés du marché se
tient encore à un rang mondial de l'ordre de 100 kt/an)
et son potentiel encore notable (10 Mt).
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La
barytine, sulfate naturel de baryum de formule
BaSO4, est appelée souvent par les industriels
baryte ou barite ; elle a connu un développement
industriel accéléré
dans les années 50 avec le développement de
l’exploration pétrolière outremer, car elle
est utilisée principalement comme boue de
forage. Les autres utilisations sont
l’industrie chimique sous forme de composés
divers, et les charges minérales dans les
papiers et les peintures, encres, moquettes de
voiture, verrerie, etc. |

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Barytine
(© BRGM) |
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Ce
n’est donc qu’à partir des années 1920 que, pour ce qui
est du Var, les gisements de fluorine-barytine du socle des
Maures-Estérel-Tanneron ont été exploités. Au plan
statistique, ils ont fourni une part très importante de la
production nationale française, contribuant (pour la fluorine)
à hauteur d’environ 2 Mt sur les 11 Mt produites par les différents
districts du pays depuis un siècle, et (pour la barytine)
d’environ 1 Mt sur les 7 Mt produites par le pays sur la même
période. Toutes ces mines dont certaines ont connu des heures
de gloire ont été progressivement arrêtées dans les années
1980.
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Les
guides tectoniques majeurs des filons du Var sont à la
fois Nord-Sud (bordures des bassins houillers stéphaniens
de Plan de la Tour dans les Maures et du Reyran dans le
Tanneron) et EW (failles du rift à remplissage volcanosédimentaire
permien de l'Estérel). On constate, par ailleurs, une
zonalité géographique avec des filons fluorés au NE
et baryto-fluorés (avec parfois Pb-Zn) au SW, zone où
le district fluoré de Cogolin annonce le gros filon de
zinc des Bormettes (La-Londe-les Maures). Plus de 30
filons notables sont connus, dont une vingtaine ont eu
une production, mais l'importance économique de ces gîtes
est très variable et chaque substance est dominée par
une mine : Fontsante pour la fluorine, et Les Porres
pour la barytine. Au plan minéralogique, la fluorine et
la barytine du Var sont principalement accompagnées de
quartz, calcite, galène, blende, pyrite, marcasite,
bournonite. |
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Filon de fluorine
(© BRGM) |
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La
fluorine a été exploitée essentiellement au NE
dans le massif de l’Estérel de 1920 à 1987 et
notamment dans le gros gisement de Fontsante qui a
produit plus de 2/3 de la fluorine de PACA et a été le
dernier exploité. Cette production est étroitement liée
à l’utilisation de la fluorine dans la métallurgie
de l’aluminium (cryolithe) et a d’ailleurs été
assurée depuis 1942 par Péchiney et ses
filiales.
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Le gisement de Fontsante
situé à mi-chemin entre Fréjus et Cannes sur la commune
des Adrêts se compose d’une vingtaine de filons E-W
parallèles qui se répartissent sur un secteur de 2 500 m
(NS) par 800 m (EW) et sont connus jusqu’à 150 à
260 m de profondeur. Le remplissage filonien est
constitué essentiellement par de la fluorine rubanée,
parfois bréchique, avec quartz accessoire et quelques
rares sulfures. Ce
gisement, situé sur la commune de Tanneron, est connu
depuis le début du siècle mais a été activement
exploité de 1925 à 1933 puis surtout à partir de 1942
par la SECME, Société d’Entreprises, Carrières et
Mines de l’Estérel, filiale de Péchiney. Jusque dans
les années 60, la production y consistait en spath de
qualité métallurgique mais à partir des années 70, la
construction d’une usine de flottation sur place (motivée
par l’épuisement du district Péchiney du Barlet dans
la Haute-Loire) |
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(© BRGM) |
| a permis d’orienter toute la production sur celle de
spath de qualité chimique.
La mine a fermé en 1987. Elle a fourni 1 750 000
t de minerai à 42 % CaF2 (1971-1987) concentrés sur
place et 270 000 t de spath métallurgique
(1925-1978) soit au total environ 1 Mt de fluorine. Une
particularité était la présence de sellaïte MgF2 dans
certains filons où elle remplissait toute la caisse (1 m
de puissance). |
Le
gisement de Garrot est situé sur la commune de Bagnols, à
proximité du bassin houiller du Reyran. Il a été le berceau de
la création d’une importante compagnie minière française pour
la fluorine et la barytine, la Société des Mines de Garrot fondée
ici et dans les Vosges par Pierre-Jean Herbinger. Le gisement se
compose de 11 filons constituant un champ de 3 000 x 1 000 m.
Les travaux y ont une première fois été arrêtés en 1957, date
à laquelle il fut noyé par la mise en eau du barrage de
Malpasset mais l’exploitation fut reprise par la société des
Mines de Garrot après la destruction du barrage en décembre 1959
et jusqu’en 1975. Entre 1925 et 1975, il a produit 100 kt de
fluorine. Les
autres gisements notables de ce secteur sont Maurevieille (le seul
filon dans le département des Alpes-Maritimes : 60 kt de
1956-1978 par la Société des exploitations René-Jean Antonioli
puis par Miniera di Fragne), l’Avellan (30 kt de 1962-1971 par
SIMFLUOR), le col des Trois Termes (25 kt de 1920 à1968 par
PAPOREC) et les Trois Vallons (25 kt de 1935 à1973 par Mines de
Garrot).
Dans le massif des Maures
la production a été essentiellement de la barytine, celle de
fluorine représentant moins de 10% de celle de la région.
Signalons néanmoins que le gisement de Saint Daumas-Pic-Martin,
exploité par SIMFLUOR puis par la Société des Mines de Garrot
au Sud du Cannet-des-Maures était surtout fluoré et a produit
120 kt de minerai à 60 % CaF2, environ 20 % BaSO4 et
3 % Pb. Le gisement était semble-t’il exploité en des
temps très anciens pour le plomb et l’argent (cf. vestiges de
creusement au feu) ; il a appartenu jadis à la famille
Colbert. Il comprend une douzaine de filons parallèles allongés
E-W, dont la partie ouest correspond à l’ancienne concession de
Saint-Daumas, et la partie Est au permis des Migranières
appartenant aujourd’hui à la Société EGETE.
Les Blaquières, situé un peu au sud des Porres a produit
15 kt de CaF2 à partir d’un tout venant riche (70 %). Le filon
du Vallon Caoud mixte à barytine-fluorine a fourni également un
fort tonnage d’appoint.
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(© BRGM) |
> Les mines de barytine
La production de barytine des Maures, de 1928 à 1983, dépasse
800 kt. Elle provient à près de 95% du gisement des Porres.
Les Porres (Les Arcs sur Argens) est situé à 4 km à
l’ouest du grand accident de Grimaud et encaissé dans des
amphibolites. Le filon reconnu sur une longueur de 450 m et
une profondeur de 250 m a une puissance moyenne de 2 m,
pouvant atteindre localement 6 m. La barytine lamellaire (60
à 70 % BaSO4) est accompagnée de fluorine quartz et
calcite. Le gisement exploité de 1946 à 1983 par la Société
des Mines de Garrot puis la Société des Couleurs Zinciques a
produit 760 kt de BaSO4 contenu et est à peu près épuisé. Les
autres productions notables de barytine du Var sont celles de Pic
Martin, arrêtée en 1976 (25 kt) et de Pennafort, exploité
jusqu'en 1960 (10 kt).
Très ponctuellement, on a trouvé dans les petits indices
d’uranium de l’Estérel des masses filoniennes de fluorine
presque noire, la variété anthozonite (gîtes de la Maison
Forestière du Malpey, de St-Jean-la-Berle, du Pont de la Cabre et
du Carrefour Castelly près du Mont Vinaigre).
> Et maintenant ?
Dans le monde et en particulier en France, la
fluorine et la barytine restent aujourd’hui des substances très
importantes au sein des minéraux industriels, et notre pays
produit annuellement une centaine de kilotonnes de chaque. Mais la
concurrence chinoise notamment est rude, et les coûts opératoires
français sont difficiles à supporter dans les conditions économiques
actuelles. Les gisements du Var sont pour la plupart épuisés.
Les anciennes galeries et les puits qui ne sont plus que des
sources de danger pour la sécurité publique sont mis en sécurité
ou sur le point de l’être. Les gisements actuellement en
activité en France, qui ont pris le relais du Var dans les années
80, sont ceux du Tarn pour la fluorine, et celui de Chaillac
(Indre) pour la barytine.
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(© BRGM) |
Il reste de cette intense activité dans le
Var plusieurs richesses en cours de valorisation.
De 1961 à 1982, les filons de fluorine et
barytine du Var ont fait l’objet de recherches actives de la
part des industriels comme des organismes de recherche
scientifique (universités de Nice, Paris, Nancy, Orléans ;
BRGM). Il en a résulté plusieurs thèses de doctorat de grande
qualité (Gaillard, Mignon, Soléty, Glard, Vervialle, Détang,
Jebrak, Falzon, Rostan, etc.) qui ont contribué de façon
significative aux progrès des géosciences en France et dans le
monde. Des minéralogistes régionaux se consacrent actuellement
à explorer les richesses de ces filons en espèces minérales
rares ou de formes remarquables (Mari, Diétrich, Rostan…) ;
ce dernier se penche aussi sur leur « scripophilie »
(histoire du capitalisme minier à travers la collection des
titres de bourse anciens). Des archéologues miniers (Ancel,
Bailly-Maître, Barge, Lanza-Berthet…) s’attachent
aujourd’hui aux recherches historiques et à la fouille archéologique
des mines (Vallaury, Vaucron, Saint-Daumas). Le potentiel de découvertes
des filons du Var est donc encore plein de promesses.
Il reste aussi au Var le souvenir d’une
profession qui a animé bon nombre de villages : celle des
mineurs (d’origine française, italienne, portuguaise, maghrébine)
qui ici comme ailleurs en Europe de l’Ouest, semblent une espèce
à jamais disparue. On a hérité aussi de très belles pièces
minéralogiques dans les musées et dans certaines collections
privées. Les cristaux des géodes de Fontsante et de l’Avellan
pour la fluorine et ceux des Porres pour la barytine sont
aujourd’hui réputés dans le monde entier. Plus rarement on a
trouvé dans les filons des cuivres gris, de la matière organique
et des sulfosels d’argent parfois en très beaux cristaux
notamment proustite, pyrargyrite, acanthite.
Il n’existe pas encore de musée régional du souvenir
des mines de fluorine ou barytine mais des initiatives ponctuelles
sont en cours de discussion.
Sélection bibl. : Féraud J. (nov.
2000) – La fluorine ou spathfluor. Mémentos du Ministère de
l’Industrie, Rapport BRGM n° R40825, 102 p. ill.. On
trouvera aussi sur le site Internet spathfluor.com un certain
nombre d’informations sur la fluorine.
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