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P3-Analyse des peuplements en situations de contrainte : modalités, organisations, dynamiques

par Renault Stéphane - 10 janvier 2012

Responsable Estelle Herrscher

Personnels permanents - R. Chenorkian, A. D’Anna, G. Goude, E. Herrscher, J. Césari, Ch. Gilabert, F. Leandri, F. Paris.

Mots-clés - Situations de contraintes, dynamique des peuplements, comportements alimentaires, environnement-santé, temps long, domaines insulaires, Afrique, biogéochimie isotopique.

Tout système fonctionnel se développe dans un cadre qui, nécessairement, le contraint. Le terme de contrainte tel qu’il est ici utilisé ne fait pas référence à cette situation commune, mais correspond à des paroxysmes qui provoquent la prépondérance lourde d’un des facteurs qui structurent le cadre d’évolution des activités humaines et altèrent ainsi le fonctionnement équilibré des systèmes. Ces paroxysmes peuvent être de crises ou structurels. Il peut s’agir de facteurs naturels qui pèsent sur la disponibilité des ressources (modifications massives des températures ou de l’hygrométrie), sociaux (crise démographique, de santé, tension interne ou externe aux groupes considérés) ou de spécificités des cadres de vies (insulaires, montagnards). Dans tous les cas la modification d’un des éléments altère le fonctionnement global. La traduction de ces faits prend la forme de contraintes dans l’espace (mobilités nécessaires possibles ou impossibles) ou le temps (temporalités d’occupations ou d’exploitations, arrêts ou débuts de systèmes reconduits ou altérés). Le fait d’identifier un facteur de contrainte majeur permet donc d’aborder plus simplement la caractérisation des systèmes en termes d’impacts (avérés ou nuls) ou de réponses anthropiques (apportées ou non), grâce à ce qui peut être considéré comme la variation massive d’un paramètre (au mieux) au sein de système complexe. Cette variation entraîne généralement une modification du fonctionnement du système qui, dans les données archéologiques, apparaît comme le témoignage d’une évolution. Les situations de contraintes, par leur densité dans le temps et l’espace constituent ainsi des laboratoires permettant une approche de ces phénomènes à travers le binôme causes/réponses. Dans le cadre de l’unité, les situations plus particulièrement analysées sont celles résultant du poids de certains types de milieux : insulaires (Caraïbes, Corse et Sardaigne, îles du Pacifique), montagnards (Alpes Méridionales, Massifs Central) et sahéliens (Burkina Faso), ou des effets de crises avérées ou soupçonnées (début de l’Holocène, fin du Néolithique,…). Une série d’axe peut être identifiée au sein de ce programme.

1 – Situations de contraintes en milieux insulaires

Les milieux insulaires sont particulièrement propices à l’identification de ce type de contraintes car ils constituent des entités dont les peuplements sont considérés par ailleurs d’un point de vue théorique comme des laboratoires permettant l’approche des phénomènes de changement et d’évolution culturelle. On constate donc ici l’intérêt multiple d’une approche systémique qui permet de mettre en perspective les déterminismes du milieu (insulaire) avec les contraintes socio-économiques. En domaine méditerranéen, l’unité poursuit l’acquisition de données primaires principalement en Corse et en Sardaigne avec la comparaison des processus identifiés dans les deux îles qui connaissent tour à tour des périodes de fortes intégration (Néolithique ancien, Néolithique moyen, Bronze ancien) et des périodes d’autonomisation (Néolithique final). Ces processus d’évolution sont interdépendants avec les relations externes et les relations internes ce qui constitue des générateurs d’expressions identitaires étroitement liées en une relation systémique du type essor-déclin. Paradoxalement dans les exemples développés, les milieux insulaires ne s’avèrent pas source d’isolement, mais à l’inverse la proximité d’une part des îles entre elles et d’autre part des îles avec le continent permet l’étude des interactions îles-îles et îles-continents. Les dynamiques ont donc ici des sources complexes dans lesquelles les interactions culture /environnement sont autant d’oppositions impacts / libération des contraintes. En matière de production matérielle, en particulier céramique, on approchera le fait que les îles peuvent receler des faciès marginaux par rapport aux groupes culturels responsables des peuplements ; mais elles peuvent être également périphériques à plusieurs régions et développer ainsi des faciès multipolaires devenant à leurs tours des centres d’évolution particulière. Dans la durée, on peut se focaliser sur les questions de régulation de l’évolution sociale, prise comme une dialectique entre tensions internes et tensions externes. La gestion de ces tensions peut s’exprimer tant par la nature des relations externes d’exportation et d’importation que par des productions exceptionnelles, le mégalithisme est considéré comme l’une d’elles. On a ainsi la définition les deux domaines principaux auxquels s’attache l’unité : d’une part origine des matières premières (silex et obsidiennes sardes utilisés en Corse) et d’autre part mégalithisme (funéraire ou non). Dans ce cadre, l’analyse des répartitions spatiales des occupations, des réseaux hiérarchisés d’établissements dans leurs espaces et territoires, de l’origine des matières premières locales et exogènes et des expressions symboliques constitue le fondement d’un réel renouvellement des données et des connaissances.

2 - Analyse des peuplements humains en contexte soudano-sahélien : sociétés, environnement, santé

Le terme « situation » de contrainte est ici envisagé sous deux acceptions se référant à la fois au positionnement et à l’évolution biogéographique du site, du lieu, et au contexte sociohistorique régional sur le temps long. Les peuplements des zones soudano-sahéliennes – pluviométrie annuelle allant de 300 à 900 mm répartis sur 3 à 6 mois où la culture du mil est encore possible- se caractérisent par des systèmes d’occupation de l’espace et de gestion des ressources variés qui vont du pastoralisme nomade à l’agro-pastoralisme semi-nomade, jusqu’à l’agriculture sédentaire. Chaque société a ainsi déployé une stratégie de subsistance, un dispositif technologique pour répondre aux défis majeurs de ces latitudes sub-sahariennes : il s’agit à la fois de s’adapter au risque climato-édaphique et au risque sanitaire qui conditionnent la pérennité et la dynamique du peuplement. Il faut aussi considérer le contexte de compétition territoriale entre les sociétés qui a abouti soit à l’intégration-assimilation des vaincues soit à l’exploitation contrainte d’espaces ingrats imposés aux plus faibles : c’est ainsi que les populations refoulées sur les reliefs ont dû inventer des agro-systèmes intensifs et des dispositifs défensifs pour échapper aux sociétés de plaine qui détenaient une supériorité politico-militaire. Cet axe de recherche vise à décrypter les différentes phases de peuplement qui se sont succédé depuis le Néolithique en tenant compte des importantes fluctuations climatiques enregistrées de l’Holocène à nos jours. Nous portons un intérêt particulier aux grandes endémies – trypanosomiase, onchocercose, fièvre jaune, paludisme, schistosomiase- et à leur impact sur les dynamiques de peuplement, sachant que les modes d’occupation/gestion de l’espace peuvent les neutraliser ou les exacerber. Ces recherches seront menées à l’échelle régionale de la vallée du Béli au nord du Burkina Faso

3 - Reconstitution des comportements alimentaires et de leurs dynamiques

Cette thématique repose sur l’exploitation d’une documentation ostéoarchéologique. Elle met en place une approche bioarchéologique, démarche intégrative qui vise à confronter les données issues de sources de nature diverse : archéologie, histoire, (paléo)démographie, paléoépidémiologie et biogéochimie isotopique Les recherches de cette thématique regroupées s’attachent à :

  • identifier les relations entre les hommes et leur environnement au travers des questions reposant sur l’adéquation entre les ressources disponibles et le type d’aliment consommé ou entre le type d’aliment consommé et l’état sanitaire,
  • cerner les facteurs intervenant dans le choix des aliments ou les pratiques alimentaires (traditions culturelles, progrès techniques et/ou médicaux, événements économiques)
  • modéliser les différentes composantes de l’alimentation par le biais de modèles mathématiques développés par des écologues canadiens.
  • Leur intégration dans le cadre Milieux-Stragéties-Cultures est donc totale. Elles se déclinent en 3 axes :
  • 1) Analyse de la variabilité des pratiques d’allaitement et de sevrage (de l’Antiquité à l’époque moderne à l’échelle de la France et de l’Europe).
  • 2) Analyse des facteurs biologiques, socioculturels et/ou économiques impliqués dans les modifications des comportements alimentaires de groupes humains (le temps long, contexte insulaire ou continental, contexte d’altitude ou de plaine, contexte d’écosystème tempéré ou aride. Applications actuelles :

- les populations insulaires du Pacifique en contexte de colonisation : transformations de la nature de l’alimentation des groupes Lapita au cours du temps (Vanuatu, Nouvelle Calédonie, Fiji, Samoa Américaines ; en collaboration avec l’UMR 7041).

- caractérisation des modalités de la transition alimentaire Néolithique/âge du Bronze en France

- analyses de séries de contexte historique à l’échelle locale et à l’échelle régionale en France métropolitaine dans une perspective de dynamique de la relation alimentation santé.

- origines et le développement de la culture du millet dans le Caucase

  • 3) Développements méthodologiques : Ils concernent l’analyse longitudinale entreprise sur une cohorte de babouins olives (Papio anubis ; en collaboration avec l’UPR 2147). Cette recherche a pour finalité de déterminer si des facteurs physiologiques comme l’augmentation de la taille et du poids et les variations hormonales sont à l’origine de modifications ponctuelles des compositions isotopiques en azote. Enfin, il s’agira également de vérifier l’impact éventuel de la taphonomie sur la variabilité intra-individuelle de l’enregistrement des signatures isotopiques.


Dernière mise à jour de cette partie le 10 janvier 2012.