| Action
et activité
L’action a un début et une
fin repérables, elle peut être identifiée (geste,
marque), imputée à une décision, soumise à
une raison (exemple : un mode d’emploi est une liste d’actions).
L’activité est un élan de vie, de santé, sans
borne prédéfinie, qui synthétise, croise et noue
tout ce qu’on se représente séparément (corps/esprit
; individuel/collectif ; faire/valeurs ; privé/professionnel ;
imposé/désiré ; etc…).
Adhérence
locale
Phénomène dont la signification
(en qualité et en relation) est étroitement liée
à la situation vécue ici et maintenant (en latin hic et
nunc : au moment et à l’endroit dont il est question).
Anticiper
Devancer, prendre les devants, être
proactif. Notre faculté humaine de former des concepts nous permet
d’anticiper en partie l’inattendu du travail (grâce
au prescrit mais aussi à la formation, à l’expérience
réfléchie, héritée d’un collectif et
aussi personnelle).
Arbitrage
À ne pas confondre avec l’arbitraire,
qui ne tient compte d’aucune règle. L’être humain
en activité n’est ni libre de toute contrainte, ni déterminé
comme un robot : il effectue sans cesse des arbitrages qui lui permettent
à la fois d’obéir à une procédure et
de la transgresser en tendant à faire à sa manière,
dans l’ici et maintenant. Ces arbitrages supposent des critères
plus ou moins conscients/individuels/formalisés.
Artefact
Produit artificiellement, donc d’origine
humaine.
Ascèse
Discipline que l’on s’impose
pour tendre vers un idéal, par exemple l’élaboration
de savoirs à la fois à fort contenu généralisant
(donc anticipateur) et constamment soumis à validation concrète.
Bien commun
La recherche du et des bien(s) commun(s)
est l’horizon du politique [polis : la cité]. L’activité
humaine, mais particulièrement le travail au sens strict, est un
espace où se retravaillent sans cesse les valeurs du politique
croisées avec les valeurs dimensionnées, c’est-à-dire
celles dont les bornes sont connues, qu’on peut mesurer, quantifier
(valeurs de l’espace marchand).
Bifurcations
Alternatives, micro-choix devant lesquels
chacun d’entre nous est constamment placé dans son activité
de travail.
Catégories
Ce sont les découpages intellectuels
que nous faisons pour tenter de cerner les phénomènes que
nous analysons. Les catégories sont indispensables (par exemple,
distinguer la vie privée et la vie professionnelle) mais elles
peuvent aussi nous aveugler : l’activité de travail ne connaît
pas ces frontières. Elle transgresse en partie nos découpages
(corps,/esprit ; faire/valeurs ; etc…) et « décatégorise
» partiellement.
Codifié
Tout ce qui peut être fixé
dans un système de signes, une mise en relation stable de significations
(écrits, tableaux, plans, comptes, etc…).
Commensurable
Deux grandeurs ayant une commune mesure
; comparable ; ayant en commun quelque chose (qui reste à définir
: par exemple, entre deux cultures distinctes).
Concept
Outil de la pensée :
• idée ou représentation mentale qui a une définition
(compréhension) et une extension (ce à quoi elle s’applique)
;
• cette représentation est isolable (abstraction) des situations
qui lui donnent ses attributs (qualité et relation) ;
• on identifie un certain nombre d’éléments,
de caractères communs aux différentes situations (ou objets
concrets) pour effectuer une généralisation. Ainsi le concept
est abstrait, détachable des exemples de situations (ou d’objets)
qu’il recouvre ;
• néanmoins, l’activité conceptuelle n’est
pas absente de l’agir concret dans une situation donnée :
seulement ils sont « inchoatifs », en formation, en attente
d’être travaillés, d’être circonscrits
;
• c’est pourquoi, si l’on parle de savoirs conceptualisés
pour les savoirs formalisés, on reconnaîtra aussi des savoirs
en action qui ne sont pas le simple décalque des premiers.
Conditions aux limites
Analogie mathématique. Un fait se
produit ou un phénomène se manifeste dans des circonstances
à définir : pour circonscrire précisément
le champ concerné par ce que l’on veut analyser, il s’agit
de savoir si l’on peut connaître les conditions initiales
et ultimes, limites, de sa manifestation.
Contradictoire
Contradictoire ne se confond pas avec incohérent
: la vie est contradictoire du fait qu’elle génère
de l’autrement, de l’inverse, de l’opposé, de
l’altérité ; ce qui ne signifie pas incohérence
ou folie.
Corps-soi
Le travail n’existe pas sans quelqu’un
qui travaille. Difficile de nommer celui-ci sujet car cela sous-entendrait
qu’il serait bien cerné, défini. Or, si l’activité
est effectivement pilotée par quelqu’un en chair et en os,
– elle s’inscrit dans des fonctionnements neurosensitifs tellement
complexes qu’on n’en fait pas le tour – cette activité
a, de plus, des prolongements qui débordent la personne physique.
Sont sollicités et même incorporés, inscrits dans
le corps : le social, le psychique, l’institutionnel, les normes
et les valeurs [ambiantes et retraitées], le rapport aux installations
et aux produits, aux temps, aux hommes, aux niveaux de rationalité,
etc… Ce quelqu’un qui travaille – ce centre d’arbitrages
qui gouverne l’activité – peut ainsi être désigné
corps-soi ou corps-personne.
Communauté scientifique élargie
La communauté scientifique élargie
(CSE) est un projet profondément novateur en son temps, formulé
par Ivar Oddone pour renouveler le dispositif d’élaboration
des savoirs, en associant les protagonistes du travail et les scientifiques.
Sorti du contexte de sa construction, ramené à une simple
rencontre entre universitaires et travailleurs sans en préciser
les conditions éthiques, ce dispositif présenterait des
risques (dévalorisation de leurs savoirs par les producteurs eux-mêmes
face aux connaissances savantes ; rigueur éventuellement discutable
dans le travail des concepts…). L’ergologie propose plutôt
un dispositif à trois pôles.
Culture et inculture
La démarche ergologique considère
au départ une idée forte de la culture qui n’est pas
le privilège des mises en mots savantes mais qui s’enrichit
de toutes les transformations générées par l’activité
humaine. Toutefois cette position ne tiendrait pas sans, parallèlement,
une idée forte de la connaissance pour inciter à dégager
le maximum de savoirs des pratiques sociales qui, sans cela, sont des
friches (inculture). Ainsi chacun a sa forme propre d’inculture
: du côté des producteurs en général mais aussi
du côté de ceux qui maîtrisent les savoirs constitués
(inculture notamment par rapport au travail). L’enjeu est que chacun
connaisse l’apport de la culture-patrimoine de l’humanité
mais qu’il se reconnaisse aussi comme créateur de culture.
Dialectique
a/ Primitivement, art du dialogue.
b/ Idée de marche en avant, de progression par oppositions, par
contradictions fécondes [métaphore d’une dialectique:
le pied droit et le pied gauche à des pôles opposés,
c’est la condition d’un dépassement de l’un par
l’autre et donc d’une progression…].
Discipline (2 sens)
a/ Branche de la connaissance au sens académique
(psychologie, sociologie, etc…).
b/ Démarche normée, rigoureuse, respectant des règles
(qu’elle se donne ou qu’on lui donne a priori).
Dogmatisme
Point de vue présenté comme
indiscutable.
Dramatique
À l’origine, un drame –
individuel ou collectif – a lieu quand des événements
surviennent, rompant les rythmes des séquences habituelles, anticipables,
de la vie. D’où nécessité de réagir,
de traiter ces événements, ce qui en même temps produit
de nouveaux événements, donc transforme le rapport avec
le milieu et entre les personnes. La situation est alors matrice de variabilité,
matrice d’histoire parce
qu’elle engendre de l’autrement du fait des choix à
faire (micro-choix) pour traiter les événements. L’activité
apparaît alors comme une tension, une dramatique.
Effort de modélisation
Effort pour schématiser un processus,
en faire comprendre les structures ou les fonctionnements essentiels,
qui débouche sur une représentation épurée
des résidus ou adhérences
locales, donc simplifiée et argumentée.
Entité
Quelque chose qui a une certaine unité,
dont l’existence repose essentiellement sur des rapports : par exemple,
en situation de travail, des entités collectives se forment, des
réseaux de coopération qui ne sont pas nécessairement
prévus dans l’organigramme.
Epistémique/transformatif
Le transformatif est lié à
l’agir qui modifie l’état des choses ; l’épistémique
est lié à l’objectif de connaître [epistémè
= science]. Le piège serait de croire qu’il y a d’un
côté la connaissance et de l’autre l’action (ce
qui à une époque laissait penser qu’il existait d’un
côté les intellectuels et de l’autre les manuels).
L’activité, quelle qu’elle soit, conjugue à
la fois le transformatif et l’épistémique : le travail
vu de près, en approche clinique, fait bouger et l’histoire
et les savoirs [à condition de reconnaître ces savoirs] puisque
le travail est nécessairement pensé.
Epistémique/ergologique
À l’intérieur même
du processus de connaissance, l’épistémique correspond
à l’exigence de travail (usinage) des concepts : les construire,
les préciser, les complexifier tout en les dégageant de
l’adhérence locale
et des valeurs qui y sont retravaillées, c’est-à-dire
en neutralisant la dimension historique des phénomènes visés
par les concepts.
L’ergologique est le mouvement inverse : les concepts sont approchés
au plus près de leur adhérence locale pour saisir les configurations
de savoirs et de valeurs générés par l’activité
ici et maintenant.
Ergologie
C’est une démarche qui tente
de développer simultanément dans le champ des pratiques
sociales et dans la visée d’élaboration des savoirs
formels, des dispositifs à trois pôles partout où
c’est possible.
D’où une double confrontation :
• confrontation des savoirs entre eux ;
• confrontation des savoirs avec les expériences d’activité
comme matrices de savoirs.
Ergonomie
L’ergonomie agit pour transformer
ou concevoir des situations de travail compatibles à la fois avec
le confort et la santé des travailleurs et avec l’efficacité
économique des entreprises.
Epistémologique
et éthique
La rencontre du pôle des discours
académiques, savants, avec celui des discours non-savants, ceux
liés à l’activité, appelle un troisième
pôle d’exigence qui a deux caractéristiques :
a/ épistémologique, qui concerne l’effort de prise
de distance et d’explicitation, la rigueur du concept ;
b/ éthique, qui concerne les jugements d’appréciation,
les débats sur les valeurs, une certaine humilité.
Sans ce troisième pôle, la rencontre des deux autres pôles
paraît vaine.
Expérience
a/ L’expérience concerne ici
les humains ; elle ne se confond pas avec l’expérience en
laboratoire appelée plutôt expérimentation, pratiquée
par les sciences dites exactes.
b/ L’expérience s’entend d’abord comme expérience
vécue (Erlebniss, en allemand), puis comme expérience réfléchie,
source de connaissance (Erfahrung).
Elle est toujours singulière, autrement dit unique, jamais simple
application d’un projet pensé à l’avance.
Expert
Chacun est potentiellement expert de sa
propre expérience (sous réserve de la mettre en mots, ce
qui est une tâche complexe et indéfinie), mais le risque
est de se prétendre expert de l’expérience d’autrui.
Aucune vie n’est vicariante, autrement dit remplaçable, interchangeable
: on ne peut donc pas se passer du point de vue de celui qui agit pour
mettre en oeuvre une procédure – fût-elle sophistiquée.
Exterritorialité
Dérive de certains spécialistes
qui s’imaginent être en quelque sorte au-dessus de la mêlée,
surplomber l’histoire humaine, en position de pseudo-neutralité
qui leur donnerait une autorité quelconque pour décréter
la valeur de ce que vivent leurs semblables (en se passant généralement
de leur point de vue).
Forces d’appel et de rappel
Ceux qui, dans le champ des activités
industrieuses, participent à faire l’histoire de l’humanité
[de l’ouvrier au dirigeant d’entreprise], non seulement parce
qu’ils vivent mais aussi parce qu’ils transforment le prescrit
en travaillant, ont un double rôle à jouer vis-à-vis
de la sphère des savoirs académiques : un rôle d’appel,
de convocation, parce qu’ils veulent et doivent avoir accès
à ces savoirs, à ces normes, qui encadrent, anticipent,
anticiperont toute situation ; un rôle de rappel, de validation,
parce qu’ils ne laissent pas indemnes ces savoirs, ils y apportent
leur réflexion, leur effort de conceptualisation.
Général-spécifique
Le général renvoie aux concepts,
dont il faut sans cesse retravailler la définition, qu’il
faut complexifier pour aiguiser leur pertinence. Le spécifique
renvoie à l’histoire en train de se faire : attention, le
spécifique n’est pas une réduction du général.
Ce serait ne voir en lui que l’illustration, le cas particulier,
qu’il représente effectivement mais pas seulement. Il est
lui aussi complexe, et donc unique: toute situation de travail est spécifique,
autrement dit elle est bien plus qu’une modalité du cas général.
L’ergologie est un effort pour penser à la fois le général
et le spécifique.
Gestion
La gestion est le maniement de données
pour administrer, traiter, qui conduit à effectuer des arbitrages
incessants. Le terme est très connoté : longtemps, on s’est
imaginé que l’opérateur de base exécutait,
ne pensait pas et n’avait donc rien à gérer. La gestion
s’est d’ailleurs confondue avec des fonctions d’administration.
Actuellement, on reconnaît que le travail suppose la gestion de
données, d’événements, sans toujours aller
jusqu’au bout de ce constat.
Histoire
Il s’agit avant tout de l’histoire
en train de se faire, celle que nous vivons et que chacun de nous contribue
à tisser, avec les autres, là où il se trouve. Chaque
humain est en quelque sorte pour l’histoire de l’humanité
une cellule dans le sens d’une unité productrice d’énergie,
comme on parle de cellule solaire. Cette histoire n’est pas écrite
à l’avance, même dans le plus humble des actes de travail.
Historicité
Caractère de ce qui est historique:
une situation de travail est historique dans le sens où elle ne
se résume pas à ce qu’on a prévu (matériel,
procédure, matières, effectifs, etc...). Il y a infiltration
d’histoire parce que les événements sont toujours
là, la vie fait son oeuvre. L’écart est sous cet angle-là
irréductible. On peut mieux le gérer, mais non le supprimer.
Inconfort intellectuel
La tentation est forte, pour ceux qui travaillent,
de choisir le confort d’un discours sur les tâches qui évite
de s’exposer en rendant compte de l’activité elle-même.
Réciproquement, la tentation est forte pour les spécialistes
du concept, dans le confort d’une tour d’ivoire, de se satisfaire
des modèles qu’ils ont conçus et des enchaînements
qu’ils ont imaginés. L’inconfort intellectuel est une
posture propre à l’ergologie, qui tire les conséquences
du concept d’activité humaine : déranger méthodiquement
et nos savoirs constitués, et nos expériences de travail
afin de progresser sans cesse sur les deux plans.
Industrieux
Qui est relatif à l’acte de
travail: le terme d’industrie est ici employé au sens d’adresse,
d’habileté. Plus généralement, une activité
tendue vers un but change les rapports de l’être industrieux
avec son milieu de vie.
Le terme industrieux est volontairement flou pour éviter le mot
travail dont on se fait une représentation trop rapide.
Macro-, méso-, micro-
Selon que l’on raisonne plus ou moins
en proximité de l’activité de travail, celle de quelqu’un,
d’un être singulier, on peut distinguer des degrés
d’appréhension de la vie sociale : le niveau microscopique,
qui débouche sur l’infiniment complexe et non pas sur l’élémentaire
; le niveau macroscopique, qui est également complexe mais plus
aisément analysable parce que davantage élaboré,
formalisé ; c’est celui des hautes sphères décisionnelles,
des grands courants planétaires (exemple : les tendances macro-économiques
actuelles) ; enfin le niveau intermédiaire, mésoscopique,
serait celui des institutions telles que les entreprises, les administrations,
les universités…
Neutre
Les vivants, pour exister, et les humains
particulièrement, ne cessent d’affecter en valeurs ce qui
les entoure : valeur positive ou négative, selon qu’ils préfèrent
ou rejettent, apprécient ou déprécient les provocations
du milieu. D’où l’existence d’un débat
permanent de valeurs qui est le propre de la vie sociale. Toutefois, par
aveuglement ou par calcul, on serait tenté d’afficher une
neutralité des choix. C’est une façon d’éviter
le débat, la réflexion sur l’autrement. Ainsi le vocabulaire
n’est jamais neutre : des mots passent pour neutres [ex : gestion,
expert] alors qu’ils sont marqués par des choix. La difficulté
n’est pas dans leur connotation, mais dans leur soi-disant neutralité.
Normes
Norma est un mot latin qui signifie l’équerre.
La norme exprime ce qu’une instance évalue comme devant être
: selon le cas, un idéal, une règle, un but, un modèle.
Cette instance peut être extérieure à l’individu
[normes imposées], comme elle peut être l’individu
lui-même [normes instaurées dans l’activité],
car chacun cherche à être producteur de ses propres normes,
à l’origine des exigences qui le gouvernent. Tout agir humain
et particulièrement industrieux,
dans la mesure où il n’est jamais purement automatique, est
régi et se régit par des normes.
Organisation scientifique du travail
L’ingénieur américain
F. W. Taylor (1856-1915) est à l’origine de l’OST (organisation
scientifique du travail). La question n’est pas de désigner
un coupable à propos des conditions réservées à
des générations d’ouvriers dans le monde : ce serait
absurde compte tenu de la complexité de l’histoire sociale
et économique de son époque. L’intérêt
des hypothèses de Taylor est d’illustrer une certaine logique
de pensée érigée en système de gouvernement
du travail. La théorie du one best way, de la seule bonne façon
de procéder a effectivement inspiré les règles de
fonctionnement des entreprises sans que la réalité au niveau
micro ne lui corresponde jamais, parce qu’il est impossible d’éliminer
l’histoire ! L’homme travaille, donc renormalise, tandis que
la machine se conformera à une procédure unique jusqu’à
la panne.
Paradigme
Mot grec qui veut dire exemple et dans certains
cas exemple privilégié, modèle. Athènes, paradigme
de la Cité grecque : à la fois un exemple et un modèle.
L’inconfort intellectuel
est le modèle structurant le paradigme ergologique.
Particulier/singulier
Le particulier est l’illustration
d’une facette du général ; le singulier désigne
une combinatoire complexe qui débouche sur une réalité
unique. L’activité de travail, quelle qu’elle soit,
peut s’analyser sous chacun de ces deux angles.
Praxis et poiêsis
La tradition philosophique (Aristote) distingue
:
• la praxis, action réfléchie, délibérante,
qui transforme à l’interne l’être qui réfléchit
;
• de la poiêsis, acte fabricateur, production, dont le résultat
est extérieur au producteur.
Aujourd’hui en sciences sociales par exemple, on parle des pratiques
[praxis] comme des comportements réglés et stabilisés
d’un secteur professionnel, sans forcément s’intéresser
à l’activité elle-même, le faire concret [poiêsis]
qui pourtant remet en jeu tous les jours ces catégories. La posture
ergologique consiste à penser ensemble, comme activité unifiée,
praxis et poiêsis.
Polymorphe
Qui peut se présenter sous des formes
différentes.
Protagonistes
Les protagonistes des situations de travail
désignent tous les acteurs engagés dans une activité.
Ce ne sont pas seulement les ouvriers ou employés, mais aussi les
cadres, les dirigeants d’entreprise et plus largement encore les
représentants de ces acteurs dans la vie sociale à l’échelle
macro. Chacun est invité à une démarche ergologique
pour participer à l’élaboration des savoirs et pour
tirer parti des gisements d’alternatives enfouis dans les activités
humaines.
Protocole
Descriptif précis du déroulement
d’une intervention par étapes. L’intervention est pensée
avant et indépendamment de tout déroulement concret. Cf.
le protocole expérimental propre à la discipline épistémique.
Réel/réalité
Par opposition à ce qui devrait être
ou pourrait être (par exemple, ce qui est prescrit ou anticipé
dans le travail), le réel est ce qui résiste à l’effort
que nous faisons pour le transformer et/ou pour le connaître. En
ce sens, le réel est un horizon, on ne l’appréhende
jamais entièrement, mais toujours davantage. La réalité
serait alors la partie du réel qu’on parvient à se
représenter.
Renormalisation
L’être humain, comme tout vivant,
est exposé à des exigences ou normes, émises en continu
et en quantité par le milieu dans lequel il se trouve. Pour exister
en tant qu’être singulier, vivant, et en fonction des lacunes
des normes de ce milieu face aux innombrables variabilités de la
situation locale, il va et doit tenter en permanence de ré-interpréter
ces normes qu’on lui propose. Ce faisant, il essaie de configurer
le milieu comme son milieu propre. C’est le processus de re-normalisation
qui est au coeur de l’activité.
Pour partie, chacun parvient à transgresser certaines normes, à
les tordre de façon à se les approprier. Pour partie, il
les subit comme quelque chose qui s’impose de l’extérieur
[par exemple, le langage est dans l’activité un effort de
singularisation du système normatif qu’est la langue].
Résidus et pénombre
La renormalisation par l’activité
est un processus continu d’histoire et de savoirs partiellement
renouvelés. Les catégories de la connaissance avec lesquelles
nous abordons l’activité sont donc par définition
toujours en partie débordées par celle-ci.
Elles laissent en pénombre des éléments dont on ne
peut a priori dire s’ils étaient d’importance mineure
ou majeure. L’ambition d’un dispositif à trois pôles
est de travailler l’écart entre ce qui est déjà
pensé et ce qui est manifesté par le vécu ici et
maintenant.
Par contre, si l’on aborde l’activité en s’imaginant
qu’elle n’est qu’application des modèles déjà
conçus, on négligera les éléments en pénombre
comme des résidus et c’est une grave erreur.
S’incorporer
Ce terme est à prendre quasiment
au sens propre : le corps biologique emmagasine, traite, mémorise
un si grand nombre de données qu’il n’est pas fondé
de le regarder à part, à côté des autres facteurs
qui déterminent le bien faire son travail.
Sens du travail
Le sens est ici nommé, donc supposé
connu ou connaissable : or il est problématique. Chacun donne des
significations multiples et mouvantes à ce qu’il vit. Parler
de sens du travail, c’est prendre le risque de circonscrire ce qui
ne peut l’être – et éventuellement de décréter
le sens à la place de l’intéressé [cf. telle
tâche est déclarée a priori motivante ou non, chargée/ou
au contraire dépourvue de sens; tel travail aurait ou non de la
valeur].
Socratisme à double sens
Socrate disait qu’il accouchait les
esprits des idées qu’ils contiennent sans le savoir (= maïeutique).
Dans le dispositif à trois pôles, il s’agit d’activer
cette méthode de réflexion aussi bien du côté
des acteurs du monde du travail qu’inversement du côté
des spécialistes des savoirs académiques. L’humilité
et la rigueur s’imposent à tous (cf. le troisième
pôle éthique et épistémologique).
Spéculatif
Relatif à l’étude, à
la recherche abstraite.
Subjectif - objectif
[entre autres définitions]
• Subjectif : dépendant du
jugement individuel.
• Objectif : faisant l’accord de tous à un moment donné.
Substrat et substance
La substance est ce qui est permanent dans
quelque chose qui change. Par contre, le substrat est le support à
un moment donné de cette manifestation.
Par exemple, peut-on parler de travail en décrivant l’activité
de l’homme du Néolithique d’un côté et
de l’homme moderne de l’autre ? Les supports ont changé,
mais n’y a-t-il pas permanence d’un certain nombre de critères
?
Subsumer
Penser un élément comme étant
compris dans un ensemble ; penser un être singulier, un concept
comme partie d’une entité, partie d’un concept plus
général (exemple :l’individu Socrate « sous
» le concept d’homme).
Sujet
L’être individuel qu’on
désignerait comme sujet serait supposé connu ou connaissable.
Or, on ne saurait expliquer un sujet et son fonctionnement : il est fondamentalement
énigmatique et paradoxal, en devenir, inscrit dans une histoire
[voir corps-soi]. Utiliser le terme de sujet est aussi problématique
que d’utiliser celui de personne : rien n’autorise à
en parler comme si l’on disposait d’une définition
objective, scientifique de cette entité énigmatique.
Synchronie/diachronie
• La synchronie désigne les
éléments se produisant de façon simultanée.
• La diachronie désigne la succession des éléments
dans le temps.
Synergie
Coordination d’éléments
distincts qui produit une dynamique.
Taylorisme à double effet
Analogie technique avec les machines à
vapeur à double effet.
L’hypothèse fondamentale du taylorisme a été
de séparer la conception de l’exécution dans le champ
de la production matérielle. Dans la mesure où, aujourd’hui
encore, les spécialistes des savoirs constitués continuent
de se représenter le travail comme modélisable, pensable
en dehors de l’expérience de ceux qui travaillent (et qui
transforment par là son contenu), on transpose l’hypothèse
taylorienne dans le champ de la production des savoirs. Celle-ci double
alors son effet.
Valeur
Au sens subjectif, c’est le poids
qu’on accorde plus ou moins aux choses ; une hiérarchie,
un découpage propre à chacun à propos de ce qu’on
estime, préfère, ou au contraire qu’on néglige,
rejette. En quelque sorte, c’est la tentative de chacun d’avoir
une emprise sur le milieu dans lequel il se trouve (exemple: un bureau
personnalisé). L’individu n’invente pas de toutes pièces
ses valeurs, mais il retravaille sans cesse celles que le milieu lui propose.
En cela, au moins partiellement, il les singularise.
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